ET LA PEUR D'ÉTHE SEUL
lit, elle lui dit bonsoir, mit dans son petit bec rose un bonbon bien facile à faire fondre, et fit mine de passer au salon.
« Je ne veux pas, je ne veux pas que Lu t'en ailles ; reste avec moi, tante Abeille, Henriette ne veut pas être seule quand elle dort.
— Les petits enfants ne sont jamais seuls, lui dit sa tante. Dès qu'ils sont endormis, le bon Dieu est là qui veille sur eux.
— Mais où est-il, le bon Dieu? dit Henriette.
— Tiens, lui dit sa tante un instant embarrassée de la question, il est là. »
Et elle lui montra un petit crucifix d'ivoire qui était suspendu au mur à côté de son lit.
M"" Henriette ne se tint pas pour battue. Regardant le crucifix avec des yeux pleins de larmes : « Oh ! ma tante, s'écria-t-elle, il est trop petit ce bon Dieu-là ! Henriette aimerait mieux une grande personne. • — Tu te trompes, dit la tante Abeille avec beaucoup de sang-froid. Ce petit bon Dieu-là est très-grand, et si puissant que c'est lui qui veille sur ton papa et sur ta maman, sur moi aussi et sur toute la maison, et même sur tout l'univers. )>
Et sans entrer dans des explications au-dessus de l'âge de M"" Henriette, qui avait quatre ans à peine, la tante Abeille s'en alla le plus tranquillement du monde au salon.
Quand M'^" Henriette vit que décidément elle n'avait que le petit bon Dieu de sa tante pour sa sûreté, comme elle savait que sa tante ne mentait jamais, elle en prit son parti ; elle récita au petit bon Dieu une prière que
bien certainement il entendit, car elle s'endormit avant même qu'elle fût achevée, et à partir de ce jour la confiance que les enfants n'étaient jamais abandonnés de Dieu, même pendant leur sommeil, suffit à la rassurer. Elle n'eut plus jamais peur.
J'ai rapporté le petit propos de M"* Henriette parce que je suis bien sûr qu'il n'a pas fâché le bon Dieu et qu'il n'a pu que faire sourire les âmes vraiment pieuses. Mais j'en veux prendre texte pour dire qu'on ne saurait trop tôt, par des moyens à la portée de leur âge, réagir contre les terreurs des enfants. Il faut, dès le berceau» habituer les plus petits à ne point s'inquiéter dès que les personnes qui les aiment leur ont dit : « Soyez tranquilles. )) C'est par la confiance en ce qui leur est connu qu'ils seront débarrassés de leur peur de l'inconnu.
Cette confiance, il faut la mériter en ne la trompant jamais.
Ces terreurs irréfléchies poursuivent les enfants plus longtemps qu'on ne pense : elles troublent leur cerveau, elles agissent de la façon la plus fâcheuse sur leurs nerfs pendant de longues années. Il est beaucoup de jeunes filles, bien plus, beaucoup de jeunes garçons, qui arrivent tout près de l'âge viril sans avoir pu s'en défaire, et qui ne passeraient ni dans un grand bois, ni dans un lieu sombre, sans frissonner.
Il importe donc de rassurer dès l'âge le plus tendre les enfants contre les périls imaginaires. La vie leur garde assez de dangers réels pour qu'ils n'usent pas leur courage contre les fausses peurs.
C'est à quoi on arrivera si, dès les premiers pas, on