L'AUTOMATISME DE SA VIE MORALE
Sa vie intérieure n'était pas moins nulle et moins uniforme. Elle se réduisait à son professorat et aux travaux abstraits qu'il poursuivait.
11 n'avait aucun goût pour les arts. La musique était pour lui une occupation inférieure, et il le disait avec pédantisme : « il recommandait instamment à ses élèves de s'en abstenir de crainte de perdre un temps qu'ils emploieraient mieux à des travaux plus scientifiques et plus sérieux". » Jachmann nous dit qu' « il n'en avait pas le moindre sens,... elle n'exprimait pour lui aucune pensée, mais seulement des impressions purement sensibles \ » Les beaux- arts ne l'intéressaient pas davantage : « il ne fit jamais attention aux tableaux, ni aux gravures, fussent-ils de tout premier ordre \ » Il n'avait pas non plus le sens de l'art décoratif. Sauf un portrait de Rousseau, dont lui avait fait hommage un ami et qu'il conservait « par devoir' », aucun ornement n'était entré dans sa maison ^
Il tenait essentiellement à suivre exactement la mode, professant qu'il « vaut mieux être un imbécile à la mode que de n'être pas à la mode ' ». « C'est, disait-il, un devoir de ne jamais faire éprouver à qui que ce soit une impression singulière ou choquante ^ » Cela ne l'empêchait pas cependant de conserver le même chapeau pendant vingtans et d'avoir des théories sur l'assortiment des couleurs ; c'était, par exemple, pour lui, un axiome qu'une redingote brune
I. Socratc n'aimait pas à quitter Atliènes, mais Kœnigsberg au xviii^ siècle n est pas Atliènes au vc et Socrate prit une part active aux guerres extérieures.
•2. iîorowski, lac. cit., p. 81.