‹ Morale familiereChapitre 60 sur 77 · LA COLÈRE ET LE SANG-FROID · texte numérisé non relu

LA COLÈRE ET LE SANG-FROID

Jft voudrais convaincre tous ceux qui se laissent d'habitude aller à la colère qu'il n'est rien de plus vain que la colère, parce qu'il n'est rien qui, plus qu'elle, aille fatalement contre son but.

Vous avez des contradicteurs, une discussion-; il y a là une galerie, des témoins, et comme des juges, et, si la cause est grande, il y a le public, l'opinion, peut-être la postérité. Quel est votre intérêt, et celui plus sacré que le vôtre du bon droit, de la justice que vous défendez, je l'admets? C'est de faire prévaloir votre avis.

Vous discutez d'abord avec calme, vous exposez les faits, le point en litige s'éclaire, vous allez triompher! Tout à coup un argument absurde ou perfide de votre adversaire vient suspendre, arrêter votre victoire. Vous devriez être ravi que votre adversaire s'enferre jusquelà, se perde jusqu'à montrer le défaut de sa loyauté. C'est le moment ou jamais de garder votre sang-froid; car l'heure est venue de meltre à nu l'absurdité, de dévoiler à fond la manœuvre à laquelle en est réduite votre partie adverse. Pas du tout ; irrité du retard qu'apporte dans le débat cet élément nouveau, vous vous fâchez, c'est-à-dire qu'avec votre sang-froid vous perdez, comme on dit, la tête! Vous étiez lucide tout à l'heure; votre regard ferme et clair, votre voix nette et juste, allaient droit à l'esprit de votre juge, droit peut-être au cœur même de voire adversaire. Vous n'êtes plus que violent:

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votre cerveau bout, vous rougissez, vous pâlissez, votre langue s'embarrasse, vos idées s'embrouillent, chacune de vos paroles est une maladresse ; votre adversaire, plus habile, reprend l'avantage; vous vous découvrez, il vous porte une botte, vous êtes blessé, peut-être à mort, et cependant vous aviez raison...

Vous aviez raison, soit, mais non pas, vous le voyez, de vous mettre en colère, puisque votre colère vous a fait ce dommage de faire échec à la raison elle-même, de faire tort à votre droit, de faire perdre sa cause à la justice.

Mais, direz-vous, contre quoi se fâchera-t-on en ce monde, si ce n'est pas contre l'absurde, si ce n'est pas contre la déloyauté, contre l'iniquité? Quand on a raison, on a le droit de se fâcher!

C'est tout le contraire : puisque vous avez raison, à quoi bon vous fâcher? C'est la raison, et la raison seule, qui donne raison à la raison; ce ne sera jamais la colère.

Par la colère, si vous êtes le plus fort, vous imposez par la force ce qu'il eût mille fois mieux valu imposer par la persuasion; votre adversaire n'est que battu, il n'est pas convaincu.

JMais, direz-vous, les cœurs honnêtes ont du sang, ce n'est pas du lait qui coule dans leurs veines; la vue de la méchanceté, de la sottise, les indigne, et cette indignation est légitime : c'est une vertu que de détester le mal.

D'accord, et je ne vous interdis pas la noble indignation qu'inspire lavue du vice tout près de l'emporter sur le bien. Mais cette indignation ^ mais cette émotion, ce

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n'est point de la colère , il ne faut pas que cela dégénère en colère.

La colère, c'est ce qui ne se contient pas, ce qui, par conséquent, ne peut dominer les autres. Celui qui n*est pas son maître n'est le maître de personne.

Vous voulez réprimer un acte mauvais , vous cédez à votre violence, vous faites un acte pire que celui que vous vouliez réprimer; où il n'y avait qu'un acte coupable, il y en a deux.

Cet axiome , souvent si injuste au fond , le « Tu te fâches, donc tu as tort, » est vrai dans la pratique, sinon en droit ; car un homme qui se met en colère, eût-il cent fois raison, donnera par sa colère tort môme à sa raison.

Quand un droit est méconnu, qu'est-ce qui importe ? C'est qu'il cesse d'être méconnu , c'est qu'il en arrive à être reconnu. Qu'est-ce qui peut amener ce meilleur résultat? Croyez-vous que ce soit la colère? Non, c'est son contraire, c'est le sang froid.

Le sang-froid est le maître de ce monde.

Sa force est telle, qu'il fait triompher souvent, hélas! jusqu'aux mauvaises causes, et parvient à maintenir pendant de longues années leur apparent triomphe.

Vous tous qui avez raison, n'abandonnez donc pas cette arme si puissante à vos adversaires; ne faites pas ce tort à votre bonne cause d'avoir l'air de si peu compter sur elle que vous n'ayez plus pour la défendre que les injures, les invectives, que la colère.

Défiez-vous des colères, de celles même qu'on a appelées de saintes colères. La colère n'est jamais sainte, car, fût-elle juste dans son principe, elle ne saurait l'êlre dans ses résultats. J'ajoute que le coupable qui n'est

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châtié que par la colère semble bientôt une victime ; il a été puni, non jugé. 11 a été réduit au silence; qui sait ce qu'il aurait pu alléguer pour sa défense? diront jusqu'à la fin des siècles ceux qui trouvent que la justice c'est le juge, et non le châtiment.

Je ne dirai qu'un mot de la colère des enfants, c'est que chez les êtres faibles qui auraient besoin d'appui à chacun de leurs pas, ce recours à l'instinct brutal, cette chute dans la violence, joint forcément à l'odieux le grotesque.

Le dicton populaire « Colère comme un dindon » caractérise admirablement tout ce qu'il y a de dindonnerie en effet dans les fureurs subites de certains bambins mal élevés. C'est à coup sûr contre la colère des enfants qu'ont été inventés le premier fouet et la première verge. « A mauvais mal mauvais remède. »

J'ai surpris dernièrement un petit monsieur de sept à huit ans dans un accès de véritable folie : il bondissait, il trépignait, ses bras gesticulaient comme ceux des anciens télégraphes, et, qui pis est, il déchirait ses livres, dont les feuillets volaient en lambeaux dans sa chambre d'étude. C'était un tableau pitoyable que celui de cette grande fureur et de cet infime marmot.

Cependant que lui avaient-ils fait ses livres? Rien. Ils contenaient les leçons que M. Michel aurait dû apprendre et qu'il n'avait pas apprises. C'était tout leur crime. M. Michel, ce grand monsieur qui se permettait de pareils emportements, avait passé sa matinée à faire des cocottes de papier, et tout à coup l'heure avait sonné où son professeur devait entrer pour lui faire réciter ses leçons, dont il ne savaitpas une syllabe. De là cette colère.

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Par un de ces hasards véritablement providentiels qui une fois sur cent viennent en aide à la morale, au lieu du professeur attendu et redouté, ce fut le célèbre docteur T... qui entra : un homme fort sérieux, je vous jure. Voyant ce petit garçon qui se démenait comme un cabri dans sa chambre, rouge comme un coq, le cou gonflé, les oreilles cramoisies, aux regards fous, l'habile docteur jugea qu'il avait devant lui un malade en proie à un accès subit de fièvre chaude. Il n'y avait pas de temps à perdre. Il alla chercher dans l'antichambre un seau d'eau fraîche que le domestique qui nous avait introduits venait d'y monter, et versa tout son contenu, avec un grand sang-froid, sur la tête du petit enragé.

Le remède était vif. 11 fut souverain. En un clin d'œil le calme avait succédé à la tempête; le bouillant Michel était calmé. Ce fut la fin des fureurs de M. Michel. Il n'eut jamais besoin d'une seconde application du remède improvisé par le docteur.

Au docteur, en effet, avait succédé le professeur de maître Michel, qui n'avait pas eu de peine à faire comprendre à Michel mouillé, mais carme, pendant qu'on lui donnait des vêtements secs, que, si bon que soit un remède, mieux vaut cent fois, dans les cas de maladie morale surtout, se guérir, se corriger par soi-même, que d'être guéri et corrigé par les autres.

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LA BOUDERIE

Je n'aime pas la colère, mais j'aime encore moins la bouderie.

A côLé de la bouderie, en effet, il semble que la colère ait des qualités et comme une sorte de noblesse. Elle est imprudente, maladroite, brutale souvent, mais elle est franche, et, n'eût-elle rien qui pût la justifier, elle peut mériter son pardon.

Mais la bouderie, cette colère froide, maladive et lente, qui semble ne faire long feu que pour mieux vous atteindre; cette colère hypocrite ou tout au moins sournoise, qui dissimule, qui ne s'exprime pas, même sur son sujet, qui ne se condense, ainsi qu'un nuage lourd sur votre tête, que pour en retomber à l'état de pluie invisible, mais opiniâtre et pénétrante, qui n'éclate pas comme la foudre, qui ne crève pas comme un orage, mais qui couve et subsiste à l'état de tison perdu dans les cendres, et qui, ne pouvant ni s'éteindre ni s'enflammer, se trahit seulement par une mauvaise odeur de fumée, la bouderie, là où la colère n'est qu'insupportable, elle est odieuse. Elle a quelque chose de petit qui offense en attendant qu'elle blesse, de mesquin qui diminue la cause qui en est l'objet, qui amoindrit et le boudeur et presque le boudé sa victime.

Vous êtes mécontent de tel ou tel de vos amis ; vous n'avez pas l'assentiment du monde entier; quelque chose a été fait dans l'univers qui vous a déplu, — ne vous fû-» chez pas, mais, pour Dieu, expliquez-vous!

LA BOUDERIE

vous SEMBLEZ xNE PLUS RIEN "VUIU QU EN VOUS-MEME.

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Si VOUS ne dites rien, par où vous prendrai-je, soit que j'aie eu tort, pour réparer ce tort, soit que je vous aie chagriné, pour panser la blessure que je vous ai faite, peut-être involontairement, et, si j'ai eu raison, si voire mal est imaginaire, pour vous faire voir votre erreur et vous en démontrer la chimère?

Il faut le dire, si la bouderie se tait, c'est que presque toujours elle aurait honte de parler, c'est que la blessure reçue est de celles qu'on rougirait de montrer, de celles qui ont leur siège dans un défaut et non dans une qualité, dans une prétention, dans une vanité illégitime secrètement égratignée, dans une susceptibilité inavouable, puérile, et non dans un sentiment viril injustement froissé.

De là l'attitude particulière du boudeur.

Vous voilà tout en boule comme un hérisson; il semble que vous n'ayez plus de visage; tout en vous est resserré, renfrogné; votre regard est comme replié et tout intérieur; vous semblez ne plus rien voir qu'en vous-même, et n'y rien voir- que de lugubre. Ce qui, hors de votre état de bouderie, vous charmerait, est instantanément comme s'il n'était plus. Vous vous refusez à tout ce qui vous attirait. Votre père, votre mère, votre enfant, votre chien, le beau temps succédant à la pluie, le sourire des gens et des choses, des innocents comme des coupables, rien n'existe plus pour vous, si bien que, boudant contre les autres, vous boudez d'abord contre vous-même.

Le petit ou le grand monsieur, la jeune fille ou la grande madame dont je parle ont éteint subitement leur lumière; leur lustre s'est métamorphosé tout à coup en

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une sorte de lanterne sourde, le colimaçon a rentré ses cornes, la tortue s'est retirée dans sa carapace, parodiant Achille sous sa tente. Que l'univers se voile, c'est le jour des limbes ! Que le silence des ombres succède aux aimables bruits de la vie ! Ayez soin de marcher comme sur d'épais tapis, ne respirez que la moitié de vos souffles, ne parlez pas : il y a bouderie! « Oui, non, » et par signes! c'est déjà trop.

Ah çà, où avez-vous mal? Pourrait-on vous demander, sans manquer au respect qu'on vous doit, ce qui vous chiffonne? Où êtes-vous piqué? est-ce au pied? est-ce au nez? Votre pied ne dit rien, votre nez ne répond pas. — Ce n'est ni au pied ni au nez, c'est partout, car, hélas! c'est à l'esprit.

Et si ce n'était qu'à l'esprit ! Mais la bouderie que le premier rayon de bonne et chaude affection ne dissipe pas gagne bientôt jusqu'au cœur. Tout ce qui le faisait battre va cesser de le remuer. Il est figé aujourd'hui, demain il sera glacé, et s'il n'avait, pour tenir contre sa bouderie, que d'autres cœurs de boudeurs comme lui, la pétrification serait bientôt générale dans la maison.

Mais enfin vous boudez, ce n'est bien pour vous ni pour personne; mais c'est un fait, et c'est de ce fait qu'il faut avoir raison..

Vous vous donnez par votre bouderie cette satisfaction morose de remplir de votre brouillard toute votre atmosphère, ou d'en pomper l'air respirable comme le ferait une machine pneumatique; vous savez bien que cela n'est pas pour mettre à l'aise rien de ce qui y vit, dans votre atmosphère. Faire geler le rire jusque sur la bouche des petits enfants et le sourire jusque dans les

LA BOUDERIE

yeux des mères qui voudraient leur répondre, c'est, en somme, leur infliger un supplice intolérable. Cependant, combien de jours, combien de semaines durera-t-il ce supplice? A combien sommes-nous condamnés? Est-ce à temps? est-ce à perpétuité?

Ce n'est pas à perpétuité, je suppose, car, comme on ne boude guère, hélas! que les gens qu'on aime, une bouderie perpétuelle ce serait une brouille, une séparation ; ce serait la mort de ces affections qu'il semble vous plaire de contrister, mais qui vous sont chères et nécessaires en somme, et que vous ne voulez pas tuer. Ce n'est donc qu'à temps. Eh bien, dites ce qu'il sera, ce temps, ce qu'il durera. Nous nous armerons de patience jusqu'au jour trois fois heureux où le soleil de votre bonne humeur daignera remonter sur notre horizon. Aujourd'hui vous êtes sous terre.

Vous ne voulez pas nous fixer de terme? Mais savezvous que vous êtes un pire distributeur de peines, un juge plus inhumain qu'aucun de ceux qui se soient jamais assis sur les sièges des plus hautes, des plus terribles magistratures, et que nous voici, par votre silence, dans une position plus cruelle que celle des condamnés des cours d'assises, à qui, du moins, on signifie, et tout haut, leur arrêt? |

Ni défense, ni jugement; c'est vous qui êtes tout le tribunal, et vous êtes muet! il y a condamnation, et il n'y a pas de sentence. '

Croyez-vous que même de braves gens seraient d'humeur à s'arranger de cela, s'ils n'avaient pitié de vous et s'ils n'étaient, en somme , meilleurs que vous, monsieur le grand juge ?

Sio LA BOUDERIE.

Ah! que des indifférents auraient tôt fait de vous laisser planté et tout droit dans cet agréable tonneau de Tiélasse où vous vous posez en statue, mais où, enfonçant tous les jours un peu plus, vous finiriez par disparaître !

Beau tombeau, pour un boudeur!

Vous n'avez pas fini de bouder, je ne finirai donc pas de prêcher. Votre silence me fait la partie trop belle pour que je me refuse de la pousser jusqu'au bout.

Nous sommes d'accord que votre bouderie ne doit pas être éternelle. Alors elle cessera, oui, à un moment quelconque, cette attitude pleine de majesté; une rosée intérieure l'assouplira, la mouillera, et nous aurons le plaisir de vous voir en possession de nouveau de l'élasticité de vos articulations. Mais si elle doit cesser, pourquoi pas tout à l'heure? pourquoi pas tout de suite? Estce que quelque chose ne vous dit pas, à votre bon endroit, au cœur, dans cette partie du cœur où la raison elle-même va se réchauffer quand elle craint d'être trop froide, est-ce que quelque chose ne vous dit pas que plus elle se prolongera, plus il vous sera difficile d'en sortir, et que la figure que vous aurez le jour où vous vous en serez vous-même excédé n'en sera que plus lamentable?

Pour Dieu ! rompez donc d'un brusque et généreux effort avec ce stupide défaut, qui ne frappe à coup sûr que sur ce qui vous est cher, qui n'est pris au sérieux que par ceux qui vous aiment, qui n'est tragique que pour eux, et qui touche au grotesque pour tous les autres!

La bouderie, vous avez assez boudé pour le savoir mieux qu'un autre, la bouderie n'est au fond qu'une sorte

LA BOUDERIE. Ju

de torticolis de l'esprit, que ce bobo bête que les enfants douillets veulent ériger en maladie ; que ce grain dont les poltrons qui se trouvent en mer pour la première fois voudraient pouvoir parler comme d'une tempête. Elle a sa source dans une douilletterie excessive de l'àme, dans une susceptibilité malsaine de l'esprit, comme les fausses maladies dans les douilletteries excessives du corps, qui font des existences de malades aux gens les mieux en santé, et des existences d'infirmiers de maux imaginaires atout ce qui les entoure.

Je sais un grand médecin qui avait trouvé un moyen infaillible de guérir très-vite ceux de ses malades qui ne l'étaient pas. Ce ne sont pas les moins nombreux.

Il prenait au plus grand sérieux leur état, il leur accordait tous les maux dont ils avaient la lubie de se parer, puis il vidait sans barguigner dans leur estomac toute la boutique de leur apothicaire, et, pour compléter le traitement, il leur enjoignait de se couvrir des pieds à la tête de grands emplâtres très-vilains qu'il déclarait indispensables. Le faux malade, qui voulait bien les dorloteries, les petits profils, mais non les charges de la maladie, voyant ces apprêts, entrait dans de sages réflexions. Il déclarait bientôt qu'il se sentait un peu mieux ; une heure après, il était sur ses pieds.

Ah! que ce serait un grand médecin que celui qui inventerait, et un grand apothicaire que celui qui fournirait des emplâtres assez terrifiants pour faire peur aux maladies de l'esprit!

La bouderie n^étant pas une maladie mortelle, on peut donc en guérir; encore faut-il la prendre à temps et ne pas la laisser s'invétérer.

3ia LA BOUDERIE.

L'âme du boudeur est comme une de ces habitations mal construites qui manquent d'air, où tout sent le renfermé, où tout moisit, par conséquent, hommes etchoses, et même le feu, que les meilleurs soufflets ne parviennent jamais à y faire bien flamber.

Que fait-on à ces habitations, quand on tient à ne pas voir se détériorer les bonnes choses qu'elles peuvent renfermer? On leur perce des jours, on leur fait des trous, on leur ouvre des fenêtres. Eh bien, il faut percer des jours, faire des trous, pratiquer des fenêtres dans i'âme du boudeur; il faut veiller à ce que l'air extérieur puisse entrer en lui, il faut le ventiler, il faut l'aérer, et à tout prix.

Là est le salut. Encore faut-il que le malade aide luimême à sa cure.

Il n'y a qu'un chose à dire en faveur du boudeur, c'est que, s'il est bon, il souffre du mal qu'il fait, c'est qu'il est très-malheureux. N'oublions pas que tous les malheureux sont à plaindre, et non-seulement à plaindre, à consoler, alors même qu'ils s'y prêteraient de mauvaise grâce.

Car la bouderie est quelquefois une maladie plus encore qu'un défaut. Cette maladie peut être le résultat d'un mal secret et profond qui exalte outre mesure la sensibilité du boudeur. Dans ces cas-là, qui heureusement sont exceptionnels, la bouderie elle-même mérite la plus tendre compassion, car c'est le cœur alors, et non plus l'esprit, qui boude. Si vous aimez le boudeur, c'est dans les moments où il se portera bien qu'il faudra chercher, gagner le secret de son mal. Ce secret, délicatement, tendrement surpris, vous éviterez mieux de le toucher à l'endroit que

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