‹ Morale familière en menus traits et proposChapitre 10 sur 13 · CLXXVIII · texte numérisé non relu

CLXXVIII

L'égoïsme est toujours odieux ; en un vieillard, il écœure.

— Quand la terre t'appelle, malheureux, oses-tu bien te mettre en dépense pour des fantaisies qui ne vont profiter qu'à toi seul ? As-tu des enfants : c'est à eux que tu dois te subordonner, c'est dans leur joie qu'il faut chercher la tienne. Et si tu n'as que des neveux, je te plains : eux ne te plaignent guère.

Un octogénaire se ruinait à faire bâtir un ermitage; ce qui lui coûtait cent mille francs, n'en devait pas valoir vingt mille.

— « Ne me gronde pas , disait-il à sa fille : cette propriété est ma dernière maîtresse.

— « Mais à votre âge, papa , on n'a pas de maîtresse. »

Avez- vous remarqué cette chose fréquente? Tout bien arrive aux désintéressés, tandis que les cupides voient échouer leurs calculs, se désespèrent et crient : « Le destin est contre nous ! »

— Eh ! non, ladres que vous êtes. Il suffit des petits bâtons que le prochain se plaît à mettre dans vos roues,

La gourmandise est répugnante chez les jeunes gens, pour qui la vie a tant de satis-

factions moins basses. Mais comme elle sert au réconfort des corps usés, Page mûr et la vieillesse ont de quoi s'en faire absoudre.

Intelligent et de bon goût , le luxe est chose louable. Entendez par là qu'il est blâmable le plus souvent.

Si au prix de la matière un objet de luxe ne joint pas quelque valeur d'art, de coupe ou de dessin , il est mauvais ; le bloc en est gâché; il avilit, en ce cas, celui qui Tétale, comme l'ouvrier qui l'a fabriqué.

Quel mérite pensez-vous avoir à montrer des matières précieuses, quand les tons en sont criards , et le travail défectueux ? Etesvous riche : sachez vous faire pardonner votre fortune, non seulement en faisant le bien, mais encore en suscitant de belles et bonnes œuvres.

CLXXXIÎ

L'homme qui affiche un luxe bruyant , raconte ses succès et fait devant les gens le détail de ses biens, prouve sa petitesse et mieux encore la conscience qu'il en a, par une tendance continuelle à se jucher sur un amas de dons artificiels qui doivent le grandir aux yeux du vulgaire.

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