‹ Morale familiereChapitre 3 sur 77 · LES QUATRE CRI-CRIS · texte numérisé non relu

LES QUATRE CRI-CRIS

miches de quatre livres le plus beau pain qu'elle y put trouver et le mit dans les bras du petit garçon.

Mon ami Jacques remarqua alors la figure amaigrie et comme pensive du petit acheteur. Elle faisait contraste avec la mine ouverte et rebondie du gros pain dont il semblait avoir toute sa charge.

« As-tu de l'argent? » dit la boulangère à l'enfant.

Les yeux du petit garçon s'attristèrent.

« Non, madame, répondit-il en serrant plus fort sa miche contre sa blouse, mais maman m'a dit qu'elle viendrait vous parler demain.

— Allons, dit la. bonne boulangère, emporte ton pain, mon enfant.

— Merci, madame, » dit le pauvre petit.

Mon ami Jacques venait de recevoir sa monnaie. Il avait mis son emplette dans sa poche et s'apprêtait à sortir, quand il retrouva immobile derrière lui l'enfant au gros pain, qu'il croyait déjà bien loin.

« Qu'est-ce que tu fais donc là? dit la boulangère au petit garçon, qu'elle aussi avait cru parti. Est-ce que tu n'es pas content de ton pain ?

— Oh ! si, madame, dit le petit, il est très-beau.

— Eh bien, alors, va le porter à ta maman, mon ami. Si tu tardes, elle croira que tu t'es amusé en route, et tu seras grondé. »

L'enfant ne parut pas avoir entendu. Quelque chose semblait attirer ailleurs toute son attention. La boulangère s'approcha de lui et lui donna amicalement une tape sur la joue : "

« A quoi penses-tu, au lieu de te dépêcher? lui ditelle.

DE LA BOULANGERE.

— Madame, dit le petit garçon, qu'est-ce qui chante donc ici?

— On ne chante pas, répondit la boulangère.

— Si, dit le petit. Entendez-vous : Cuic, cuic, cuic, cuic, cri, cri, cri ? »

La boulangère et mon ami Jacques prêtèrent Toreillc, et ils n'entendirent rien, si ce n'est le refrain de quelques grillons, hôtes ordinaires des maisons où il y a des boulangers.

« C'est-il un petit oiseau, dit le petit bonhomme, ou bien le pain qui chante en cuisant, comme les pommes?

— Mais non, petit nigaud, lui dit la boulangère, ce sont les grillons. Ils chantent dans le fournil, parce qu'on vient d'allumer le four et que la vue de la flamme les réjouit.

— Les grillons! dit le petit garçon ; c'est-il ça qu'on appelle aussi des cri-cris ?

— Oui, » lui répondit complaisamment la boulangère. Le visage du petit garçon s'anima.

« Madame, dit-il en rougissant de la hardiesse de sa demande, je serais bien content si vous vouliez me donner un cri-cri...

— Un cri-cri! dit la boulangère en riant; qu'est-ce que tu veux faire d'un cri-cri, mon cher petit? Va, si je pouvais te donner tous ceux qui courent dans la maison, ce serait bientôt fait.

— 0 madame! donnez-m'en un, rien qu'un seul, si vous voulez, dit l'enfant en joignant ses petites mains pâles par-dessus son gros pain. On m'a dit que les cricris, ça portait bonheur aux maisons ; et peut-être que,

Page 1