‹ Morale [microform]Chapitre 120 sur 284 · XVI. — 5. LA MONOGAMIE LIBRE · texte numérisé non relu

XVI. — 5. LA MONOGAMIE LIBRE

révoluUon ultérieure peut lui avoir enlevé les aliments sans lesquels il ne saurait subsister.

4. — Un point d'appui essentiel, dans la métamorphose subie par l'amour durant la vie continuelle en commun, c'est la communauté des taches qui s'imposent aux conjoints, et de Tactivité qu'ils déploient. Ils ont h travailler ensemble à leur subsistance matérielle ; à lutter contre les mêmes obstacles. Ils peuvent travailler en commun à leur développement mental : s'ils associent leurs recherches, il leur sera aussi plus facile de se rencontrer dans les résultats. — Cependant c'est la sollicitude commune pour les enfants qui joue le rôle le plus considérable. La communauté des chagrins et des sacrifices les rapprochent encore davantage qu'ils ne l'étaient à l'époque facile et joyeuse de leurs premières amours. Leur sympathie mutuelle devient plus profonde et plus intense. Ils se sentent davantage responsables de la conservation du lien conjugal, lorsque ce n'est pas seulement leur destinée propre, mais aussi l'avenir de plusieurs êtres sans défense qui dépend de leur sérieux et de leur maîtrise de soi^ Nous voyonstrès clairement ici quels avantages la monogamie présente sur la polygamie. Dans le mariage monogame seul, l'enfant peut trouver chez ses parents un amour complet et parfait, la seulement peut régner au foyer une union et une harmonie sans mélange. Alors même que le premier motif du mariage n'aurait pas été l'amour, mais des raisons de convenance, surtout d'intérêt, ou le désir de laisser une postérité, l'union la plus étroite pourra se produire, grdce à une substitution de motifs. La communauté des taches, l'intelligence mutuelle entre les personnes que peut amener la vie en commun, sont capables d'engendrer une sympathie qui n'est souvent pas moins profonde que celle produite par l'amour et ses métamorphoses. Si le mariage n'a pas eu pour raison détermi-

* Charles Dakwin raconte de son père, qui était médecin : « Grâce à la confiance qu'il inspirait, beaucoup de malades, les femmes en particulier, le consultaient... comme un confesseur... Mon père reçut ainsi beaucoup de confessions étranges soit de culpabilité, soit de malheur. Il remarqua (fue le nombre des femmes malheureuses (|u'il avait connues était considérable. Dans divers cas. femmes et maris avaient vécu en bonne intelligence vmgt ou trente ans ; après ce laps de temps, ils se haïssaient amèrement. Mon père attribuait ce sentiment à la disparition des liens créés par les enfants, disparition due à ce que ceux-ci étaient devenus adultes » {Vie et correspondance de Ch. Darwin), trad. H. de Varigny. Paris, Reinwald, 1888, I, p, lo. —Il faut par conséquent encore d'autres liens. '

nante le désir de laisser une postérité, les enfants constituent une valeur nouvelle, résultat de l'union contractée. L'évolution du mariage peut donc fournir, dans les cas particuliers, des exemples des trois espèces de métamorphoses énumérées plus

haut (XllI, 4). . ,

5 — La manière dont nous avons caractérisé le mariage dans ce qui précède exclut non seulement la polygamie, mais encore la monogamie non libre, dans laquelle la femme n'occupe pas une situation égale à celle de l'homme, soit parce qu'au heu de choisir librement, elle est mariée par sa famille, smt parce qu'elle n'a pas les mêmes droits que l'homme, ou parce qu elle n'est pas son égale sous le rapport intellectuel et moraL Cette dernière raison donne la clef des deux premières. Si la iemme est essentiellement confinée dans une obscure vie affective et instinctive, et si on regarde sa mission comme bornée aux soins du ménage et des enfants, elle ne saurait être qu'un accessoire pour l'homme, et ne remplir qu'une partie restreinte de sa vie. Pour être davantage, il lui manque l'indépendance de la pensée et de la volonté, condition nécessaire pour pouvoir choisir et montrer sa valeur, une fois le choix réalisé. Le mariage est alors, dans ses points essentiels, une relation entre une partie active et une partie passive, et il n'atteint pas la perfection dont il est susceptible quand les deux parties sont actives chacune a sa manière et peuvent, avec une sympathie intelligente, se prêter un mutuel appui dans leurs actes. La division du travail pourra dans ce cas se régler d'après leur individualité et aucune supériorité ne conviendra si bien à l'une des parties que celle résultant de ses qualités naturelles. Il ne faut pas qu un décret arbitraire de la loi décide qui doit tenir le premier rang. Mais ce résultat ne pourra s'obtenir que par un développement des qualités de la femme beaucoup plus complet qu on ne l'a jugé possible et légitime jusqu'à ces derniers temps. Alors seulement la monogamie atteindra son achèvement. Il est clair que la femme ne se déchargera jamais des fonctions que la nature lui a assignées une fois pour toutes : on ne renie pas une destination réellement naturelle. Nous étudierons cette question avec plus de détails dans une prochaine section.

La situation différente que l'homme et la femme occupent jusqu'ici dans le mariage d'après les idées courantes, apparaît surtout dans la manière différente dont on juge leur infidélité.

Page 1