I. Plus haut, p
qu'il y a une entité objective de cette sorte, quelque chose comme les idées de Platon. Si nous voulons rester conséquents avec nousmimes, il faut que cette entité reste impersonnelle, qu'elle soit une idée. Nous placerons donc dans le monde des idées pures à côté des autres universaux objectivés, un être impersonnel une entité: le divm. Gomment cette idée du divin va-t-elle agir sur nous quelle action va-t-elle exercer sur notre volonté.» Son action ne peut être que celle des autres idées, ses congénères. Admettons qu'elle
I emporte sur toutes les autres idées. Si elle reste impersonnelle elle ne peut toujours s'exercer que comme une idée, par nécessité sur notre intelligence, par attrait sur notre volonté ou notre sen.«ibilité
II n'y a pas d'autre mode d'action des idées. Le commandement S évanouit encore.
Mais pourquoi s'obstine-t-on à vouloir que celte idée suprasens.ble ait sur les autres le privilège (si c'en est un) de commander? La réponse n'est pas difficile à trouver. Tout simplement parce que ce concept a conservé quelque chose de la personnalité dont il fallait le dépouiller pour sortir de la religion. Si on en a maintenu quelque chose, c'est précisément pour affirmer l'obligation. Le dieu impersonnel qui oblige est un produit de la philosophie éclectique du xix« siècle, il n'existait pas dans la philosophie antérieure. Ce n cstpas une conception philosophique, ni une conception religieuse c est encore une de ces déviations de la pensée dues au moralisme kantien. On ne peut pas vouloir, en effet, qu'une idée perde tous les caractères de la personnalité, afin de satisfaire à certains besoins inleUectaels. et qu'elle les recouvre en même temps/,o«r satisfaire à des besoins moraux. La confusion est toute kantienne (le kantisme se nourrit de contradictions), mais elle est la négation même de toute philosophie et de toute raison ; elle s'oppose au bon sens le P us élémentaire. Entre l'idée-entité de Platon, qui régit le monde c les dieux, et l'idée religieuse de la personne divine qui commande, 'I laut de toute force choisir. Une idée ne peut pas être à la fois personnelle et impersonnelle suivant l'usage qu'on veut en faire.
11 y a sans doute une solution, consistant à admettre l'existence
<i une personne divine qui a des idées : c'est la solution de la théo-
ogie chrétienne. Il faut alors faire un nouveau choix. Est-ce pour
a vente ou la bonté des idées de cette personne divine que nous
acceptons, ou, est-ce par obéissance pour sa volonté? Dans le
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premier cas, nous retombons sur les idées de Platon et dans le second sur la notion proprement religieuse du devoir. Cette alternative a divisé toute la scolastique du moyen âge ; Descartes s'y est intéressé. La théologie orthodoxe s'est prononcée : elle a opté pour le premier terme ; il a l'avantage de permettre d'édifier à côté de la morale religieuse une morale philosophique et rationnelle, où la notion de personnalité est provisoirement écartée et qui peul subsister indépendamment de la religion, comme une vérité de cette raison que Dieu a donnée à Thomme. Ce choix est tout à l'honneur de la théologie, il lui confère une grande force. Mais il faut opter. Nous tournons toujours dans le môme cercle.
En somme, philosophiquement, la question me paraît des plus claires : il n'est pas possible de faire dire à l'obligation autre chose que ce que les hommes lui ont toujours fait dire jusqu'à Kant. On pouvait d'ailleurs s'y attendre: on n'invente pas en cette matière. Le devoir est l'ordre d'une volonté supra-sensible qui commande, et c'est le principe de toutes les morales religieuses, ou il est la conviction qu'exercent sur nous les idées de la raison et les tendances de notre vie, contrôlées par la raison, et c'est le principe des morales philosophiques du bien. Depuis qu'il y a des hommes et qu'ils pensent, la solution n'a pas changé. C'est le moralisme kantien, une pseudo-philosophie germanique de la morale, qui a tout obscurci et tout embrouillé.
Cette explication est peut-être trop claire et trop simple, on insistera encore. La confusion du point de vue religieux et du point de vue philosophique, dira-t-on, est peut-être intellectuellement une erreur, mais n'est-elle pas le seul moyen de conférer aux morales rationnelles refficacité qui leur manquerait? Si l'obligation morale est pour la raison une régression, ne serait-elle pas prati quement un progrès ?