‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 78 sur 312 · II. LA CASUISTIQUE DE KANT · texte numérisé non relu

II. LA CASUISTIQUE DE KANT

Parmi les questions casuistiques, il en est d'abord de fort étranges, dont voici un exemple à titre de curiosité.

L'homme, avons-nous vu, ne peut se priver de lui-même en se tuant. Mais peut-il a se priver d'une partie intégrante, d'un organe de lui-même, par exemple donner ou vendre une de ses dents pour orner les gencives d'un autre (sic) ou se soumettre à la castration pour devenir un chanteur plus recherché.^ C'est commettre un suicide partiel. Mais il n'en est pas de même de l'amputation d'un membre gangrené, ou qui menace de le devenir et de mettre la vie en danger. On ne peut non plus considérer comme un crime envers sa propre personne l'action de couper quelque partie ,du corps qui n'est point un organe, comme les cheveux par exemple, quoique cette dernière action ne soit pas tout à fait

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innocente (sic) quand elle a pour but un gain exté^ieu^^ »

Ici nous restons dans le puritanisme piétiste, mais nous voyons jusqu'à quelles sottises le souci de rigueur logique conduit un esprit dénué de tact et de finesse !

Je passe sur la question de savoir si la vaccination est permise et autres naïvetés de ce genre, exposées sur le ton le plus sérieux, pour arriver à des cas un peu plus intéressants.

Est-il permis de prévenir par im suicide une injuste condamnation à mort prononcée par son souverain? Est-il contraire à la pureté de se rapprocher de sa femme pendant la grossesse, ou lorsqu'elle ne sent aucun goût pour l'acte conjugal? Le plaisir est-il permis dans l'acte sexuel? Peut-on s'enivrer pour égayer ses convives? Peut-on mentir par politesse, pour sauver quelqu'un? Si l'avarice est une faute, l'économie est-elle autorisée? L'abnégation de soi-même n'aurait-elle pas pour effet de donner aux autres une médiocre opinion de notre valeur personnelle et n'est-elle pas ainsi contraire au devoir du respect de soi-même? Jusqu'à quel point faut-il consacrer ses moyens à la bienfaisance et secourir son prochain dans le malheur? Ne vaut-il pas mieux que la bienfaisance soit réduite à un devoir de droit ou reléguée parmi les choses indifférentes? Toutes ces questions ne comportent que des réponses douteuses.

En voici une autre qui a trait au conflit de la justice et de l'amitié avec la véracité; Kant lui a donné une singulière solution, qui mérite d'être mentionnée :

Peut-on en cachant par un mensonge la présence d'un ami innocent, poursuivi par des assassins, sauver la vie de cet innocent?

Tout homme de bon sens eut répondu : oui. L'incertitude, l'indécision des principes moraux de Kant est telle, sa manie de raisonner si excessive, qu'il n'hésite pas à s'instituer le complice d'assassins contre son meilleur ami. ^

Benjamin Constant, qui avait soulevé la question % soutenait que la vérité n'est pas due à ceux qui veulent s'en servir pour assassiner. Kant se refuse à entrer dans ces considérations empiriques.

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