‹ Morale [microform]Chapitre 172 sur 284 · XXVII. — 1. CULTURE MATÉRIELLE ET CULTURE IDÉALE · texte numérisé non relu

XXVII. — 1. CULTURE MATÉRIELLE ET CULTURE IDÉALE

rimagination et le sentiment se déploient et créent des formes originales sous lesquelles elles se manifestent et s'expriment. Ici, pas de fin éloignée à atteindre : l'intelligence claire, l'image vivante, le sentiment intime et profond, sont choses qui valent par elles-mêmes.

En ce sens, il pourrait sembler que le rapport de la culture matérielle et de la culture idéale soit quelque chose de très simple : la première serait à la seconde comme le moyen est à la fin. Si l'on adoptait cette manière de voir, on se trouverait en mesure de tirer entre l'économie politique et la morale une ligne de démarcation précise, et beaucoup d'économistes l'ont essayé, en ne comprenant sous le terme de travail productif que le travail générateur de biens matériels. Mais c'est là une simplicité toute artificielle. Y a-t-il en réalité un développement quelconque de la pensée, de l'imagination et du sentiment qui ne puisse réagir sur la culture matérielle et faciliter d'une manière plus ou moins directe la production de biens matériels? Entre la culture idéale et la culture matérielle il se produit une incessante circulation. Une intelligence plus élevée, une imagination plus vive, un sentiment plus profond, modifient les conditions du travail et déterminent sa direction. La liberté des mouvements dans le domaine de la vie mentale excite l'espérance, donne de l'audace et de l'énergie pour continuer le travail même dans le domaine de la culture matérielle. D'autre part, le travail matériel n'est pas toujours un simple moyen pour faire naître un produit; il peut devenir une école de volonté, une manière d'exercer ses forces. Toutes les fois que les conditions du travail marquent un progrès, celui-ci doit consister en ce que le travail, alors même qu'il n'est pas un jeu, soit pourtant associé à une satisfaction immédiate résultant de l'emploi des forces. L'homme n'est pas seulement un être nerveux, c'est aussi un être musculaire ; en même temps que le besoin d'exercer ses forces mentales, il éprouve celui d'exercer ses forces physiques, et la satisfaction de ce dernier n'est pas plus un simple moyen que ne l'est celle du besoin de connaître. Si le travail physique pouvait toujours être associé à cette sorte de satisfaction immédiate, l'opposition entre les deux cultures, matérielle et idéale, disparaîtrait sur un point essentiel.

En définitive, il n'existe qu'une seule manière d'apprécier la valeur. La culture matérielle, aussi bien que l'idéale, tire sa

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