‹ Morale familiereChapitre 9 sur 77 · ET LA PEUR D'ÊTRE SEUL · texte numérisé non relu

ET LA PEUR D'ÊTRE SEUL

Pourquoi quelques enfants qui ne manquent pas de courage tant qu'il fait jour en manquent-ils subitement dès qu'il fait nuit, dans des circonstances même où le plus simple usage de leur petit bon sens pourrait leur montrer qu'il n'y a ni raison ni prétexte d'avoir peur?

Pourquoi d'autres ont-ils peur dès qu'ils se trouvent seuls, fût-ce en plein jcur, et cela dans une chambre bien close, alors même que leurs parents ou les personnes préposées à la garde de leurs précieuses petites personnes se tiennent dans la chambre à côté, ou dans la maison, et leur ont dit qu'ils pouvaient être tranquilles?

Cela tient sans doute, en partie, à la sensibilité de l'organisation nerveuse des enfants, à leur faiblesse, au besoin touchant d'une incessante protection; mais cela tient surtout à ce qu'à force de leur montrer les craintes qu'on a pour leur fragilité, on leur ote toute confiance

en eux-mêmes; cela tient aussi à ce qu'on ne les a pas bien convaincus que, puisqu'on redoute autant et plus qu'eux le mal qui pourrait leur arriver, du moment où on les laisse seuls, c'est qu'ils peuvent y être laissés sans danger.

r J'ai connu une petite fille, très^g^ntille cependant-, qui se croyait perdue dès qu'elle était toute seule. Ses n^rlssurexcités peuplaient de monstres le lieu qui lui était lopins familier, sa petite chambre. Il fallait toujours laisser la porte ouverte.

J'en ai connu une autre qui croyait qu'elle ne pouvait pas dormir sans que la lampe ou la bougie fût allumée. Mademoiselle voulait-elle voir clair en dormant, ou bieu espérait-elle que, s'il arrivait quelque chose, cette bougie, cette lampe allumée la défendrait? Elle était trop raisonnable déjà pour le penser. C'est égal, il lui fallaitde la lumière même pendant son sommeil.

J'en ai connu une, enfin, qui ne voulait jamais rester seule du tout, avec ou sans lumière.iXe soir, quand il s'agissait, à neuf heures, de la coucher, et après qu'elle avait été bien bordée dans son petit lit, bien embrassée par sa maman, si sa maman voulait passer au salon pour y attendre l'heure de se coucher elle-même, c'étaient de vrais désespoirs.

Un jour ses parents furent forcés de faire une absence d'une semaine. Ce fut sa tante qui remplaça sa mère dans les soins adonner kW^" Henriette. La tante résolut de profiter de l'occasion pour la guérir de ses frayeurs enfantines et mettre fin aux exigences qui en étaient la suite.

Dès le premier soir, quand M"* Henriette fut dans son

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