LA PROBITÉ
La probité a ceci de supérieur à tout que, dût-elle ne rien rapporter, pas même l'honneur, qui est à la probité ce qu'est à l'or son intérêt légal, c'est un joyau inestimable.
La probité se paye elle-même. Ses pertes au matériel sont ses gains au moral; plus elle appauvrit son homme sur la terre, plus elle accroît ses richesses aux yeux de Dieu. Son capital et ses produits, tout est en elle; rien ne lui vient du dehors, rien ne peut la diminuer au dedans.
La probité est le seul trésor qui ne puisse être entamé. Celui qui le possède l'a toujours tout entier. Il faut qu'il le conserve intact ou qu'il y renonce. La plus petite brèche lui ôterait toute valeur. La probité est une fortune qui ne se refait pas. On ne peut pas être probe à demi. On ne peut pas l'avoir été : — il faut l'être.
La probité est la seule richesse qui ait la vertu de se dérober au contact des indignes. Elle défie les voleurs. C'est la pièce d'or de la fable qui se change en feuille sèche dans la main de qui ne la mérite pas. Il ne dépend pas de celui qui possède ce trésor d'en faire part aux autres. C'est un bien qu'il ne peut pas aliéner. Il n'est pas un malhonnête homme qui puisse s'en approprier une parcelle, eût-il des milliards pour la payer.
La probité, c'est l'éternelle envie, et jamais satisfaite, du fripon.