‹ Morale et progrèsChapitre 6 sur 199 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

tables limites Vi^ee du progres, inais noh pas la detniire*. En depit de toutes les folies qui se disent en sonnom, de tout le mal-qui s'est fait, et qui se fait encore, par ceux qui s'intitulent les hommes du progrea, en d6pit de leurs efforts pour s^duire et abuser la multitude, quelle ne pourrait pas etre, encore aujourd'hui, dans ces temps d'^preuves, rinfluence salutaire, la vertu de eette croyance, purifiee d'un alliage impur, pour soutenir, fortifier et consoler les ames ! -

Ce qu'a dit Bossuet de la liberte, cet autre mot non moins grand, non moins - noble, naais non moins discr^dite par les erreurs, par les Equivoques, par les passions, par tes violences, on peut le dire egalement du progres : « Le peuple suit, pourvu qu'il en entende seulem^nt le nom^))

Le * dix-huitieme siecle nous avait legue ces mots de progres et de perfectibilite, non pas sans doute exempts d'exag^rationa, d'illusions et d'erreurs, mais du moins avec le prestige d'une philosophic enthousiaste etg6nereuse, d'un amour vrai de rhumanite, d'une foi sincere au perfectionnement de la raison. Aujourd'hui ce prestige n'est plus. Des regions elev6es et sereines de la philosophie, le progi^es es-t, pour ainsi. dire, tomb6 dans I'arene tumultueuse des partis et des .pas* sians du jour. C'est un des mots a effet, mi des leiirres les plus habituels, a Tusage des ecrivains

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et des orateurs de la demagogic ; c'est la devise, c'est le mot d'ordre des plus grandes folies, des causes les plus mauvaises, des plus criminelles entreprises, des plus dangereux agitateurs , des plus vils flatteurs du peuple !

On le lit, en grosses lettres, en tete des feuilles publiques qui prechentle plus ouvertement Tanarchie et la guerre sociale. Ne se disaient-ils pas des progressistes, ceux qui ont fait la Commune en France et en Espagne ? Enfin, par un dernier degre d'avilissement, de prostitution et de ridicule, on le voit servir d'enseigne et d'appat pour la foule, non-seulement a toutes les exhibitions, a toutes les formes du charlatanisme politique, mais a toutes celles du charlatanisme industriel, depuis les grandes speculations, les plus hasardees et les plus suspectes, jusqu'a des bazars , des estaminets ou des brasseries de has etage. Aussi tons les hommes sincerement amis du progres se sont-ils indignes de cet abus et g^missent-ils du discredit qui en rejaillit sur une idee et une cause qui leur sont justement cheres. En raison de ce mauvais et irrationnel emploi du mot progres, Auguste Comte a propose de substituer celui de developpement. Mais,*quoiquemoins propre peut-etre a passionner les esprits, cette expression, encore plus vague, n'empecherait nullement les equivoques et les malentendus ; elle

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