‹ Morale familière en menus traits et proposChapitre 9 sur 13 · CXXXVIII · texte numérisé non relu

CXXXVIII

L^Espagno], dont les vins sont exquis . est buveur d'eau; et il n^est pire ivrogne que celui qui n'a pas de vignes. Le montagnard ne voit autour de lui que cascades et torrents , et ne se lave pas. Femme adorée n'aime guère. Enfant gâté n'est point affectueux. A Pénélope gentille, inari infidèle. — Dieu soit loué, qui fit rares les bonnes choses, puisque Tabondance en avilit pour nous la qualité.

Nommez ce qui est le plus facile de sentir, le plus malaisé de définir; à quoi tout le monde aspire et que peu de gens possèdent; que l'on va chercher bien loin, quand on l'a tout près de soi; que l'on rejette acquis, l'ayant désiré absent; que Ton paye frelaté bien cher, quand la bonne qualité en est h bas prix ; que corrompt le soupçon, que dé-

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truit la cupidité, que l'analyse fait évanouir: vous aurez nommé le bonheur.

Le grand bonheur est d'être aimé.

— Oui, vraiment, pour qui aime. Encore .est-ce du bonheur que d'aimer sans retour.

Se promettre du plaisir, l'inscrire au programme d'une partie projetée, est beaucoup présumer de la chose la plus volatile, la plus rebelle au commandement qui soit au monde.

Il me souvient d'une jeune fille chez qui se donnaient quelques sauteries, et qui nous disait fort innocemment, la veille d'un bal : ce Nous allons bien nous amuser. » La joie était à l'ordre du jour; et l'on ne s'amusait pas du tout.

Accueillez-le comme il vient, ce feu follet de nos grises ténèbres; ne courez pas après.

Si les poètes ne nous gâtaient pas la poésie, et les femmes Pamour, et les paysans la campagne, et les voyageurs le voyage, et les amis Famitié, la vie serait trop douce.

(c Flamme qui brûle et ne se voit pas, blessure qui accable et n'est point ressentie, satisfaction pénible, douleur qui affole et n'est point lancinante, irrésolu et décidé, solitaire dans la foule, mécontent de ce qui le flatte, croyant se gagner quand il se perd, captif volontaire, humble serviteur de son vaincu, loyal avec qui l'assassine, — tel est Tamour ', » Un plus grand clerc que moi l'a défini ainsi.

I , Traduction littérale de la première partie d'un sonnet de Camoëns.

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Une matière que Ton croit avoir épuisée en littérature et sur laquelle il reste à écrire des milliers de volumes, est Tamour. Je n'en veux rien dire ici, si ce n'est qu'il est la grande affaire de la vie : je parle sérieusement. Frivole, il nous diminue; indigne, il nous perd; avouable, il nous fixe dans les voies de l'honneur et de la droiture.

Le premier amour est chaste, désintéressé, chevaleresque. — Enfant, goûte à longs traits et savoure la vierge liqueur. Tu pourras aimer encore ; mais cette pureté, tu ne l'auras plus.

Un homme riche, même jeune et beau, n'est jamais assuré, en bonne fortune, d'être

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aimé pour lui-même; à quoi le gueux n'a pas à se méprendre. La pauvreté a de ces compensations, qu'elle doit savoir apprécier.

Vieillir n'est rien pour uti amoureux impénitent, s'il a pu garder taille fine autour d'un cœur toujours jeune. Le corset, les teintures, les artifices dont il se restaure, n'abusent certainement que lui-même ; toujours est-il qu'elles le trompent et le consolent. Mais se voir alourdi, engraissé, perclus, quand on a été brillant jeune premier, quelle disgrâce ! Que faire alors? Conter ses prouesses d'autrefois? On prêterait à rire. Pauvre vétéran du guilledou, un seul réconfort s'offre à toi : celui des souvenirs discrets , si mieux tu ne cherches le refuge du repentir.

Oh ! les attardés de la vie, vieux libertins, vieilles coquettes, vieux étudiants, vieux dé-

butants, que vous faites peine à voir, invétérés dans les folies qu'excuse et rend charmantes la seule Jeunesse!

Et vous, roquentins déplumés, mûres ingénues, visages fardés, têtes blanchies qui vous teignez en noir, désespérés du respect que vous alliez peut-être inspirer, qui donc pensez-vous tromper? Vos cosmétiques et votre fard peuvent bien aux chandelles cacher six mois de votre âge, quand ils ne vous font pas plus grimés ; vus de près et reconnus, ils vous vieillissent sûrement, dénoncent votre faiblesse et mettent en fuite les sympathies qui se portaient vers vous.

Un despote existe, dont on ne saurait éluder la loi, et que M. Leconte de Lisle trouve gentil de nommer encore Kronos. Son sceptre est une faux ; son globe, un sablier. Ce brutal nous frappe, chaque jour, d''un coup dont la trace est indélébile; ce tyran nous a marqué d'avance les époques de tout plaisir et de toute entreprise.

« Mariez-vous, écrivait Tourguenef à un ami, voilà l'indispensable. » Où Rabelais s'est gardé de conclure, le romancier russe affirme, à bon droit. En quoi, d'ailleurs, ce sont les vieux célibataires qu'il faut écouter, et qui tous conseillent le parti qu'ils n'ont pas su prendre.

Un avocat bègue, un danseur unipède, un tambour manchot vous étonnent; un marin qui ne sait pas nager vous paraît invraisemblable. Et vous trouvez naturelle et plausible l'union en justes noces de deux êtres qui ne s'aiment pas.

Un défilé nuptial a toujours le privilège d'égayer les regardants quand il ne leur ins-

pire pas des lazzis saugrenus. La chose, en soi, est-elle donc tellement folâtre? La vie conjugale n'est pas un opéra comique : pourquoi, dès lors, quand vous associez deux existences, les conduire au sacrement sur un rythme de gavotte ou de menuet?

Je ne critique pas, bon Dieu! la cérémonie des noces. Il faut bien festoyer selon les usages; et ceci est indifférent. C'est le peu de précautions dont on entoure le mariage qu'il faut blâmer, et surtout l'acheminement trop bref qui le précède. Pour changer un iota aux errements consacrés en la matière, ce sont nos mœurs, je le sais, qu'il s'agirait avant tout de modifier ; et la réforme n'est pas près de se faire. Mais qui m'empêchera de dire quelle pourrait être cette réforme, et déconseiller, par exemple, les façons d'agir de la libre Amérique ?

A Philadelphie, à New- York , un gentleman qui veut prendre femme a d'abord vu au temple ou à la promenade le groupe des jeunes filles parmi lesquelles il compte faire un choix. Son premier dévolu jeté, il s'en-

quiert de la parenté, des habitudes et qualités de la personne qu'il a distinguée, et, satisfait, sur ce premier point, se fait présenter ouvertement à titre de prétendant. Dûment accrédité, il est admis à faire sa cour. D'entrée de jeu, on l'invite prendre le thé, on lui permet de s'isoler avec la jeune fille, en- un coin du salon. Trois mois, six mois durant, il se rendra aux réunions de famille qx flirtera en conscience, sans être le moins du monde dérangé dans ses hommages discrets.

Au bout de quelque temps, si l'un des jeunes gens a compris, ou si tous deux ont éprouvé que leurs caractères ne s'accordent point... rien de fait. L'essai a été loyal, chaste, irréprochable ; l'attentif salue, prend congé et va se mettre ailleurs en quête.

Mais, au contraire, l'entente s'est-elle révélée entre le damoiseau et la future : les parents de celle-ci, s'ils sont eux-mêmes favorables au projet d'union, accordent les grandes entrées, autorisent la promenade à deux, en voiture, au grand jour et même au clair de lune. Notez que le soupirant n'est

pas encore décidément agréé : c'est Pépreuve qui se prolonge et dont on veut bien étendre les facilités. Les intéressés peuvent toujours se dédire ; et le stage ainsi continué n'a rien de choquant pour ces braves Américains.

Et (circonstance à remarquer), il n'y a pas d'exemple de jeunes filles mises à mal ou dont on ail abusé , à la faveur de pareilles sorties. Si, par impossible, tel événement se produisait, toute la jeunesse de la ville s'en irait provoquer le ruffian qui aurait joué sa vie à ce coupable jeu.

Coutumes franches, hospitalières et grâce auxquelles, toutes paroles échangées, les fiancés se connaissent autant qu'il est possible.

Enfin, autre détail à savoir et qui a son importance, les jeunes filles sont mariées sans dot.

Peut-être les choses se passent-elles de même en quelques contrées d'Angleterre, mais je n'en répondrais pas.

La stricte raison n'a qu'une part légère dans les jugements des femmes. Elles veulent être persuadées, plutôt que convaincues : et que sert alors de prouver contre elles? En toute cause, le plus faible argument a chance de les toucher, non le meilleur. Où vous avez craint d'être condamné, c'est un acquiescement qu'elles vous donnent. Vous faites appel à leur tête : c'est leur cœur qui décide. Faites-en, après cela, des électeurs et des juges.

Le goût de la parure est un droit pour la femme, je dirai presque un devoir; à l'égard de quoi, toute critique venant d'un homme estsotte'et malvenue.

— Mais, bon enfant, c'est pour nous plaire qu'elles se mettent en frais; et tu le trouves mauvais ! Vas-tu te plaindre de ce que la

mariée est trop belle? Plaire à tous, entendstu bien, elles ne tendent à rien moins, en leur bon vouloir égalitaire. La duchesse, dans son landau, est sensible à Padmiration naïve du piéton qu''elle croise; et, plus un cavalier est magnifique, plus vive est Pœillade que la paysanne lui détache.

Vous passez dans un bois et rencontrez, par hasard , au détour de quelque sentier perdu, une pauvre charbonnière. Du .plus loin qu^il vous aperçoit, voilà ce rebut qui se redresse, se compose, vise à vous plaire sous son charbon. Et vous, bonhomme , mettez une malice complaisante à Tarréter, la retenir, lui dire qu^elle est charmante.

Qu'elle vous ait cru sincère, n'en doutez pas ; elle vous trouve de plus fort aimable, et homme de goût s'entend. •

Une femme souvent n'a pour plaire que son esprit, et en usé. L'esprit fait moins de jaloux que la beauté; on le redoute aussi, parce qu'il sait se défendre.

— « Quand on est laide, il faut savoir se venger de sa laideur, disait la femme d'un magistrat.

— a De quelle façon?

— « Vous en demandez trop. Ceci est affaire à chacune. »

Or le secret de la laide qui émettait cette proposition comminatoire, nous l'avons su. Dès son arrivée dans une résidence nouvelle, elle tendait ses amorces , faisait quelques frais de coquetterie. Partant de là, elle ménageait les hommes qui avaient tout d'abord mordu à l'appât; les autres, elle se faisait un Jeu de les séduire et de les désespérer ; à

quoi elle ne réussissait que trop bien, la sirène.

On reconnaît plusieurs sortes de laides, parmi lesquelles : la laide simplement laide, la laide antipathique, la laide sympathique, la laide spirituelle, la jolie laide (défectueuse par le détail, agréable par l'ensemble), la laide qui se venge et la laide qui ii'a pas étrenné. Très dangereuses, ces deux dernières, si Ton n'y prend garde. Aveuglé par l'aveugle petit dieu sur les défauts de la ligne et du galbe, votre goût se leurre luimême et se déprave ; vous voyez le beau où il n'est pas, et vous vous éprenez éperdument de sa contrefaçon. Or, quand une de celles-ci inspire une passion , malheur au cavalier qu'elle a féru ! Ce n'est pas Vénus tout entière à sa proie attachée, — il "n'y aurait que demi-mal, — mais bien Tisiphone se donnant pour Vénus, et ne desserrant plus ses griffes.

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Celle-ci a les yeux verts, les cheveux roux, la taille longue, les mains et les pieds forts ; elle est laide, et elle est charmante. Pourquoi ? Parce qu'elle est charmante, et c'est assez dire.

Quand la société des femmes n'aurait d'autre utile effet que de nous rendre plus dignes, plus mesurés, plus corrects, nous devrions la souhaiter en toute occasion. C'est fortune inestimable à un homme et dont le bienfait l'accompagne partout, que d'avoir été bercé sur les genoux d'une femme intelligente.

Un homme d'esprit vaut deux hommes ; un homme impassible et de bon sens en vaut quatre.

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Épreuve de la subtilité. — On presse Babet de se marier. Elle a répondu que parmi tous ses amoureux elle voulait choisir le plus madré ; à quelle fin elle s'est rendue à certain carrefour où Ton danse, le dimanche, où les garçons content fleurette aux filles, où les filles font des niches aux garçons.

Nicaise le premier la salue. Elle fait quatre pas avec lui, marchant à sa gauche ; puis sournoisement, à main plate, contournant la tête du compagnon, lui donne une taloche sur la joue droite. Le gars se tourne du côte de Tattaque et ne voit personne, — a Bon ! dit-elle. En voici un qui n'a pas volé son nom. Niaiserie parfaite. Un de retranché. »

Avec Lubin, même jeu. Lubin est finaud, ne cherche point qui Ta touché. — a Si c'est une avance, la belle, dit-il aussitôt, je ne recule point. » — « Demeurez où vous

êtes, monsieur rempre.ssé. Vous connaissiez la feinte, et ceci ne prouve rien. Je demande à voir autre cliose. »

Voici le tour de Maclou, qui n'est point sot, mais qui a grande estime de lui-même. Celui-ci ne regarde ni à droite ni à gauche, mais se consulte. — « On voudrait me faire croire que vous me cajolez, gentille Babet, dit-il. C'est Rose, bien sûr, qui veut me monter la tête et qui m'a cogné. Je ne me retourne point pour si peu. » — « Vous allez plus loin que le but, répond la fille ; trop de malice vous met en défaut. »

Puis changeant de façon, Babet s'en va derrière Thibaut, se dissimule et allonge la main pour le secouer par le pan de sa veste. Mais Thibaut a vu une ombre marcher en avant, et rompant aussitôt : — « Vous avez pensé me prendre , et je vous prends. » — « Vous ne tenez rien, l'ami, dit l'autre qui s'est dégagée ; et vous avez parlé trop tôt. »

Allant, cette fois, sur les pas de Colin, elle se glisse, se pelotonne, se garde de faire de l'ombre, tend les deux bras... Colin n'a rien

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VU, rien entendu, mais a deviné, et tout d'un saut la saisit par les poignets, fait volte-face et Tembrasse sans compliment. — « Voici, pour le coup, notre homme, dit Babet. »

Ce petit conte a sa moralité. Chacun des prétendants y montre la finesse à Pun de ses divers échelons. Je ne dis rien de Nicaise, qui est un lourdaud ; mais revoyons les autres.

Lubin s'est retourné du côté opposé à la chiquenaude ; on lui a montré la cave, et c'est le grenier qu'il a reg"ardé. — Subtilité impaire, vulgaire ou du premier degré, dont il ne faut pas médire; car elle suffit aux communes actions de la vie.

Maclou a raisonné d'abord comme le précédent, puis est revenu vers le point de départ, par excès de rouerie. « Le beau mérite, a-t-il pensé, d'être fin comme le plus grand nombre ! Où les autres ne font qu'un crochet, j'en fais deux. » — Subtilité double, réflexe ou du second degré. L'emploi n'en est pas toujours stir, comme il en va de tout ce qui est compliqué.

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Thibaut, le clairv^oyant, déjoue la ruse, mais ne profite pas de son juste calcul, pour s'en être trop vite applaudi, — Subtilité impatiente, incomplète ou du troisième degré.

Colin s'est montré vigilant et prompt, a vu clair et pris son temps pour agir. — Subtilité parfaite, patiente, active à propos, dont le degré est notre quatrième ; et c'est la meilleure.

En conversation, la meilleure plaisanterie est courte. Seul, Fauteur comique peut développer le plaisant ; et il n'y faut pas un talent médiocre.

Hors le cas de défense, ne cherche point ton esprit sur le dos du prochain. Une niaiserie nuisible se pardonne ; un trait vulnérant, jamais.

— Mais, dites-vous, le moyen d'être badin, sans être agressif ?

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— Il n^est point nécessaire d'être badin. Railler, c'est toujours froisser quelqu'un, ou quelque chose tenant à quelqu'un ; et quand la matière manque à côté, railleur se raille lui-même.

Dans tes propos, évite toute personnalité On te fera bien assez jaser sur le compte du prochain, sans que tu en aies rien dit.

Tel passe pour balourd, qui n'a pas voulu prendre la peine de montrer de l'esprit à des gens qui lui déplaisent.

Cléon est une bête : c'est vous qui le dites. Lui avez-vous donné le temps , l'avez-vous mis dans le cas de prouver de l'esprit ? Quand vous le rencontriez, lui cédiez-vous

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Jamais la parole ? Il n'a connu de vous que morgue et pédantisme. Sur de telles avances, il s'est boutonné ; il a bien fait.

La franche sottise ne veut pas être éclairée, s'entête à nier la lumière que l'on fait éclater devant ses yeux : c'est là son caractère le plus désolant et ce qui en fait un mal incurable.

La bêtise, quelquefois, s'exprime avec élégance et fait illusion à nombre de gens. Il est des stupidités très correctes.

Parler sans cesse des choses du métier, est l'indice le plus sûr d'un esprit étroit.

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La sottise ne se révèle pas toujours au premier contact, alors, surtout, qu'un vernis d'usage et de bonnes manières la dissimule aux inattentifs. Ses manifestations, pour être en ce cas tardives, n'en sont pas moins foudroyantes. Comme un coup de tonnerre dans un ciel serein, la balourdise de gros calibre éclatant dans une conversation fait dresser l'oreille et dessille les yeux des gens. — Grand Dieu! que cet homme est sot!

vous êtes-vous écriés à la ronde. — Et sots nous-mêmes, devriez-vous ajouter, de ne l'avoir pas compris plus tôt.

Gardez-vous de montrer de l'esprit aux bêtes : ce qu'ils ne comprennent pas leur est souvent une injure.

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Aggravée de bêtise, la méchanceté est intolérable. Considérez aussi qu'il y a autant et plus de malveillance chez les bétes que chez les intelligents; et vous déciderez, tout compte fait, qu'il vaut mieux être entouré de ceux-ci que de ceux-là.

Vanité et fatuité sont filles de sottise.

L'homme vain cherche à en imposer ; le fat s'en fait accroire. Lequel des deux est le plus sot ? Le fat, évidemment, qui se persuade à lui-même son imaginaire supériorité.

Les deux défauts vont souvent de pair en un même individu, et font alors un sot accompli.

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La louange, autrefois, voulait être attendue, conquise ; ou, tout au moins, celui qui la recherchait s'était d'abord efforcé de la mériter. Aujourd'hui on se la décerne, et le public ratifie. Vous signez vous-même votre brevet, et personne ne s'inscrit en faux. Ce qui vous aurait fait huer vous fait acclamer.

La vanité a deux pôles. En leur orgueil, la pourpre et le haillon sont également. blâmables ; la seule modestie les fait sans reproche.

Un Receveur Général se croirait outragé de quiconque le nommerait simplement Receveur ; le Receveur Particulier s'intitule

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Receveur des Finances, et omet le particulier, laissant la porte ouverte à une méprise dont profitera sa vanité. Un Premier Président se fait appeler Monsieur le Premier, afin qu'on n'en ignore ; le Président de Chambre met sur sa carte Président de Cour, ne défendant pas qu'on le prenne pour l'autre. Quiconque est premier, veut bien qu'on le sache ; qui ne Test pas, permet qu'on s'y trompe. Jeune demoiselle rayonne , si on l'appelle madame ; dame entre deux âges, par contre, est ravie d'être dénommée demoiselle ; mais ici le désir de plaire, joint à celui de paraître jeune, qui en est le corollaire, l'emporte de bien haut sur l'esprit de dignité.

La pierre et la brique ont aussi leur fatuité. Quel est le village de quarante feux qui ne veut être une ville ?

c( Votre village est gentil » , disait un fonctionnaire, en quittant le bourg de M...,

à quelques notables qui lui faisaient escorte. L^escorte, sur ce propos, fit voJte-face et se mit à chercher des pavés. SMl y en avait eu un las en cet endroit, elle aurait lapidé le représentant de l'autorité.

Mais il faut savoir que M... est un lieu de merveilles. On en compte jusqu'à quatre, qui sont : une église sans clocher, un hôpital sans malades, un puits sans eau et une halle sans marchés. J'y en ai même découvert une cinquième, un hôtel de ville à la campagne.

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