‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 249 sur 312 · I. Plus haut, p · texte numérisé non relu

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KANT ET LA MENTALITÉ PRUSSIENNE

biographes nous disent, à plusieurs reprises, qu'il ne pouvait supporter la plus petite tromperie dans les moindres occasions deja vie. « La moindre équivoque, la plus petite dissimulation dans le sens de l'expression, qui pourrait prêter à un doute, lui était insupportables \ » « Si jamais un homme a vénéré la vérité, témoigné de cette vénération par toute sa vie, c'est bien Kant, dit à son tour Jachmann. Il ne voulut jamais apparaître autre qu'il ne fut^ »

Quand Fichte vient le trouver, il lui promet de faire tout ce qu'il peut pour l'aider ; il demande à Borowski de le recommander à son gendre, Hartung, le libraire, il fait montre du plus grand souci de secourir un confrère malheureux. Mais il ne lui procure aucune aide efficace, il n'écrit pas une ligne pour recommander ses travaux et bientôt le désavoue entièrement.

Ses amis nous disent qu'il admire la Révolution française, qu'il se dérangea même une fois de ses habitudes sacrées pour aller audevant du facteur qui lui apportait des nouvelles, qu'il s'enthousiasmait à ce sujet dans ses propos de table. Mais dans les gros volumes de sa correspondance on cherche en vain la trace de cette curiosité et de cette sympathie. Il se tait : il craint de se compromettre, de laisser un témoignage écrit de ses sentiments. Tant que Frédéric-Guillaume II est en vie, il couvre de fleurs le despotisme prussien, il prétend même démontrer, nous l'avons vu, par la plus étrange sophistique, que ce despotisme est plus favorable à la véritable Uberté de l'esprit que le libéralisme d'un gouvernement républicain, et il attend que son souverain soit mort pour glisser dans l'un de ses ouvrages une apologie de la Révolution.

Il emprunte à nos révolutionnaires quelques-unes des idées libérales qui étaient fort à la mode dans le milieu « éclairé » où il vivait, mais les atténue aussitôt par des propositions rigoureusement contraires. Il voit la misère et Tesclavage, auxquels le peuple est réduit autour de lui, et lui ofl*re comme fiche de consolation le caractère inviolable et sacré d'une loi, « qui ne semble pas venir des hommes mais de quelque législateur suprême ». Jamais il ne fil le moindre effort pour mettre en action les principes libéraux dont il se disait si convaincu.

Il prétend que la politique d'annexion est contraire au jugement

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