‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 79 sur 312 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

3. Recueil La France, 1797, 6« partie, n» i, Des réactions politiques, réimprimé dans les Œuvres complètes, t. III, 6^ partie.

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Dans son opuscule : D'un prétendu droit de mentir par humanité^ qui est un véritable petit traité de casuistique sur ce cas particulier, il montre que l'humanité, la justice, l'amitié ne sont pas des devoirs absolus et fait primer sur elles, dans la circonstance, le devoir de véracité; il le considère ici comme absolu, après avoir cependant déclaré que tous les devoirs de vertu sont des devoirs larges. Il conclut qu'on doit dénoncer un ami à ses assassins.

Benjamin Constant n'aurait pas eu de peine à répliquer qu'il ne s'agit pas dans l'espèce de véritable véracité; mais de la faculté (le renseigner des gens, à qui la véracité n'est pa§ due. Mais ces nuances sont trop délicates, elles dépassent le sentiment moral de Kant, qui, à défaut de critérium tiré de l'expérience, de cette matière même de la morale qu'il se refuse à examiner, applique nécessairement, à tort et à travers, tel principe ou tel autre, suivant Tarbitre du moment, et arrive ainsi à justifier les pires absurdités, ou même les crimes les plus évidents ^

Il établit ainsi une série de distinctions et reconnaît que, suivant les circonstances, on peut se tuer, mentir, trop manger, tromper un ami ou la justice, qu'on ne doit pas être bienfaisant « jusqu'au point d'avoir besoin soi-même de la bienfaisance des autres ». Je ne prétends pas qu'il ait toujours tort. Toutes les morales ont leur casuistique, ou plutôt toute morale, autre que la morale de Kant, étant fondée sur un équilibre entre diverses tendances, et non sur un principe d'une rigidité logique, il va de soi que les limites des droits et des devoirs ne sont pas déterminées a priori d'une façon absolument rigoureuse. Ces limites ne sont pas pour cela arbitraires, car, à défaut d'un principe unique et absolu, il existe, dans toutes les morales, des principes de détermination. Dans le kantisme, au contraire, il n'en existe aucun, puisque la loi universelle et a priori ne détermine rien et qu'en dehors de cette loi, il ne reste que l'arbitraire. J'aurai à revenir sur ce point.

-Mais ce qui est étrange c'est que l'impératif catégorique puisse laisser place à une casuistique. Que devient cette loi unique, absolument nécessaire, qui commande immédiatement la volonté, sans

1. Supplément de la traduction Barni de la Métaphysique de la vertu, p. 25 1 et suiv.

2. Nous verrons plus loin (p. 4i2-4i^) une autre application importante de la casuistique de Kant : il est permis de soutenir des idées différentes suivant qu'on le fait en tant que fonctionnaire ou en tant que savant.

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motif ni mobile, sans raison, si les devoirs qu'elle impose directement, en vertu d'une absolue nécessité, peuvent dépendre de certaines circonstances? L'impératif n'est plus catégorique, si, ne fût-ce qu'une fois seulement, il peut, en droit, plier devant des intérêts qu'il n'a pas déterminés et qui sont un produit de l'empirisme.

La casuistique n'est contradictoire dans aucune des morales fondées sur l'utile, sur le bien, sur la perfection, sur la volonté de Dieu ; car ces morales admettent des degrés dans la moralité, le plus ou moins utile, la perfection relative ; elles supposent en outre une certaine latitude dans la détermination de ce qui est utile, de ce qui est bon et bien, de ce que Dieu a commandé. Il n'en est pas de même dans la morale de l'impératif catégorique, qui ordonne absolument, sans laisser aucune place à l'interprétation, puisqu'il commande immédiatement la volonté, sans que des motifs ou mobiles puissent restreindre sa portée. Dès Tinstant où il ne commande que d'une façon relative, qu'il cède devant des considérations pratiques ne procédant pas de lui-même, il n'est plus catégorique. La casuistique, que Kant est obligé d'admettre parce que la vie n'obéit pas au mécanisme abstrait de la loi, n'est pas une des moindres absurdités de son système.

Cette casuistique dérive d'une distinction plus profonde, que j'avais réservée et qui va nous introduire directement dans la Métaphysique du droit : les devoirs d'obligation large et les devoirs d'obligation étroite.

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