TuscuL, l\ ;Acad., i, 2"^; Lettres fam., XV
KANT ET LA MORALE CLASSIQUE 273
antiques, persista le plus longtemps ; il était encore vivant en plein iv** siècle de notre ère. Saint A^ugustin nous confie qu'il penchait vers l'épicurisme: « Epicure m'aurait paru devoir accepter la couronne si je n'avais cru à la vie de lame après la mort\ »
Cette négation de la vie future fut la cause de sa décadence dans un monde où les religions de mystères, fondées tout entières sur l'immortalité bienheureuse, avaient triomphé. Mais s'il fut vaincu il ne fut jamais détruit. Les mêmes causes, qui avaient favorisé son extraordinaire développement, le firent renaître dès le moyen âge. « Quand plusieurs siècles eurent épuisé l'enthousiasme pour la religion nouvelle..., on s'aperçut que l'intérêt d'ici-bas subsistait encore à côté de l'intérêt d'en haut... A mesure que les siècles avançaient, l'homme se fatiguait de plus en plus d'avoir sans repos les yeux tournés au ciel et la terre prit une plus grande part dans la pensée de tous^ » L'épicurisme fut alors, de nouveau, une réaction du bon sens contre les excès de la spéculation.
Dès le XII* siècle, il existait en Italie une école épicurienne qui comptait de nombreux partisans^. Mais c'est surtout avec la Renaissance que l'épicurisme reprend toute sa force. Érasme, Montaigne, Rabelais, sans avoir de système moral bien défini, en sont imprégnés. Il y eut même alors un martyr de l'épicurisme dans la personne de Yanini, qui eut la langue coupée et fut brûlé vif à Toulouse, pour ses idées antiques, 011 se mêlaient le péripatélisnie en philosophie et l'épicurisme en morale. C'est au xvii* siècle que le système revêt une forme précise et complète avec Gassendi en France et Hobbes en Angleterre. La Rochefoucauld en donne une formule très personnelle, Molière une expression extrêmement vivante, La Mothe le Vayer (i 588- 1672), un moraliste un peu oublié, élève de Montaigne, concilie l'épicurisme et le stoïcisme ; Saint-Evremont(i6i3-i7o3), tout en le critiquant, est un disciple convaincu d'Epicure, il enseigne et pratique à la fois sa doctrine.
L'esprit positif de l'épicurisme domine en France au xviu* siècle avec La Mettrie, Helvelius, d'Holbach, Volney, d'Alembert, Saint- Lambert. C'est à lui que se rattache au point de vue moral la Révolution, dont l'idée directrice, comme celle des morales