SS6 VOYAGE A BORD- DU NAVIRE L'ILLUSION
pourpre du ciel, faisait tache à la splendeur de cette belle journée.
La main sur le gouvernail, le pilote contemplait l'espace et semblait l'interroger.
Bientôt, sur un geste de lui, les barques furent mises à la mer.
L'Illusion avec son charmant cortège y descendit. — Elle nous jeta, en nous quittant, un doux adieu et un plus doux sourire; puis elle s'éloigna. Cette séparation fut si prompte, que nous ne songeâmes même pas à la retarder.
Longtemps nous suivîmes des yeux la voile inconstante qui la poussait vers d'autres rivages. Elle ne devait point revenir, le regard qu'elle nous avait jeté en partant avait été le dernier.
Quand la barque eut disparu tout à fait, et que nous reportâmes les yeux sur ce qui nous entourait, tout était changé autour de nous. — Comme l'Illusion, le soleil luimême semblait nous avoir abandonnés; des nuages s'étaient amoncelés sur nos têtes; notre navire ressemblait à tous les navires.
Et à la place même que venait de quitter l'Illusion apparaissait la sombre figure de la vieille femme vêtue de noir, dont nous avions dédaigné les avis. J'eus d'abord quelque peine à la reconnaître, tant elle me parut formidable et grandie; son regard, plein de clartés funestes, semblait embrasser l'horizon tout entier. « Que me contez-vous là? nous dit-elle d'une voix où il y avait à la fois de la tristesse et de la colère, et comme si elle eût répondu à nos plus secrètes pensées : ces matelots ont toujours été de pauvres matelots; ces passagers sont de
VOYAGE A BORD DU NAVIRE L'ILLITSION. i3j
bonnes gens, qui maudissent à l'heure qu'il est l'envie qu'ils ont eue de courir après les chimères. — Ce pont n'a pas cessé d'être ce que vous le voyez, c'est-à-dire fragile. — Le soleil s'était levé , je vous l'accorde , mais la tempête l'a chassé ; et, si vous voulez bien regarder le pilote, vous lirez dans les plis de son front quevous êtes perdus. »
Et en effet nous étions perdus.
Les vents, tout à îmi déchaînés, courant à travers nos cordages, secouaient nos voiles avec furie et courbaient notre navire sur les flots, dont la colère nous repoussait bientôt vers les cieux. La Peur, aux pieds de plomb, avait fait de chaque homme de l'équipage une statue; pas un ne bougeait, et la mort était si près de nous que pas un non plus ne criait; les plaintes elles-mêmes avaient cessé.
Les craquements de notre vaisseau, dont les flancs déchirés s'emplissaientdetous côtés, se mêlaient seuls aux mille clameurs de l'abîme.
On nous fit jeter à la mer tous nos bagages. « Jetez, disait la femme vêtue de noir, jetez jusqu'aux luths des séraphins, jusqu'aux ancres d'or! N'oubliez ni les banderoles, ni les devises; et, quand vous aurez tout jeté, faites un dernier paquet de vos illusions, et jetez-le avec le reste. »
Et à de pauvres diables qui se lamentaient : « Tout le monde ne peut pas arriver à bon port. — Que deviendrait la terre, si la mort ne fauchait pas quelquefois ce pré, où la vie sème sans cesse? — C'est une surprise que vous fait le destin. Aimeriez-vous donc mieux mourir de la peste ou de la faim ? Seriez-vous friands des lentes ago-
nies? — Ppie^—l'eau Jie lave-pa*^0tites4«s souHinres.
« Ï3es-feommes se croient braves, et le malheur ramène plus d'âmes à Dieu que le bonheur. »
Nous songeâmes un instant à abandonner le vaisseau, mais elle s'y refusa. « Il n'est plus temps, nous dit-elle; pourquoi avez-vous préféré le Mensonge à la Vérité? » /"Tout à coup un horrible, un dernier craquement se fit entendre. Je sentis vaguement que le pont s'abîmait sous nos pieds, et je perdis connaissance.
- Quand je rouvris les yeux, j'étais dans mon lit et je venais de m'éveiller.
jGrâco à Dieu, je ne m'étais embarqué qu'en rêve sur le navire l'Illusion,
Un architecte dont le nom se perd dans la nuit des temps avait construit autrefois, dans un coin de l'univers inhabité, et en apparence si inhabitable qu'on eût dit le chaos, un monument admirable, d'une perfection si achevée que les siècles avaient passé sur lui comme sans le toucher; si bien que, quoique ce monument fûl le plus ancien dont on eût connaissance, et vieux par conséquent de plusieurs milliers d'années, il eût paru fait de la veille, à côté des œuvres les mieux conservées des architectes de tous les temps. Peu à peu la petite
terre qui le portait s'était peuplée; les premiers habitants avaient trouvé le monument très-beau, et pendant longtemps leur plus grande joie avait été de le contempler et de l'admirer; mais peu à peu l'habitude avait effacé en eux l'impression des premiers jours, et les nouvelles générations, dont les artistes s'extasiaient encore sur ce merveilleux ensemble, répondaient à ces artistes : H Oui, ça n'est pas mal, mais tout cela est bien ancien, et c'est toujours la même chose, w Quelques bonnes gens voyant que dans cette œuvre étonnante rien ne trahissait l'effort et la peine, en étaient venus à se dire : « Gela ne doit pas avoir été bien difficile à faire après tout, et on parle vraiment trop de cette vieille construction et de son vieux auteur. »
Les années s'amassèrent sur les années, le monument tenait toujours ; les villes, les civilisations, les nations se succédaient, lui seul restait immuable; pas une pierre ne bougeait, et comme son entretien ne coûtait rien à personne, beaucoup avaient fini par ne pas plus se soucier de lui que s'il n'existait pas. Il y eut même des temps où l'on fut si indécis sur le nom de l'architecte qui l'avait élevé, que quelques esprits forts, amis des solutions commodes, et pour se débarrasser d*un mystère qui les dépassait, en vinrent à dire tout haut : « De quoi s'occupe-t-on là? cela n'a été fait par personne, cela s'est peut-être fait tout seul. »
Cependant, l'esprit de l'architecte entendait tout cela sans se troubler dans sa demeure céleste, son œuvre vivait en dépit de tous les propos, sa volonté restait satisfaite, et les sottises des mortels n'étaient pas pour altérer la placidité de sa gloire éternelle.
Un jour toutefois vint où il lui plut de s'émouvoir de ce qui se disait sur la terre. Une doctrine s'était élevée qui gagnait du terrain. Quelques philosophes et quelques savants s'étaient, chose rare, mis d'accord pour expliquer ce qu'ils ne comprenaient pas. Selon eux, le temple était son propre architecte, son propre auteur, son créateur; la terre tout entière s'était engendrée et créée d'elle-même, d'oià il suivait que tout ce qui existe était son propre Dieu. Cette doctrine avait cela d'agréable que ceux qui l'avaient inventée et tous ses adhérents se trouvaient aussi ne devoir rien à personne qu'à eux-mêmes.
Il résultait de cet étrange système que, chacun étant Dieu, chacun avait le droit de se croire le centre du monde et de prétendre que tout le reste lui fût subordonné : personne ne voulait plus rester à sa place et se contenter du rôle qui lui était assigné dans la création. Les prétentions individuelles s'exaltaient, la vanité gonflait tous les cœurs, et le feu sombre de l'égoïsme couvait dans tous les cerveaux. Les grands, ceux qui se croyaient tels, opprimaient les petits, dédaignaient la part qu'ils prenaient dans l'œuvre commune, et, au lieu de leur rendre leur sort supportable, semblaient prendre à tâche de leur faire voir combien à côté du leur il était misérable : c'était à faire revenir le chaos.
Pour donner aux hommes la leçon dont ils avaient besoin, l'architecte sublime, Dieu, vous savez déjà que c'était de lui que j'entendais vous parler. Dieu permit aux pierres qui composaient ce monument de parler.
Ce fut un grand émoi parmi les habitants de la. terre.
quand ils entendirent un matin les clioses muettes jusqu'ici s'exprimer; mais cet émoi centupla quand ils purent comprendre le dialogue qui de la base au sommet s'était établi entre toutes les parties de ce grand édifice qui, la veille encore, leur paraissait inerte.
Tl y avait des pierres qui ne disaient rien ou pas grand'chose, ce qui déjà faisait leur éloge; d'autres parlaient beaucoup.
Celles du fronton élevaient la voix par-dessus toutes les autres. Leurs pensées, pleines d'arrogance, se trahissaient par les mots : « Nous sommes au-dessus de vous, nous sommes la plus noble partie de cet édifice, nous en sommes la gloire et la couronne ; vous êtes trop heureuses de nous porter, et que nous ayons consenti, en prenant place au-dessus de vous, à donner un sens et une beauté à l'amas de pierres sans formes que sans nous vous seriez. C'est en nous que réside la pensée de l'œuvre dont vous n'êtes que d'infimes parties ; nous sommes votre cerveau. »
Les pierres d'en bas s'étaient d'abord contentées de gémir; mais peu à peu l'irritation avait amené des murmures, et les murmures avaient fait place à des grondements sourds qu'on eût dit monter des profondeurs mêmes de la terre. C'étaient les assises mêmes du monument qui prenaient la parole; leur voix , comme un tonnerre souterrain, sortit peu à peu des abîmes de la fondation éternelle, et elle déchira, comme l'explosion d'un volcan, la dernière coque de la terre.
Les pierres du fronton, il faut le dire, étaient devenues fort attentives, et leur silence tenait beaucoup plus de la terreur que du dédain.
Le discours des pierres d'en bas ne fut pas long, mais il fut sage. C'est Dieu même qui les faisait parler sans doute.
« Nous ne sommes rien, n'étant pas plus que vous; vous n'êtes rien, n'étantpasplus que nous; nous sommes, vous et nous, à la place que Dieu nous a assignée dans ce monde. Notre emploi vaut le vôtre; Dieu n'a point fait de parts inégales, il n'a fait que des parts utiles et nécessaires à son œuvre. Vous êtes notre cerveau, dites-vous, soit; nous sommes vos pieds ; si vous êtes debout, c'est que nous sommes là pour vous porter; si le maître voulait, s'il luiplaisaitque, quittant laplace où nous sommes, nous fussions jetées par sa main puissante à cent pas d'ici, vous ne seriez plus dans cinq minutes que poussière : il n'y a de supérieur dans ce monde que l'ordre divin qu'y veut et qu'y maintient notre maître ; nous n'avons pas d'orgueil de vous être nécessaires, nous n'avons qu'un orgueil, et celui-là est légitime, c'est que nous savons mieux que vous que nous sommes vos égales devant Dieu ; vous êtes plus belles, nous sommes plus solides. Chacune de nous a son lot ici-bas ; ce n'est pas au détail à usurper les droits de l'ensemble. Si vous ne voulez pas que l'œuvre admirable du maître soit bientôt un amas de décombres, soyez plus humbles désormais : c'est l'œuvre de Dieu que nous accomplissons ici-bas tout comme vous, non la nôtre et non la vôtre. Mes sœurs, croyez-moi, il n'est que Dieu pour expliquer le monde, il n'est que lui pour le maintenir. La loi qu'il nous a donnée est une loi de fraternité et de charité. Devant cette loi, nous sommes égales, nous ne pouvons grandir et nous rapprocher de Dieu qu'en l'observant. »
CE QUI AVAIT AMUSÉ CET AUDITEUR DE QUATRE ANS, C'ÉTAIT « MONSIEUR TURENNE ! ! »
Le monument était redevenu mu et. Beaucoup d'hommes avaient compris son langage, mais non pas tous, hélas!
Nos pères avaient une coutume, qui était bonne et qui de plus était charmante. Cette coutume était si bonne qu'elle n'a pas pu se perdre complètement. Elle est en honneur encore dans bon nombre d'anciennes familles ; mais ce n'est point assez : il faut qu'elle redevienne générale.
Le soir venu, les travaux de la journée accomplis, la famille se réunissait autour d'une grande table ; le père à la place d'honneur, la mère en face du père, l'aïeule au coin de la grande cheminée ou du poêle, les enfants groupés ou rangés soit à droite, soit à gauche. Chacun avait apporté les instruments nécessaires à l'un de ces petits travaux manuels qui laissent toute liberté à l'esprit; — les plus petits plaçaient devant eux un de ces jouets qui n'exigent pas le tapage, qui permettent le silence et l'atlention. La présence de la poupée n'était pas interdite. La poupée est de la maison; dès qu'elle promet d'être bien sage, elle a de droit sa place dans les réunions de la famille. Je me rappelle que chez la vieille grand'mère d'un de mes amis où j'ai passé d'heureux jours de vacances, les choses s'arrangeaient ainsi; les domestiques eux-
mêmes, ceux du moins que leur service n'appelait point ailleurs, entraient à leur tour et se casaient derrière leurs petits maîtres. C'était un bon temps que celui où les serviteurs , la plupart nés dans la maison , faisaient partie intégrante de la famille. La vieille Rose tournait son fuseau; on eût dit une bonne vieille fée de campagne. Sa petite-fille Jeannette tricotait des bas chauds pour sa sœur Louison. Turc lui-même, un chien considérable, très-sensé, très-grave, très-attentif, prenait sa place en face de la grand'maman, au coin de la vaste cheminée, et de là écoutait tout.
Une grande lampe éclairait le milieu et les alentours de la table. Un abat-jour ramenait à chacun ce qu'il lui fallait de lumière. Quelques livres attendaient au centre du grand lapis. M. X. ouvrait un de ses livres.
« Mes enfants, disait-il, vous n'avez pas oublié ce que nous avons lu hier. » En quelques mots il rappelait le chapitre lu la veille, — et alors la lecture commençait : La lecture en commun.
Cette lecture ne prenait qu'une heure. Nous étions de douze à quinze à l'entendre. Si nous eussions fait chacun de notre côté et solitairement cette même lecture, c*eût été douze ou quinze heures éparses, éparpillées, perdues pour le centre commun ; faite à haute voix, elle était tout profit et pour l'individu et pour l'ensemble.
De temps en temps une voix s'élevait, celle de l'aïeule, celle du père ou de la mère, pour ajouter au passage ou important, ou ditTicile, ou incomplet, quelque utile ou agréable commentaire, pour provoquer de la part de l'enfant la question que parfois il n'eût pas songé à faire, et pour y répondre quand il l'avait faite.
C*était une joie désirée et attendue de tous que cette heure de lecture à haute voix. En être privé était la plus grosse des punitions.
Si je ne craignais de faire un paradoxe au profit de la lecture en commun, je dirais qu'elle décuplait la valeur des livres qui en étaient l'objet; ce qu'elle décuplait à coup sûr , c'étaient les fruits de la lecture même, pour tous ses auditeurs.
Le livre, au lieu d'être un ami solitaire et secret, devenait tout de suite l'ami avoué de tous. Ce qu'il avait appris de bon à chacun constituait sur l'heure comme une propriété commune. Par lui l'union se faisait plus intime dans les esprits et ajoutait ainsi à celle des cœurs, A côté des sentiments se groupaient des idées. On n'aurait peut-être été d'accord que sur des points généraux, on. en arrivait à penser ensemble sur des points déterminés. Cela resserrait le lien des âmes. L'auditoire bientôt faisait faisceau.
La conversation cessait d'être oiseuse; on avait un sujet, on avait, ce qui manque souvent dans les familles les plus unies, quelque chose de bon ou tout au moins d'agréable à se dire en dehors des menus propos quotidiens.
Le livre était-il grave? On s'élevait ensemble jusqu'à sa hauteur. Était-il touchant? On s'émouvait de la même émotion. Était-il gai? La gaieté devenait générale. Si parfois il y avait choc, dissonance, diversité dans les appréciations, on savait pourquoi, on s'expliquait, et bientôt l'accord revenait. Chacun montrait à quel genre de beauté il était surtout sensible. On
apprenait ainsi à se connaître, à se pénétrer, à s*indi-
mêmes, ceux du moins que leur service n'appelait point ailleurs, entraient à leur tour et se casaient derrière leurs petits maîtres. C'était un bon temps que celui où les serviteurs , la plupart nés dans la maison , faisaient partie intégrante de la famille. La vieille Rose tournait son fuseau; on eût dit une bonne vieille fée de campagne. Sa petite-fille Jeannette tricotait des bas chauds pour sa sœur Louison. Turc lui-même, un chien considérable, très-sensé, très-grave, très-attentif, prenait sa place en face de la grand'maman, au coin de la vaste cheminée, et de là écoutait tout.
Une grande lampe éclairait le milieu et les alentours de la table. Un abat-jour ramenait à chacun ce qu'il lui fallait de lumière. Quelques livres attendaient au centre du grand tapis. M. X. ouvrait un de ses livres.
« Mes enfants, disait-il, vous n'avez pas oublié ce que nous avons lu hier. » En quelques mots il rappelait le chapitre lu la veille, — et alors la lecture commençait : La lecture en commun.
Cette lecture ne prenait qu'une heure. Nous étions de douze à quinze à l'entendre. Si nous eussions fait chacun de notre côté et solitairement cette même lecture, c'eût été douze ou quinze heures éparses, éparpillées, perdues pour le centre commun ; faite à haute voix, elle était tout profit et pour l'individu et pour l'ensemble.
De temps en temps une voix s'élevait, celle de l'aïeule, celle du père ou de la mère, pour ajouter au passage ou important, ou difficile, ou incomplet, quelque utile ou agréable commentaire, pour provoquer de la part de l'enfanl la question que parfois il n'eût pas songé à faire, et pour y répondre quand il l'avait faite.
C*était une joie désirée et attendue de lous que cette heure de lecture à haute voix. En être privé était la plus grosse des punitions.
Si je ne craignais de faire un paradoxe au profit de la lecture en commun, je dirais qu'elle décuplait la valeur des livres qui en étaient l'objet; ce qu'elle décuplait à coup sûr , c'étaient les fruits de la lecture même, pour tous ses auditeurs.
Le livre, au lieu d'être un ami solitaire et secret, devenait tout de suite l'ami avoué de tous. Ce qu'il avait appris de bon à chacun constituait sur l'heure comme une propriété commune. Par lui l'union se faisait plus intime dans les esprits et ajoutait ainsi à celle des cœurs, A côté des sentiments se groupaient des idées. On n'aurait peut-être été d'accord que sur des points généraux, on. en arrivait à penser ensemble sur des points déterminés. Cela resserrait le lien des âmes. L'auditoire bientôt faisait faisceau.
La conversation cessait d'être oiseuse; on avait un sujet, on avait, ce qui manque souvent dans les familles les plus unies, quelque chose de bon ou tout au moins d'agréable à se dire en dehors des menus propos quotidiens.
Le livre était-il grave ? On s'élevait ensemble jusqu'à sa hauteur. Était-il touchant? On s'émouvait de la même émotion. Était-il gai? La gaieté devenait générale. Si parfois il y avait choc, dissonance, diversité dans les appréciations, on savait pourquoi, on s'expliquait, et bientôt l'accord revenait. Chacun montrait à quel genre de beauté il était surtout sensible. On apprenait ainsi à se connaître, à se pénétrer, à sMndi-
quer les uns aux autres ses aptitudes particulières. C'était une pierre de touche.
Le chef de la famille faisait son profit des effets produits. Chacun apportait son contingent à l'esprit de touSo
Le père et la mère n'avaient pas à redouter d'avoir à découvrir un jour, et trop tard, que depuis longtemps l'âme de leur enfant leur avait échappé, que son esprit s'était envolé, à son insu peut-être, loin de l'impulsion paternelle. L'enseignement du livre lu en commun ne s'éparpillait pas en conséquences irrégulières. On se corrigeait, on s'amendait, on s'éclairait mutuellement. Les individualités se marquaient, mais elles s'étaient créées sous le contrôle de tous. Elles n'apparaissaient pas tout à coup comme une douloureuse surprise, détonant subitement au milieu du foyer comme des causes irréparables de désunion.
Issues d'une même source, les idées de l'un, si personnelles qu'elles pussent être, n'étaient pas cependant étrangères pour, l'autre. La conciliation n'était pas impossible entre ces diversités qu'admet la nature. Les pensées et les sentiments dans ce centre d'affection prenaient forme d'essaim. L'abeille la plus vagabonde, après avoir choisi sa fleur, en rapportait le ,miel au trésor de la ruche.
Il ne survenait pas de ces malentendus qui jettent à l'improviste dans les sentiers perdus l'esprit solitaire que rien ne retient. S'isoler, s'égarer, devenait difficile. Ceux qui n'avaient pas quitté le bon chemin faisaient sentinelle pour vous crier: «Pas par là; reviens! tu te trompes. » On était averti.
Dans un temps où, par la force des choses, l'instruc-
tion publique a remplacé presque partout l'éducation dans la famille, où la bifurcation des tendances amène trop souvent celle des sentiments, où il est rare, hélas! que le fils puisse demeurer dans la voie suivie par le père; dans un ordre social où il est exceptionnel que la fortune de la maison soit toute faite, où les travaux du chef de la communauté absorbent sa vie et lui rendent si difficile de diriger et quelquefois même de connaître les études auxquelles son fils est livré, la lecture en commun, dès le bas âge, pendant les années qui précèdent celles du collège et de la pension, dans ces jours fortunés, dans ces jours tendres de la vie où tout s'apprend on ne sait comment, où tout se retient par une sorte d'intussusception , où le plus petit fait marque son empreinte en traits ineffaçables, — la lecture en commun pourrait devenir une des bases essentielles de l'éducation morale de l'enfant; elle pourrait être une sauvegarde contre les divergences irréfléchies; elle leur ôterait de leur brusquerie, elle leur préparerait leurs transitions, et, si elle ne devait pas suffire à empêcher le lien moral qui unit le père au fils de se détendre, elle lui rendrait du moins impossible de se rompre.
Oui, le premier livre qui frappe l'esprit de l'enfant, il est bon, il faut qu'il le frappe sous le regard du père, tout près de l'oreille attentive de la mère.
Je ne saurais dire jusqu'à quel point je trouve fondamental que le souvenir des premières lectures soit rattaché au souvenir du commentaire dont les a entourées la raison vigilante des parents.
Qu'est-ce que le livre, sinon la première intervention d'un tiers, d'un inconnu, d'un étranger dans l'intimité
de la famille, la première confidence que reçoit l'enfant, et qui n'émane pas directement du père et de la mère, la première épreuve faite sur son cœur, sur son imagination, sur sa raison naissante en dehors des exemples de la famille? Il est donc indispensable que cet élément nouveau et si puissant d'émotion et de réflexion, l'enfant sente que c'est bien la main paternelle qui le lui apporte, et il est nécessaire aussi qu'en le présentant le père soit en mesure de prouver que ce nouveau venu qu'il recommande a mérité sa confiance et son estime.
Or comment le ferait-il s'il ne le connaît pas?
Il ne faut pas se le dissimuler : les premiers livres, suivant qu'ils sont bien ou mal choisis, sont les premiers amis, les meilleurs après les parents, ou les premiers et les pires ennemis de l'enfance.
Quand un écrivain de cœur et de talent a réussi à doter les générations nouvelles d'une de ces œuvres qui sont un bienfait pour la famille, on ne comprendrait pas qu'il fût un inconnu pour le père et la mère des enfants que son livre a mission d'instruire et de récréer, concurremment avec eux. Il serait sans excuse que, dans son œuvre, il pût être admis à cette tâche sacrée qui le constitue le père de l'esprit, sans que le pèro selon Dieu et selon la nature se soit enquis de la qualité de celui qui va ou lui venir en aide, ou lui faire obstacle dans le cœur de son fils ou de sa fille.
Quoi ! vous ne laisseriez pas donner un aliment matériel à votre enfant par un inconnu sans vous être assuré qu'il est sain, et l'aliment moral vous le lui laisseriez prendre sans savoir ce qu'il vaut, sans surveiller ses ef-
fets sur l'être qui vous est si cher, sans vous être demandé de qui il vient!
Je sais qu'à l'égard de nos abonnés cette objurgation est superflue ; mais il ne nous suffit pas d'être lus, pesés, scrutés, examinés par les parents, à part de nos pepetits lecteurs, nous voudrions de plus être jugés devant eux en plein cercle de famille.
Nous avons la confiance que notre œuvre ne saurait être indifférente qu'à ceux qui auraient négligé de la connaître. En créant le Magasin d'Éducation et de Récréation nous avons donc entendu qu'il deviendrait un centre de lectures en commun.
Cette aimable coutume du vieux temps, nous avons l'ambition de contribuer à la remettre en honneur. Mais qu'on ne se méprenne pas sur nos intentions. Il ne s'agit pas d'instituer quelque chose de pédagogique, une classe de plus jusque dans l'intimité de la maison. Nous ne voulons rien de gourmé, rien d'empesé dans l'emploi des heures de lecture en commun. Le souvenir de ces heures charmantes compte parmi les meilleures, les plus gaies, les plus libres de nos impressions enfantines. Nous les voudrions pour tous ce qu'elles ont été pour nous-mêmes, c'est-à-dire aimables et familières. Nous entendons bien que le grand frère ou la grande sœur puissent au besoin suppléer le père et la mère empêchés dans cette tâche quotidienne. La lecture faite à haute voix ne peut être qu'un exercice très-profitable pour eux, cela va de soi. Savoir lire est savoir comprendre. Celui qui sait bien lire finira par savoir bien parler.
Ce n'était pas seulement pour s'édifier, c'était aussi pour se récréer qu'on se réunissait pour lire tout haut au
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temps que je rappelle. Un choix, sans doute, était fait parmi ces livres heureux qui ont le don d'intéresser à la fois l'homme et l'enfant ; mais le choix pour la lecture en commun est bien moins circonscrit que pour la lecture solitaire, caria lecture en commun apporte tout naturellement à l'œuvre lue un correctif de notes, de remarques parlées que- ne comporte pas la lecture isolée. Que le livre fût sain et simple, qu'il ne fût pas sot surtout, qu'il pût offrir un thème heureux à de bons entretiens, à des interruptions utiles ou seulement amusantes, et il suffirait à sa tâche. Si le plus grand, dès qu'il a l'esprit bien fait, trouve sa part dans le livre le plus enfantin , pour peu que ce livre ait valeur d'art, le plus petil trouve la sienne aussi dans les ouvrages qu'on pourrait croire au-dessus de sa portée aussitôt qu'on est là pour l'aider à comprendre.
Rien n'était plus rare que le besoin de commentaires pour les petits. C'est toujours eux que rien n'étonne. Plus souvent, au contraire, il arrivait qu'un rire argentin avertissait la partie grave de l'auditoire qu'un passage charmant et naïf allait passer inaperçu pour lui, si les toutpetits enfants n'eussent été là prêts à saisir leur bien, comme au vol, quand le hasard de la lecture le leur offrait.
N'avez-vous jamais été surpris de l'aptitude singulière qu'ont des hommes, même d'une instruction médiocre, à formuler, sitôt qu'ils sont réunis, un jugement intelligent sur le mérite d'une œuvre qui eût dépassé peut-êtrfe le niveau intellectuel de chacun pris comme lecteur isolé? C'est que rien n'est électrique comme l'audition en commun. Cette aptitude des collectivités à bien juger
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même de ce qui semble supérieur aux individualités qui" les composent est le propre de tous lès âges comme de lûutes les éducations.
Si Peau d'Ane m'était conté, J'y prendrais un plaisir extrême ,
disait La Fontaine; cela veut dire que tout livre peut devenir charmant, parce que chacun y ajoute, quand oa n'est pas tout seul pour le lire. Beaucoup de petites lumières réunies arrivent bientôt à constituer une sorte de soleil. J'ai vu des enfants très-intéressés à des lectures relativement sérieuses pour eux. La différence n'est pas si grande que messieurs les grands enfants le supposent entre leur faculté de comprendre et celle des petits. Chacun d'ailleurs prend bien vite ce qui lui revient dans l'œuvre lue. Il n'est pas jusqu'aux bébés eux-mêmes qui ne participent à leur petite façon au plaisir commun, dont on les croit absents. J'ai mémoire de nombre de saillies enfantines qui ont fait la joie de quelques-unes des soirées de lecture dont le souvenir m'a fait écrire ce qui précède. Il m'en revient en ce moment-ci que le temps, qui, dit-on, détruit tout (ce qui, par parenthèse, est souvent une calomnie), a laissées aussi présentes à mon esprit que si j'étais encore petit enfant autour de la table de famille. Je nous revois tous comme je l'ai décrit au début de cette causerie. Tous! combien, hélas! manqueraient à ce cercle aimé, s'il s'agissait de le recomposer! Mais qu'on me permette d'être, ici, au souvenir plus doux que le regret! Je nous revois, dis-je, tous, un soir surtout. Le livre choisi cette semaine-là avait été une vie des hommes célèbres de tous les temos. Chacun des auditeurs.
parmi lesquels ne comptait que pour nombre un gentil marmot qui n'avait pas quatre ans, s'était enthousiasmé plus particulièrement pour un des personnages dont on venait de lui lire la vie. Chacun avait choisi son héros : le héros qu'il aurait voulu être. L'un, qui touchait à la philosophie, aurait voulu être Socrate, au risque d'avoir à boire un peu de ciguë. L'autre rêvait de devenir un Christophe Colomb : découvrir des mondes aurait fait son affaire ; cette vocation lui souriait. Un troisième, qui avait tort, aurait voulu être Alexandre, à qui rien ne résistait, trahissant ainsi le secret de son caractère. Celuici, calme, brave garçon, patient, admirait Thémistocle et son mot célèbre : « Frappe, mais écoute ! » Une bonne petite fille, qui avait recueilli dans une énorme boîte, que ses frères appelaient son hôpital de poupéeSf quatorze poupées éclopées, sans bras ni jambes pour la plupart, quelques-unes sans tête, et quelle soignait d'autant plus que ses sœurs les avaient abandonnées et que leur état était plus pitoyable; cette petite sœur de charité, qui rêvait la guérison de toutes les malades, même des morts, aurait bien désiré être saint Vincent de Paul^Une autre petite mademoiselle, qui avait pendantla lecture aidé un de ses frères à ranger une armée de soldats de plomb en bataille, avait déclaré qu'elle aurait été bien contente d'être Jeanne d'Arc, si les méchants Anglais ne l'eussent pas trop brûlée. Unpetit homme de sept ans, qui passait ses récréations à faire des canots, des bateaux, que disje? des vaisseaux de dix mille canons, aurait voulu être Jean Bart pour pouvoir fumer sa pipe, avec beaucoup de courage, sur un baril de poudre. Un autre, tenant pour rien tout ce qu'il venait d'entendre, s'était écrié qu'il au-
rait mieux aimé être Robinson Crusoë dans son île, Robinsondontiln'avait naturellement pas été question dans une vie des hommes célèbres, « que tous ces messieurs-là! » Le plus petit de la bande, auquel personne ne pensait, un gros et joli blondin qu'on n'interrogeait pas et qui avait regardé des images avec beaucoup de gravité tant qu'on avait lu, sans donner aucune marque d'approbation ni d'improbation à la lecture, sans que le plus petit signe de lui eût pu faire juger s'il avait ou non écouté quoi que ce fût ; Monsieur Jujules, comme l'appelaient ses frères et ses sœursy s'était dressé tout à coup sur la planchettemarchepied de sa grande chaise pour nous révéler que celui qui l'avait amusé, lui, auditeur de quatre ans à peine, c'était Monsieur Turenneï...
« Pourquoi Turenne? lui dit sa maman.
— Oh! moi, je sais bien, dit un grand garçon de neuf ans en coupant sans façon la parole à M. Jujules, c'est parce que Turenne a dormi sur un canon.
— - Non, non, fit le petit Jules, car s'il avait parti, je n'aurais pas voulu ça.
— Ou parce qu'il a reçu une Donne tape quelque part sans se fâcher contre le domestique, dit la jeune émule de Jeanne d'Arc et l'ennemie des Anglais, car cela prouvait bien qu'il était très-bon et pas colère, comme quelqu'un que je sais bien. »
Monsieur Jujules s'impatientait : « Ce n'est pas pour ça du tout, dit-il en haussant ses deux petites épaules.
— Laissez-le s'expliquer, » dit sa maman, et, s'adressant au petit garçon : « Allons, mon Jules, dis-nous pourquoi il te plaît tant, M. de Turenne. Est-ce parce qu'il était général?
— Mais non, mais non, mais non, reparlit M. Jujules avec un peu trop de vivacité.
— Alors, pourquoi?
— C'est, dit Jujules, riant tout à coup de toutes ses forces du souvenir qu'il allait évoquer, c'est parce que papa a lu qu'un jour que son précepteur avait enfermé le général Turenne dans sa chambre d'études pour le forcer d'apprendre sa leçon, le petit général a très-bien sauté pnr la fenêtre sans se faire du mal pour aller jouer dans le jardin ! »
Je vous laisse à penser le succès qu'obtint cette révélation du grave motif des préférences de M. Jujules pour le grand Turenne.
M. Jujules était haut comme ma botte quand il donna celte preuve mémorable de la précocité de sa raison Qu'auriez-vous fait à notre place devant l'exposé des causes inattendues de ce jugement historique porté sur un grand homme par un bambin? Vous auriez ri de bon cœur, je suppose. C'est ce que nous fimes sans nous gêner, au grand étonnement du petit historien, qui trouvait sa raison lameilleure. Car, répétait-il sans se déferrer, « i. a tout de môme eu là une bien bonne idée, le petit général Turenne, et ce n'est pas facile de sauter par la fenêtre ! » Et il ajoutait : « Et puis le précepteur, quand il ne l'a pas trouvé... il a dû être bien étonné, monsieur le précepteur ! » Et à cette image du précepteur ayant la surprise de la chambre vide et de son élève envolé, il allait voir ses grands yeux bleus se remplir de malice.
M. Jujules est colonel aujourd'hui. Je ne serais pas fâché, si ceci lui tombe jamais sous les yeux, de savoir sMl pense encore .que le plus beau titre de gloire d'un
grand capitaine soit d'avoir fait dans son enfance une niche à son précepteur.
La soirée finit cette fois-là comme toujours par la prière que faisait tous les soirs à haute voix la bonne grand'maman; et parce qu'on avait, avant de la faire, ri un peu plus encore que d'habitude, Dieu ne s'en trouva pas plus mal prié, j'en suis sûr.
Après la lecture en commun, la prière en commun, cette autre touchante coutume du vieux temps, n'est pas sans doute de celles que vous regretteriez de voir redevenir universelles.
TABLE DES MATIERES
Pages.
Préface 1
Les QUATRE CRI-CRIS DE LA BOULANGÈRE &
Histoire d'un petit berger et d'une vieille carpe . 9
Un anniversaire a Londres 19
La peur des ténèbres et la peur d'être seul ... 41
Les petits ruisseaux et les petits enfants . . . . 45
Une promenade sur le Cœcilienberg 47
Si les parents ont des défauts 60
Il faut penser a tout 87
Les déguisements de l'amour-propre 99
La tombe du forgeron 105
Il faut aimer la vie 112
La glissade 149
Les aptitudes 160
Le point de départ 165
Le commencement. 168
358 TABLE DES iviAlIERES.
Page».
Ce qui est difficile 172
/ La paresse a toujours tort 174
Le meilleur ami 184
Tout n'est jamais perdu 187
La solidarité dès le collège 190
Le premier 195
Le dernier 201
Les premières armes de l'esprit 215
Le respect 219
Il faut être très-don 237
Il faut être aimable 244
Il faut être très-propre 246
Le soin , . 253
Les petits défauts 255
Les petites vertus 260
Les défauts des autres. • 265
Du choix des lectures . .• 271
Du TROP d'aplomb et du trop.de timidité 279
De la moquerie et de l'esprit de la moquerie ... 288
La susceptibilité 291
De la roideur 297
Le bon bourru 299
La colère et le sang-froid 301
. La bouderie 306
La rancune 313
La trahison 315
TABLE DES MATIERES
Ce qui est indispensable 316
La PUISSANCE DU BIEN c, . . . 319
La probité 322
Il ne faut pas parler tous a la fois 323
Si le silence est d'or 324
Ce que c'est que la crainte dans l'amour 326
Les deux sœurs 329
Voyage a bord du navire l'illusion. 332
Un architecte . " 338
La lecture en famille 343
358 TABLE DiS MA II ERES.
Pages.
Ce qui est difficile 172
La paresse a toujours tort 174
Le meilleur ami 184
Tout n'est jamais perdu 187
La solidarité dès le collège 190
Le premier 195
Le dernier 201
Les premières armes de l'esprit 215
Le respect 219
Il faut être très-bon 237
Il faut être aimable. 244
Il faut être très-propre 246
Le soin. , . 253
Les petits défauts 255
Les petites vertus 260
Les défauts des autres. 265
Du choix DES lectures . .• 271
Du TROP d'aplomb et du trop de timidité 279
De la moquerie et de l'esprit de la moquerie . . . 288
La susceptibilité 291
De la roideur 297
Le bon bourru 299
La colère et le sang-froid 301
La bouderie 306
La rancune 313
La trahison 315
TABLE DES MATIERES. :-59
Ce qui est indispensable 316
La puissance du bien ,, . . . 319
La probité 322
Il ne faut pas parler tous a la fois 323
Si le silence est d'or 324
Ce que c'est que la crainte dans l'amour 326
Les deux sœurs 329
Voyage a bord du navire l'illusion. 332
Un architecte . " 338
La lecture en famille , . , . 343
20 175. — PARIS. — TYPOGRAPHIE I.AHURE Rue de Fleurus, 9
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