‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 36 sur 312 · Ibid., p. i · texte numérisé non relu

Ibid., p. i

n. Ibid., p. i5a-i53

Tous ces mobiles sont donc à rejeter, au même titre que Pégoïsme, ou le désir de la gloire, en dehors de la moralité; le seul mobile qu'accepte Kant est le respect de la loi. Ce respect n'est pas, en effet, à ses yeux un sentiment naturel : « il est exclusivement produit par la raison* », par un principe intellectuel. Il n'est dès lors pas suspect. Sans doute, « le respect ne sert pas à juger les actions, ni à fonder la morale objective, mais simplement comme mobile à faire une maxime de cette loi elle-même^ ». C'est un adjuvant permis, qui seul, parmi les sentiments, n'est pas « dangereux », car il s'applique toujours uniquement aux personnes et jamais aux clioses. (( Les choses peuvent exciter en nous l'incHnation et même l'amour, si ce sont des animaux (l'animal n'est pas une personne pour Kant), ^t aussi la crainte, mais jamais le respect. Un sentiment qui s'en approche beaucoup c'est l'admiration, ... mais ce n'est pas le respecta »

C'est qu'en effet le respect n'est pas agréable : « il humilie inévitablement tout homme*... Le respect est si peu un sentiment de plaisir qu'on ne peut s'y laisser aller qu'à contre-cœur à l'égard d'un homme^ ». Il rabaisse la nature, «la terrasse complètement c'est-à-dire l'humilie » « ; et le critérium de la loi : c'est la contrainte, la coercition (Zivang), le commandement qu'elle exerce. A ces caractères on reconnaît que le respect ne dérive pas de nos incHnations, mais de notre raison seule, de l'effet que produit en nous la loi a priori de la raison pratique, la loi du devoir, impératif et catégorique. Et Kant conclut par sa fameuse prosopopée, qui lui a été inspirée par la célèbre tirade du vicaire savoyard de Uousseau, mais qui procède d'un sentiment et de concepts très différents. Il a voulu développer et « approfondir » la pensée de Uousseau en l'adaptant à son système. Voici le modèle:

« Conscience ! conscience ! instinct divin, immortelle et céleste VOIX, guide assuré d'un être ignorant et borné, mais intelligent el libre; juge infaillible du bien et du mal, qui rends l'homme

Ibid.^ p.

Ibid., p.

Ibid., p.

Ibid., p.

Ibid., p.

Ibid.. D.

M> B<Mi>^#^^ w<— I in»pnB*»w^ iai*ii»^m<|winw<uii|nnjini

semblable à Dieu ! C'est toi qui fais rexcellence de sa nature et la moralité de ses actions... »

Yoici maintenant la copie : '

« 0 devoir! nom sublime et grand, toi qui ne renferme en toi rien d'aimable S rien qui implique insinuation, mais qm réclame la soumission, qui cependant ne menace de rien de ce qui éveille dans l'Ame une aversion naturelle et de ce qui effraie pour mettre en mouvement la volonté, mais qui pose simplement une loi, qui trouve d'elle-même accès dans l'àme et qui cependant conquiert contre la volonté la vénération (sinon toujours l'obéissance), devant laquelle toutes les inclinations sont rendues muettes, quoiqu'on même temps elles agissent contre elle en secret ; quelle origine est di-ne de toi et où trouve-t-on la racine de ta noble descendance, qui repousse fièrement toute parenté avec les penchants, racine dont descendre est la condition irrémissible de cette valeur que seuls les hommes peuvent se donner? Ce ne peut être rien moins que ce qui élève l'homme au-dessus de lui-même (en tant que partie du monde sensible), ce qui le lie à un ordre de choses que seul l'entendement peut concevoir ^.. »

Nous sommes au seuil du monde nouménal, où la pensée spéculative nous interdisait de pénétrer, mais où la raison pratique nous conduit à son tour et nous permettra peut-être d'aller plus loin. Mais n'anticipons pas. Cette prosopopée et son rapprochement avec celle de llousseau appellent quelques observations.

Page 1