Concile du Vatican, Canon II, i
3. Elle est un don du ciel et non de la raison, Polyeucte, acte V, scène II.
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embrouiller. La loi morale, nous Pavons vu, est pour lui un fait absolu et premier de la raison, ce n'est même pas un postulat, c'est quelque chose comme une vérité mathématique absolument évidente. Dieu et la révélation n'y sont pour rien. Si Kant s'en était tenul à et aux résultats de la Critique de la raison pure, il eût été athée, voilà tout. Mais il ne veut pas être athée... tout en l'étant. Alors il pose comme un postulat de la raison pratique que le bonheur est légitime et nécessaire; cette fois, c'est un postulat, mais ce n'en est pas moins un fait de la raison. Nous n'y contredirons d'ailleurs pas. Mais il est interdit de rechercher le bonheur, c'est une conséquence logique de la loi morale, et, d'autre part, la loi morale ne donne pas le bonheur. Donc..., il y a désaccord entre lun des postulats de la raison et la loi morale. Kant aurait pu aussi s'en tenir là. Mais il lui faut à toute force le bonheur; pour satisfaire ce besola impérieux, qui cependant n'est pas moral, la raison pratique, la raison exclusivement morale, conclura au nom de la loi morale à la nécessité de l'existence de Dieu, en dépit de la raison pure, qui a dénié à l'homme le pouvoir et le droit de l'afTirmer. Est-il possible d'imaginer un enchaînement d'idées plus absurde ?
Kant en arrive ainsi à ce concept équivoque d'une réalité qui existe pratiquement et qui n'existe pas intellectuellement, en vertu d'une croyance qui n'est pas une croyance et d'une raison qui n'est pas une raison : unecroyance de la raison, ein Vernunftglaube. C'est une grande nouveauté. Je ne reviens pas sur son absurdité et sur le désaccord qu'il y a entre ces deux raisons, désaccord qui est en opposition formelle avec la théologie chrétienne. Ce sur quoi j'insiste ici, c'est sur son caractère équivoque.
Il s'agit en réalité de nous amener à penser que nous croyons sans croire, parce que la croyance ne convient pas à un esprit fort, à un rationahste, et que le véritable rationalisme répugne à la croyance. Il y a au fond de cette équivoque une sorte de respect humain et en même temps le désir de se faire illusion. Ni la doctrine catholique, ni celle de l'Église réformée n'ont connu cette circonspection, ce défaut de franchise. C'est une déviation de la raison et une déviation de la foi.
Est-ce d'ailleurs véritablement à cause de la nécessité du bonheur, comme Kant nous le dit formellement, qu'il est indis-
KANT ET LA MORALE CLASSIQUE 271
pensable de restaurer Dieu, ou n'est-ce pas plutôt au fond parce que Kant voulait restaurer Dieu qu'il a inventé son singulier raisonnement sur le bonheur.^ La réponse est certaine. Kant a toujours été croyant, cela ne fait pas l'ombre d'un doute ; ses biographes nous le disent formellement, sa correspondance n'en témoigne pas moins clairement^; son raisonnement sur l'existence pratique de Dieu n'est qu'un pseudo-raisonnement destiné à justifier une croyance. Et il me semble difficile d'admettre, si peu d'esprit critique et de psychologie qu'on lui accorde, qu'il n'en ait pas eu quelque peu conscience.
Cette dissimulation de la croyance par des raisonnements spécieux est l'une des grandes nouveautés du kantisme. Elle est très dangereuse parce qu'elle est insidieuse, parce qu'elle soustrait au contrôle de l'intelligence une région obscure de la conscience irréductible à la raison, insaisissable, échappant sans cesse à l'investigation parles formes multiples qu'elle revêt et qui se déguisent sous les apparences d'une logique subtile. Elle tient à la fois à un défaut de clarté de la pensée et à une certaine faiblesse de caractère.