LA PARESSE
Jli LUI Al ALORS CINGLE TKOIS OU QUATUE BONS COUPS DE FOUET.
garçon à la fois bien ingrat et bien sot, » et tu tâcherais de lui faire comprendre le tort qu'une si mauvaise compagnie peut lui faire.
Eh bien, en fuyant le travail, ton meilleur ami, pour la paresse, ta plus mortelle ennemie, tu es cet ingrat et ce sot.
A quoi te peut-elle servir, ta paresse, je te prie? A quoi de bon?
Si tu découvres en elle un point, un seul, par lequel elle puisse t'être utile; si tu en trouves un où elle puisse t'être agréable, si tu m'en montres un où elle ne doive pas te nuire, je me mets en chasse et je te rapporte un merle blanc.
Il n'est pas un paresseux qui, mis au pied du mur, ne soit obligé de convenir que sa paresse ne l'a jamais aidé, je ne dis pas à passer, mais à user le temps sans ennui.
S'il existait deux horloges, l'une marquant les heures données à l'oisiveté, l'autre celles données au travail, tu verrais bientôt que l'heure du travail, même le moins attractif, n'a jamais que son compte de minutes, tandis que l'heure de paresse en a le double ou le triple.
J'ajoute que, pendant qu'il n'est pas de travail qui n'ait sa moisson, les heures si longues de l'oisiveté n'ont jamais rien laissé dans la main de l'oisif.
Conviens-en, ta paresse t'assomme; tu sais que bâiller n'est pas une joie, que les bras croisés sont un supplice, et que les jours de fainéantise sont le tonneau des Danaïdes à remplir.
Je crois qu'on pourrait corriger tous les paresseux par un n*o^en simple : au lieu d'engager la lutte avec leur
i;6 LA PARESSE A TOUJOURS TORT.
vice et de les occuper ainsi à le défendre, il faudrait leur interdire toute activité. Tu es paresseux, sois-le. Tu no veux pas travailler, ne travaille pas. Tu as des yeux, tiensles fermés. Tu as des oreilles, sois sourd; une langue, sois muet; des bras et des jambes, demeure immobile; un nez, sois à perpétuité enrhumé du cerveau... car l'usage des cinq sens, c'est un travail. Quant à ton âme et à ton cœur, réduis-les à l'indifférence, pétrifie-les. Dans; le corps inerte du paresseux il ne peut y avoir qu'une âme inerte, qu'un cœur sans mouvement comme luimême. La paresse bien entendue doit être le détachement de tout.
Faire acte de vie matérielle, remuer le petit doigt; faire acte de vie morale, te permettre une réflexion, un sentiment, ce serait renier ton dieu, — la paresse.
Tu la défendais comme une si belle chose au début, ta paresse! « Avant le péché, disais-tu, l'homme ignorait la loi du travail. Le travail, c'est le signe de la réprobation «éleste. Renoncer au travail, c'est donc échapper à la plus terrible des sentences divines, c'est remonter jusqu'au paradis. »
Où t'a conduit de parodier ainsi la parole de Dieu à notre premier père : « Tu gagneras ta vie à la sueur de ton front, » et de méconnaître que la clémence divine avait seule pu la dicter?
Est-ce que condamner l'homme à l'oisiveté, ce n'eût pas été pour la race humaine l'arrêt de son néant?
Dieu a voulu, au contraire, réconcilier l'homme, par le travail, avec la vie qu'il lui laissait. En lui disant î « Tu gagneras ton pain, » il lui disait : « Tu sauras ce que vaut d'être utile à soi-même et aux autres; i»
réservait, il lui rendait possible de connaître le prix de sette existence qu'il lui ordonnait de se faire.
Que penserais-tu d'un oiseau qui, ayant des ailes, ne volerait pas ; d'un poisson qui ne nagerait pas ; d'un cerf qui, accroupi dans sa retraite, se refuserait les joies de la vitesse; d'un gland qui aimerait mieux pourrir dans la boue que de devenir un chêne ; d'un œuf qui refuserait d'éclore? Tu te dirais : « Voilà des êtres et des choses qui manquent à toutes les lois de leurs destinées ; ils sont indignes des dons de Dieu. » Paresseux , mon ami, tu es cet oiseau, ce poisson, ce cerf, ce gland, cet œuf, cet indigne.
Que penserais-tu d'un meunier qui laisserait incessamment tourner au vent les ailes de son moulin sans leur jamais donner rien à moudre? Tu te dirais: «Voilà un meunier imbécile; il ferait aussi bien de briser son moulin que de se condamner à entendre à perpétuité son tic-tac inutile. » Paresseux, mon ami, en ne donnant rien à moudre à ton âme, tu es ce meunier imbécile. Ton cœur est ce moulin qui s'use à vide; ses battements, dont tu ne comprends pas l'appel, ne sont plus, grâce à ta paresse, que les battements stériles d'une machine sans direction. Semblable à l'écho stupide, dont ils ont la "oix fausse, on sent qu'ils ne dénoncent rien que le voisinage des cavernes, qu'ils n'ont pas d'autre signification que ces bruits vagues qui sortent, comme des spectres, des lieux voués à l'abandon.
Que dirais-tu enfin d'un homme en pleine mer qui cesserait de ramer? — Qu'il ne veut point arriver, qu'il veut être submergé.
Eh bien , celui qui cesse de travailler cesse de ramer.