XIX. — 1. LA SITUATION MORALE DE LA FEMME
enfants *. — La reconnaissance de la grande importance de la femme pour le ménage marque un pas en avant sur lequel on ne peut ni ne doit revenir. Si la femme perdait la place naturelle qu'elle tient dans la famille, cette perte ne saurait être compensée par aucun progrès sous quelque rapport que ce soit. L'importance considérable de la vie familiale pour l'évolution de l'espèce repose avant tout sur la situation qu'y occupe la femme comme mère, comme épouse, ou comme sœur. Mais précisément parce que la tache ainsi remplie par la femme a son fondement profond et solide dans la nature, nous n'avons pas besoin de veiller avec inquiétude à ce qu'elle soit acceptée. La nature n'a pas besoin de notre protection : elle saura bien se faire sentir d'elle-même. De plus, les diversités réellement existantes entre l'homme et la femme se manifesteront toujours, si elles ne sont pas dues h des circonstances passagères, plus ou moins artificielles. Suivant Topinion de Stuaut Mill (dans son ouvrage sur « l'assujettissement des femmes »), les idées que l'on s'est faites de la nature et des capacités de la femme reposeraient uniquement sur la coutume et la tradition et non sur l'expérience réelle ; ce que nous appelons la « nature féminine » ne serait qu'une création artificielle. Far suite, il faudrait, suivant lui, supprimer les barrières mises jusqu'ici au développement et à l'emploi des facultés féminines, pour pouvoir être en mesure de connaître la véritable nature des femmes. Pour la première fois dans l'histoire du monde, il faudrait laisser l'expérience donner son vrai témoignage en cette matière. — Mill s'attendait h ce que la capacité de la femme se manifestât, si on lui laissait davantage de liberté, avec un éclat extraordinaire. Il est douteux que l'expérience vérifie ces belles espérances ; aussi bien n'est-ce pas nécessaire pour justifier les exigences que Mill désirait voir s'imposer.
Comme nous l'avons déjà remarqué, c'est justement le désir de mettre la femme à ;nême d(i tenir sa place d'une manièrf encore plus complète et plus libre qui a amené la revendication pour elle d'un développement moins restreint de ses facultés. Même si elle ne prend point part au travail proprement productif, sa qualité de « directrice de la consommation n dans le ménage, réclamera la présence en elle de facultés d'ordres divers. En
* Voir Jevons : Married women in factories (Methods of social Reforni, Londres, 1883).
outre, afin de pouvoir suivre avec intelligence et sympathie les efforts de son mari, de pouvoir être sa conseillère, et aussi de pouvoir diriger l'éducation de ses enfants, il faut qu'elle soit orientée le mieux possible dans le domaine intellectuel et social. L'influence considérable que la femme a dans la famille et qu'elle exerce par là sur l'ensemble de l'évolution morale, sociale, religieuse et politique, rend nécessaire une culture aussi riche que possible de ses facultés.
Ajoutez à cela que les soins du ménage et le travail productif ne s'excluent pas toujours. La capacité de travail de la femme pourra être utilisée aussi à la production, et ce n'est pas un mal, lorsque ce travail ne dépasse point le cercle de la vie familiale *. Même si la femme entre dans des voies où l'homme marchait seul jusqu'ici, elle ne saurait, au cas où la nature et les aptitudes des deux sexes présenteraient réellement d'aussi grandes différences qu'on l'admet souvent, perdre son originalité propre dans les nouvelles conditions. Gomment cette originalité se nianifestera-t-elle ? L'expérience seule peut le montrer.