‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 152 sur 312 · I. Voir plus haut, p. 96 et plus bas, p. 4i4-4i · texte numérisé non relu

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métaphysique allemande, dont l'influence a été si extraordinaire dans notre enseignement au xix* siècle, a engendré une sorte de rationalisme dogmatique, qui est au fond, à mes yeux, une sorte de foi et une foi beaucoup moins rationnelle que celle du catholicisme romain. C'est cependant l'empirisme qui domine la morale rationnelle en France, du xvi« au xviii*' siècle, et la forme antique de morale, avec laquelle il a le plus d'aflinlté, est l'épicurisme.

L'épicurisme, dans la Grèce ancienne, était une réaction contre les abus de la spéculation métaphysique que j'ai signalés et contre les recherches vaines et souvent purement verbales de l'absolu. Il était beaucoup moins une doctrine de la jouissance et de la volupté, comme on le représente parfois à tort, qu'une sorte de positivisme. La doctrine qui faisait dire à ses adeptes : « Avec un peu de pain et d'eau je rivalise de félicité avec Jupiter, » et « Le sage est heureux jusque dans le taureau de Phalaris », n'est pas une doctrine de la volupté sensuelle. L'épicurien était un sage, qui cherchait avan^ tout la sérénité intellectuelle et morale. La théorie morale de l'épicurisme, qui a été si souvent mal interprétée, était fondée sur une psychologie un peu étroite; mais sa véritable portée était dans sa tendance rigoureusement expérimentale, qui excluait la recherche des causes Anales et leur substituait les idées de temps, de succession et de causalité. « Épicure est par excellence le philosophe des choses sensibles \ » Il en résulte que, seul parmi les philosophies antiques, l'épicurisme niait radicalement comme absolument inaccessible à toute expérience humaine, comme dangereuse même pour le repos et la sagesse, la croyance en l'immortalité de l'âme et l'existence de Dieu. Ce fut à la fois la cause de son succès et celle de son déclin.

Le succès de l'épicurisme fut considérable. « Les disciples et les amis d'Épicure étaient si nombreux, dit Diogène Laerce, que des villes entières n'eussent pu les contenir ^ » Dans le monde romain, « la multitude entraînée, nous rapporte Gicéron, se porta vers ce système de préférence à tous les autres; non seulement la Grèce et l'Italie, mais le monde barbare fut remué par Épicure, le peuple est avec lui'. » C'est lui qui, de toutes les doctrines

I. M. Guyau, La morale d'Épicure, Paris, Alcan, p. 280. . 2. Vie des philosophes, X, 9.

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