LA SOPHISTIQUE DE KANT
Chez Kant le mensonge n'apparaît pas sous cette forme brutale. Il ne se démasque pas avec ce cynisme, que la rigueur des circonstances a exaspéré. On ne peut même pas dire que le plus souvent Kant ait été réellement de mauvaise foi, qu'il ait trompé dans le but avoué de tromper. Le fond de son caractère est de ne pas savoir distinguer nettemment entre la bonne et la mauvaise foi, de n'avoir pas une idée précise de ce qu'est la vérité et de ce que sont les exigences de la véritable loyauté intellectuelle. Mais plus d'une fois, la sophistique et le besoin de justification l'ont entraîné jusqu'à des contradictions, dont il est difficile d'admettre qu'il n'a pas eu conscience. 11 est allé plus loin encore, nous l'avons vu : lorsqu'il a été poussé par la nécessité, il n'a pas hésité non plus à recourir à la restriction mentale dans un but intéressé, en dissimulant sa pensée sous une équivoque et sous des justifications sophistiques.
Kant, comme tous ses compatriotes, comme les signataires du Manifeste des quatre-vingt-treize^ proclame avec insistance sa franchise impeccable et son inaltérable loyauté ; il en parle sans cesse : à tout propos, il étale la pureté absolue de ses intentions. Toule fausseté, « même dans l'expression de sa pensée », nous dit-il dans la Métaphysique de la vertu, encourt le déshonneur. Il va jusqu'à exiger, dans l'un de ses écrits, qu'on sacrifie au respect aveugle de la véracité la fidélité à ses amis les plus chers, en les trahissant et en les livrant à des ennemis qui les recherchent *. bes