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KANT ET LA MORALE CLASSIQUE

est l'expression de l'esprit le plus faux qui se soit jamais manifesté elle est, en même temps, par rapport à la théologie la plus subtile, le triomphe de l'équivoque et du manque de sincérité intellectuelle.

Le christianisme, en effet, sous la forme purement religieuse comme sous la forme théologique, a toujours distingué nettement ce qui, dans l'esprit de l'homme, vient de Dieu et ce qui vient de la raison. La part directe de Dieu est plus ou moins grande, mais elle ne se confond pas dans les démarches de la pensée avec ce qui vient de l'homme ; il n'y a jamais eu aucune confusioa dans la théologie entre la raison et la foi.

Dans le mysticisme et dans la pure doctrine de l'Église réformée, la raison ne joue qu'un rôle restreint. Pour Luther, la foi est un effet de la grâce de Dieu. Pour Calvin, « l'assentiment que nous donnons à Dieu est au cœur plutôt qu'au cerveau et d'affection plutôt que d'intelligence^ ». Ce sont des formes du fîdéisme, condamné définitivement par l'Église romaine au Concile du Vatican : « Si quelqu'un dit que Dieu unique et véritable, notre créateur et maître, ne peut être connu avec certitude par les lumières naturelles de la raison humaine au moyen des choses créées, qu'il soit anathème^ » Ce fîdéisme n'est d'ailleurs aucunement ambigu.

Mais si l'orthodoxie catholique exige l'usage de la raison, elle a toujours affirmé très nettement que cet usage ne fait que précéder la foi : rationis usus fidem prœcedit. Saint Thomas, toute la tradition catholique, le Concile du Vatican ont toujours soutenu que la raison naturelle est incapable de conduire l'homme jusqu'à Dieu. C'est la grâce divine qui opère le passage des évidences, fournies par la raison et qui sont insuffisantes, à l'assentiment, produit en nous par l'action de Dieu^ Bien plus, d'après la théologie, il n'y a pas de désaccord entre la raison et la foi; car, en fin de compte, elles viennent l'une et l'autre de Dieu ; la foi permet à l'homme de dépasser sa raison, mais la raison convenablement conduite opère dans le même sens que la foi.

Ces distinctions sont très claires et parfaitement logiques; toute la chrétienté en vit depuis des siècles. Il a fallu Kant pour tout

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