‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 96 sur 312 · ST · texte numérisé non relu

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l'inégalité des possessions, c'est elle qui la justifie, c'est elle qui trace les bornes du droit.

On voit ainsi, plus clairement encore que dans le domaine proprement moral, comment l'attitude première de Kant et sa méthode sont propres à justifier de véritables abus. Ce résultat n'est pas dû à un accident, à une défaillance ou à un flottement de sa pensée. Il découle de ses principes mêmes, de son principe formel de la loi, de sa méconnaissance de ce qu'est la véritable personnalité. Uhumanité de Kant est une loi a priori qui n'implique ni l'individualisme ni la liberté ; c'est une forme impersonnelle et abstraite, vidée de toute matière. Elle ne fournit, ni dans le domaine de la raison ni dans celui de l'action et des sentiments, aucune donnée pour fonder le droit, comme pour fonder la loi morale ; le droit comme la loi morale n'est plus, de toute nécessité, qu'une affirmation et les limites de cette affirmation ne peuvent plus être tracées que par l'arbitraire et par la force.

Ces idées d'arbitraire et de pouvoir sont d'ailleurs loin de répugner à son système. Elles lui sont étroitement apparentées. La loi morale de Kant n'est pas fondée sur des raisons, elle ne convainc, ni ne persuade, elle commande comme le vieux Jéhovah. Hoc volo sic jubeOy c'est lui-même qui nous l'a dit, telle est la formule de l'impératif catégorique. C'est la formule de celui qui affirme son droit de propriété. Nous verrons dans l'étude du droit public de Kant que c'est encore la formule de son souverain, qui n'a aucune raison à donner et qui ne se soucie ni de convaincre, ni de se faire aimer. Je passe sur les autres applications du droit de posséder, sur les droits qui s'exercent entre personnes : contrats gratuits (prêt, donation), contrats onéreux (vente, louage), contrats d'assurance (gage, caution), et sur les droits qu'il appelle personnels-réels : droit conjugal, droit paternel, droit des maîtres sur les serviteurs. Les cadres en sont empruntés au droit romain et la matière en est fournie par les idées de son temps et de son milieu. Ce qui est propre à Kant, c'est la prétention naïve de fonder ces données juridiques sur des principes abstraits et a priori, indépendants de l'histoire et de l'économie politique, sur un droit unique, originaire, que chacun possède « par cela seul qu'il est homme ^ ».

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