‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 174 sur 312 · LA MORALE DE RENOUVIER · texte numérisé non relu

LA MORALE DE RENOUVIER

Il est assez difficile de définir la morale de Renouvier sans exposer sa métaphysique, sa théorie du phénoménisme, qui rejette le noumène de Kant, et son attitude à l'égard de Tantinomie kantienne de la liberté et de la nécessité, dont il accepte la thèse en repoussant l'antithèse. La pensée morale de Renouvier est d'ailleurs loin d'être claire. Dans ses ouvrages généraux, il invoque sans cesse l'impératif catégorique, comme un pur kantien, sans démonstration ni justification, à la façon d'un véritable credo. Dans la Science de la morale, au contraire, il fonde son système en dehors

KANT ET LES MORALES PHILOSOPHIQUES DU XIXe SIÈCLE 303

de tout impératif catégorique et ne l'introduit que très tardivement, en essayant de le fondre avec le principe classique du bien. Je vais tâcher néanmoins d'indiquer tout au moins les principes directeurs de cette morale dans leurs rapports avec le kantisme.

La morale de Renouvier se présente comme un correctif de la morale de Kant, dont elle cherche à atténuer les divers dualismes : dualisme de la raison pratique et de la raison théorique, dualisme des inclinations et de la loi morale. Elle prétend, comme la morale kantienne, fournir une déduction purement rationnelle des devoirs ; mais au lieu d'un fait unique et premier, l'impératif catégorique, elle en invoque deux : la raison et l'idée de liberté : « L'homme est doué de raison et se croit libre Tel est le double fondement nécessaire et suffisant de la moralité dans l'homme'. »

Mais à peine Renouvier a-t-il posé ces deux principes nécessaires et suffisants, qu'il en introduit un troisième, celui-là même que toutes les morales antérieures à celle de Kant avaient pris comme fondement : la tendante vers le meilleur : « La moralité consiste dans la puissance, soit, pratiquement, dans l'acte de se déterminer pour le meilleur". » Et plus loin, notre philosophe nous dit d'une façon positive que c'est vraiment l'idée fondamentale et que le devoir, loin d'être une idée première, dérive de l'idée du bien. « L'idée du devoir est expliquée par celle de la vertu... Elle dépend essentiellement de ce fait moral, à savoir que l'agent se propose un meilleur parmi les biens et un meilleur conforme à la raison... Un idéal existe de fait pour chaque être raisonnable et faillible... Un tel être tend par sa simple nature à s'identifier à son idéal, quoique à d'autres égards cette même nature ait d'autres éléments qui l'en éloignent^. »

Il n'est donc pas question jusqu'ici d'impératif catégorique et de la contrainte d'une loi exercée sur la volonté comme de principes premiers.

Et cependant Renouvier, suivant un procédé familier à Kant, a posé des pierres d'attente pour l'impératif : « L'agent ne se déter-

1. Gh. Renouvier, Science de la morale, Paris, Alcan, nouvelle édition, 1908, t. I, p. I.

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