LE MEILLEUR AMI
Celui dont il ne faut jamais douter ; Celui qui ne trompe jamais; Celui qui n'est jamais ingrat;
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Celui qui ne fait jamais défaut à qui lui fait appel ;
Celui qui est doux alors même qu'il est rude;
Celui qui relève les petits aussi bien que les grands ;
Celui qui comble tous les vides, ceux des jours et ceux même du cœur, ceux aussi de la poche, dont il faul tenir compte en ce monde ;
Celui qui répare tout, tient lieu de tout, remplace tout, console de tout, — oui, de tout;...
Celui qui fait fuir les heures par cela même qu'il les remplit;
Celui qui peut faire longue et glorieuse la vie la plu« courte, comme il l'a fait pour Raphaël, pour Schiller, pour Mozart et d'autres, morts jeunes mais chargés de gloire, et qui par contre peut faire courte la vie la plus longue, comme il l'a fait pour Michel-Ange, pour le Titien, pour Gœthe, etc.;
Celui qui nous donne à toute heure la meilleure raison de notre être;
Celui qui a fait le monde intellectuel et moral ce qu'il est, de l'homme sauvage et primitif l'homme social et civilisé, de l'être humain faible et déchu, de l'homme à peine supérieur à la bête, l'associé de Dieu, puisqu'iJ aide à accomplir sa pensée ;
Celui sans lequel il n'y a ni grande ni petite œuvre, ni génie ni ouvrier;
Celui sans lequel il n'est point de salaire qui ne soit Aumiliation, point de récompense qu'un homme de cœur |)uisse accepter, point de vertu efficace, point de force utile, point de raison féconde, point de lumière qui échauffe en même temps qu'elle éclaire, point de solidité, point de satisfaction légitime même dans le succès, point
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de conscience heureuse, point d'honneur éprouvé et point de justice même dans le plus éclatant triomphe;
Celui sans lequel il n'est ni mérite devant Dieu, ni mérite devant les hommes, partant pas de véritable dignité;
Celui sans lequel il n'est ni vraie générosité ni bonté intelligente, puisque qui ne le connaît pas ne peut pas mesurer ce qu'a coûté ce qu'il reçoit ;
Celui qui relève jusqu'à la misère, en ce sens qu'il fait du plus humble l'égal de tous devant le sage, et qu'avec lui, dès que l'effort est complet, rien n*est petit ;
Celui qui rachète jusqu'aux fautes ;
Celui enfin qui défie tous les revers, toutes les défaites, toutes les ruines, parce qu'il est le souverain réparateur, parce qu'il est le réédificateur de tout ce qui n'a pas mérité de tomber;
Celui, pour tout dire en un dernier mot, qui est l'adversaire du pire des fléaux, du plus lâche des vices, de l'oisiveté :
C'est le travail.
Oui, le travail est ton meilleur ami. « Il n'est point de chagrin qu'il ne dissipe », a dit Montesquieu. Il n'est point d'inconstance du sort ni des hommes qu'il ne domine.
Qui que tu sois, vieux ou jeune, riche ou pauvre, celui-là, cet ami-là, cet ami certain, aime-le donc, et, qui plus est, estime-le au-dessus de tous les autres.
Si cependant, à ne lavoir quedeloin, sa figure austère te faisait peur, sur ma parole approche-toi de lui sans crainte, mon enfant, regarde-le sans parti pris d'épouvante, et dis-moi si jamais regard plus ferme et plus