‹ Morale familière en menus traits et proposChapitre 7 sur 13 · CXXVI II · texte numérisé non relu

CXXVI II

Il importe à une conduite sensée de ne point se payer de mots, d'écarter le sentiment du terrain des affaires. Ne faites point l'affaire, si elle paraît louche au miroir de la morale; mais l'ayant entreprise comme licite

IIO MORALE FAMILIERE

et Utile, qu^aucune considération ne vous en détourne. Si vous voulez prendre l'avis de chacun, vous ne ferez jamais rien.

Sois en garde contre les donneurs d'avis : Tespèce en est commune ; et tel qui a mal géré ses propres affaires, sera le plus prompt à te conseiller . As-tu Texpérience et Page d'homme : tu dois savoir où tu vas.

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Gardez-vous, comme de la peste, de certaine variété de mauvais plaisants que je nommerai volontiers des montreurs d'ours.

Le conducteur ordinaire de ce fauve est un honnête montagnard, qui joue du tambourin et maîtrise la bête à l'aide d'un anneau qu'il lui a passé dans le nez; à l'anneau pend une longue corde. — « Monte à l'arbre, dit-il à son élève, et tu trouveras tout en haut des pommes qui sont bien

meures. » L'ours bien stylé ne se le fait pas dire deux fois, grimpe et ne trouve rien.

Votre bourreau, sans autre anneau que la confiance qu'il a su vous inspirer, sans autre ficelle que la persuasion, vous amène à croire que M™'' de K... raffole de vous, que vous êtes joli à faire scandale, que telle bonne affaire est à qui veut l'entreprendre, qu'il y a des marrons au feu et que la braise ne brûle pas. Vous y allez bon jeu bon argent : la dame vous fait cravacher par ses gens, vous perdez une grosse somme dans l'entreprise, et vous vous brûlez les doigts à tirer des marrons que mange votre conseiller.

Tout le monde rit. Vous vous fâchez, et n'en êtes que plus ridicule. Vous êtes monté à l'arbre, et vous en descendez plus bête que Martin, qui, lui du moins, ne cède qu'à la contrainte et ne se fâche jamais.

a A mauvais jeu, bonne mine» : la devise est bien française.

L'impétuosité est le brillant ressort d'un coup de main, un joli feu de paille. Préférons-lui le courage calme, qui jamais ne se dément.

Aie le courage de tes convictions, de tes amitiés, de tes haines; et je te proclame homme courageux.

Il est beau de faire tête à Forage , de se conduire en Caton, de sauter avec son navire, plutôt que de baisser pavillon, de s'ensevelir sous les ruines d'une juste cause.

Au chef de famille le meilleur est de prévenir et de détourner, s'il se peut, les coups du sort et de la malveillance. Le véritable héroïsme n'est violent qu'à bon escient.

EN MENUS TRAITS ET PROPOS. IlS

Que la vertu soit rare, en doutez-vous ? Mais combien plus de réfractaires elle compterait, sans le secours de deux pourvoyeuses actives , qui s'entendent à merveille à lui faire des adeptes et qui se nomment crainte et nécessité! La première veille aux apparences, Tautre maintient le fond.

Une vertu existe, ennemie de la violence et du bruit, et qui fait presque des sages de ceux qui la possèdent. Prendre le temps comme il vient, et les hommes comme ils sont, accepter le fait accompli, savoir pressentirTorage, sauver d'un désastre inévitable tout ce qui en peut être sauvé, se contenter d'une honnête médiocrité, composer avec la force, tout en résistant à l'injustice : en cela consiste la rare vertu que je vous souhaite.

dont je voudrais être loti, et qui n'est autre que la modération.

C'est déjà faire bel éloge d'un homme que de pouvoir dire : il n'a jamais nui à personne. L'obligeance maladroite vous jette quelquefois dans l'abîme d'où elle cherche à vous détourner; de quoi vous êtes tenu de l'absoudre, voire quelquefois de la remercier.

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