‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 116 sur 312 · I. Polybe, V, II · texte numérisé non relu

I. Polybe, V, II

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en un sens le « syllahus de la Révolution française »*, mais corrigé, amendé et émondé par Hobbes et par Bossuet I En pratique, nous savons aussi quel respect Kant avait pour ses propres convictions, quand son Souverain avait parlé.

Kant énonce ici sans atténuation l'interdiction de s'ingérer dans les affaires des autres peuples (ce qui ne l'empêche pas d'énoncer plus loin et ailleurs le contraire 2). Mais, pas plus que ceffe de la démocratie, cette idée n'était nouvelle. Elle avait été proclamée par la Convention sur la motion de Danton. La Convention avait en effet déclaré, le i3 avril 1798, deux ans avant la pubHcation du Traité sur la paix perpétuelle (et nous savons que Kant suivait les événements) « qu'elle ne s'immiscerait en aucune manière dans le gouvernement des autres puissances » et « qu'elle ne souffrirait qu'aucune puissance ne s'immisçât dans le régime intérieur de la République ». Kant n'a fait que reprendre à son compte le décret dantonien : l'idée, la forme sont identiques.

Quant aux guerres de conquête et aux acquisitions de territoire, elles avaient été également condamnées d'une façon formelle par l'Assemblée Nationale, qui en avait fait l'objet d'un article constitutionnellement décrété, dès le 22 mai 1790: « La nation française renonce à entreprendre aucune guerre dans la vue de faire des conquêtes et n'emploiera jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple. » Nos patriotes, par esprit chevaleresque, étaient même allés beaucoup plus loin ; ils s'étaient reconnu non seulement des devoirs négatifs, mais encore des devoirs positifs à cet égard. Le 19 novembre 1792, la Convention avait en effet promis secours et fraternité à tous les peuples qui voudraient conquérir leur liberté. C'est là une tradition que nous n'avons pas oubliée. Et cette proposition n'était pas restée lettre morte : la propagande qui s'en suivit nous aliéna les Anglais, puis les Espagnols, puis bientôt toute l'Europe ^

Kant n'a pas suivi jusque-là ses modèles. La générosité n'a jamais été son fort. Il est intéressant toutefois de constater qu'il condamne les acquisitions de territoire par héritage, par échange.

1. A. Aulard, La paix future, Paris, Colin, igiS, p. i6, p. 20.

2. Voir plus bas, p. 2i4-2i5 et p. /jai, 423, 42^. o. Aulard, loc. cit., p. 12.

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par achat et par donation. Voilà une bonne parole. Mais ce n'est qu'une parole et une parole très générale et fort impersonnelle, où ne perce aucune allusion, ni aucun sentiment, à l'égard de très graves événements contemporains.

Kant, en effet, écrivait ceci en 1795. En 1768, Frédéric II, après avoir envahi et occupé la Silésie sans déclaration de guerre et mis cette provmce à feu et à sang, l'avait définitivement annexée. A la suite de longues négociations, il avait signé à Samt- Pétersbourg, en 1772, le premier partage de la Pologne, « au nom de la très Sainte Trinité, par crainte de la décomposition totale de l'Empire polonais. » En 1793, deux ans avant la publication de l'écrit de Kant, Frédéric-Guillaume II avait envahi la Pologne au nom du traité de ijg2 et procédé à un second partage. Le démembrement total et la destruction complète de la Pologne furent opérés entre la Prusse, l'Autriche et la Russie l'année même où écrivait Kant. C'était une belle occasion pour Kant d'affirmer ses convictions et de paraphraser le discours prononcé le 27 thermidor an II (i/i août 1794) à la Convention par le président de l'assemblée devant une délégation de Polonais : « Hommes libres de la Pologne, vous trouverez toujours en France autant de frères qu'il existe d'amis de la liberté' ! »

Mais l'article de Kant qui traite de ces acquisitions est très court et ne contient que trois petits paragraphes de quelques lignes ; il n'est fait allusion ni dans le Traité, ni dans la Métaphysique du droit, ni dans aucun autre de ses ouvrages, à cet abominable forfait. Jamais Kant n'a élevé la moindre protestation contre cet acte si nettement contraire a ses principes, ni exprimé de pitié et de sympathie aux malheureuses victimes de la rapacité de son souverain. Aux remords de Catherine II, Frédéric II répondait: « (Ce partage) réunira les trois religions grecque, luthérienne et calviniste. Car nous communierons d'un même corps eucharistique qui est la Pologne et, si ce n'est pas pour le bien de nos âmes, ce sera sûrement un grand objet pour le bien de nos Etats. » Kant, qui n'avait pas quitté la Prusse orientale, connaissait certainement et le crime et ce cynisme. Il vivait même en contact avec les Polonais. Il n'a pas trouvé un mot pour mettre en leur

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