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DE LA ROIDEUR

Quand on est jeune, on est porté à confondre, et de très-bonne foi, des choses entre lesquelles il est important de distinguer : certains défauts avec certaines qualités, les pièces fausses avec les pièces vraies.

Comme on n'a pas encore atteint l'âge de la force et de la fermeté, et que, cependant, on ne serait pas fâché^ ne pouvant être vraiment ferme et fort, d'avoir l'air d'être l'un et l'autre, on tombe dans la roideur.Ils'ensuit qu'en cherchant une qualité on se donne un défaut.

Or ce n'est pas atteindre un but, c'est le manquer, que de le dépasser.

J'ai connu des jeunes gens qui, en affichant à tout propos et par conséquent presque toujours hors de propos, dans leurs rapports avec leurs camarades, ou même avec ies personnes âgées, une inflexibilité bien contraire à Jeurs dix-sept ans, croyaient faire acte d'indépendance et montrer du caractère. Ils ne montraient que la fausseté moQQentanée de leur esprit. Ne céder jamais, de parti pris, et par suite être têtu, rogue, opiniâtre, c'est montrer un mauvais caractère, ce n'est pas montrer du caractère.

Dépenser de la fermeté là où il n'est pas besoin, c'est se mettre en frais de force pour soulever un poids de carton. Ce n'est pas de la fermeté, ce n'est que de la roideur.

Enverriez vous un cartel à un moucheron, au vent qui vous tracasserait? Eh bien, dans mille et mille petites

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difficultés de la vie quotidienne, qu'un peu de savoirvivre suffirait à arranger, la roideur est cette querelle en règle, est ce cartel à la fois inutile et ridicule que vous enverriez au vent ou au moucheron.

La roideur a tous les inconvénients de la force mal employée; elle n'a aucun des avantages de la force. Au lieu de vaincre les obstacles, elle les complique et les hérisse. Le nœud que la bonne humeur, la simplicité, l'esprit, dénoueraient, la roideur ne manquera pas de le faire plus serré. Elle tire du côté où il ne faut pas. Elle a, en outre, le défaut d'être toujours et souverainement déplaisante. Or, je vous le demande, quel secours a-t-on jamais tiré de déplaire?

On peut céder, après un conflit, à la persuasion, et rester ou même devenir l'ami de celui à qui l'on cède.

On peut céder, même à la force, après un engagement loyal, sans avoir de mauvais sentiments contre son adversaire plus heureux. Mais si, par impossible, on est obligé de céder à la roideur, soyez assuré qu'on se retire de la lutte, non pas seulement défait, mais offensé.

La roideur n'est que la fausse monnaie de la force. C'en est l'appareil toujours intempestif, c'en est la grimace, c'en est la caricature, ce n'est point la force ellemême.

Loin d'être roide, il convient que la force, pour être intelligente, soit pliable au même degré que le bon acier.

Sans doute il ne faut pas tomber d'un excès dans un autre, sans doute il faut se garder d'être souple, dans le sens servil de ce mot, c'est-à-dire qu'il ne faut ni déguiser ni renier ses sentiments. Mais les afficher d'une

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