‹ Morale familiereChapitre 35 sur 77 · CE QUI EST DIFFICILE. 17J · texte numérisé non relu

CE QUI EST DIFFICILE. 17J

Vous penseriez que c'est un triste sire. Eh bien, si ce qui est difficile vous rebute, vous êtes cet homme-là dès à présent.

Montez donc, faites dix pas seulement, et, ces dix pas faits, retournez-vous pour voir la place où vous vouliez rester; avouez qu'où vous êtes l'air est déjà plus vif, et que vous respirez mieux, respirant d'un peu plus haut. Allons! vingt pas cette fois, et puis reposez-vous. Quoi, la terre agrandi! Ce n'est pas tout, vous avez, vous aussi, grandi un peu avec la terre. Pour cette fois, nous allons faire cent pas, puis cent autres pas. Vous êtes essoufflé, essuyez-vous le front; mais tenez, le sommet est tout près , encore un effort, et nous allons arriver.

Enfin nous sommes sur le plateau. Avouez que vos pas ne sont pas des pas perdus; avouez que c'est beau de voir les choses de haut, et que la lumière est magnifique quand de la cime d'une montagne elle se répand sur l'univers agrandi.

Cette montagne, c'est votre difficulté de tout à l'heure, c'est la science. Tant qu'on est en bas, on ne voit rien que la difficulté qui monte; mais à mesure qu'on monte soi-même, ce qu'on voit, au contraire, c'est la difficulté ^ qui s'abaisse et qui descend, c'est la clarté qui apparaît,

et quand on est arrivé, on comprend la nécessité des premiers pas, et des derniers aussi.

Alors ce n'est pas fini cependant , car l'homme ne saura jamais tout. Tout, c'est le secret de Dieu. Mais la peine, mais le travail a eu sa joie, sa récompense, et l'on dit ce que disait un jour un enfant devant un livre do mathématiques : « J'aime cela parce que c'est très-

difficile. » Cette parole a porté bonheur à cet enfant, il est devenu une des gloires de ce temps, et s*fl a surpassé en science presque tous ses contemporains, c'est parce qu'en effet il aimait ce qui est très-difficile. Il aimait la lutte, il aimait l'effort, il sentait que le combat seul grandit les forces, double la vigueur de l'esprit, et qu'il faut être au sommet d'une science pour en savoir toutes les beautés, comme au sommet d'une montagne pour en embrasser d'un regard tous les horizons.

Donc courage! ne restez jamais au pied du mur, au pied de la montagne; c'est d'en haut qu'on voit clair, c'est d'en haut qu'on respire, c'est quand on a gravi les difficultés de la science qu'on devient soi-même un homme, et qu'en même temps qu'on a fait son chemin on a mérité d'éclairer celui des autres et de devenir un guide pour tous ses semblables attardés.

Page 1