‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 95 sur 312 · I. Métaphysique du droit, trad. Barni, p · texte numérisé non relu

I. Métaphysique du droit, trad. Barni, p

l'égard du problème moral et du problème social. Ses déductions sont absurdes parce qu'elles sont fondées sur des idées abstraites qui ont été dépouillées de leur matière. Le droit de contrainte et la propriété individuelle ne peuvent pas sortir par le jeu d'une logique abstraite de l'idée de liberté et de celle d'égalité considérées comme des concepts absolus et a priori. Ces concepts, lorsqu'on les vide de leur matière, deviennent des entités verbales qui s'opposent sans pouvoir s'accorder ; ils sont susceptibles de revêtir les formes les plus arbitraires et d'engendrer les conséquences les plus déraisonnables. La liberté et la propriété individuelle n'ont de sens et de valeur que par rapport aux fms individuelles et sociales que Kant a précisément éliminées de son système ; ce sont ces fms qui donnent à la liberté et la propriété leur signification et leur portée.

Pour nos hommes du xviii® siècle, ces fms étaient essentiellement rinitiative personnelle et le bien-être de chacun. Le régime de la propriété individuelle et celui de la souveraineté nationale leur ont paru les plus propres à garantir cette initiative et ce bienêtre et c'est pourquoi ils les ont institués en opposition avec le régime féodal de la propriété et le régime politique de l'absolutisme royal. Kant a emprunté leurs conceptions à nos juristes et à nos économistes, alors qu'il avait rejeté les principes sur lesquels ces conceptions reposaient, de même qu'il a emprunté à la religion la notion de commandement en supprimant l'autorité qui commande. 11 ne pouvait aboutir qu'à d'inextricables contradictions.

Il est allé plus loin encore. Ses raisonnements abstraits en arrivent à justifier la force contre le droit. Ils ne sont pas seulement contradictoires : ils aboutissent à la négation même du droit.

Pour posséder, nous dit en effet Kant, il suffit que l'individu signifie à la volonté d'autrui sa volonté de s'approprier une chose. Mais jusqu'où peut s'étendre cette volonté? « Je réponds: cette volonté s'étend aussi loin que la faculté de l'avoir en sa possession, c est-à-dire aussi loin que peut la défendre celui qui veut se l'appropriera » C'est en lin de compte la force qui définit les limites du droit. Sans doute la force ne crée pas encore le droit, Kant ne va pas jusqu'à formuler ce précepte. Ce qui crée pour lui le droit de propriété c'est V arbitre de la volonté. Mais c'est la force qui fonde

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