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valeur de ce qu'elle est la condition et la forme du progrès du plus grand nombre possible d'hommes vers leur plus grand bien. Tout ce qui agit directement ou indirectement en ce sens est productif sous le rapport moral. Le développement de la culture n'est sain que s'il existe une juste proportion entre les deux formes, matérielle et idéale, entre le travail pour s'assurer la base matérielle de la vie et le travail pour développer la pensée, le sentiment et l'imagination. Le critérium moral de la richesse et de la culture c'est le loisir, c'est-à-dire le temps qu'on peut employer et qu'on emploie réellement à travailler à la culture idéale (cf. XXVI, 14).
2. — Et cependant nous n'avons pu encore arriver à ce que la plus grande partie du travail soit consacrée à autre chose qu'à procurer les moyens de vivre. La grande quantité de travail dépensée dans ce but n'entraîne que dans une mesure extrêmement faible la satisfaction et le développement de la personnalité de l'ouvrier. Et nous ne savons pas encore employer convenablement les loisirs dont nous disposons ou dont disposent un bien trop petit nombre d'entre nous.
Aux plus bas degrés de l'existence, toute activité est consacrée à la conservation de l'individu et de l'espèce. Le temps qui reste en plus est un temps de repos, employé à restaurer les forces en vue du travail sans cesse renouvelé que la conservation exige. On arrive à un tournant décisif au moment où le temps de repos peut être employé à des actions qui ne sont pas nécessaires. Dès lors la vie peut comporter un rythme naturel non seulement de travail et de repos physique, mais encore de travail physique et de travail mental. C'est de là que les fêtes grecques et le sabbat juif tirent leur importance au point de vue de l'histoire de la civilisation. Le dernier notamment en a une très grande parce qu'il paraît avoir donné à ce rythme une longueur appropriée à la mesure de la majorité des hommes ^ Mais le temps de repos n'est pas toujours employé de la meilleure façon. Si la longueur des loisirs fournit un critérium de la
* Pendant la Révolution française, on essaya de substituer à la période de sept jours celle de dix jours (à la semaine la décade) comme étant plus rationnelle. Mais cette tentative échoua pour diverses raisons qui ne sont pas uniquement religieuses. Les femmes du faubourg Saint-Marcel déclarèrent qu'un ouvrier ne saurait travailler neuf jours de suite sans se reposer An. ScHMmx : Pariser Zustànde wàhrend der Revolutionszeit von 1789-1800. III. p. 2i7.
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richesse nationale, l'emploi de ces loisirs fournit un critérium de réducation nationale. Aristote dit des Spartiates que leur Etat tomba en décadence parce qu'ils ne surent pas bien employer leurs loisirs ; ils se procurèrent puissance et richesses, mais, faute de culture mentale, ils ne purent faire servir à rien ces moyens*. La même chose peut se dire encore aujourd'hui de beaucoup de gens appartenant aux classes dites supérieures. Dans ces classes précisément l'on s'adonne souvent aux jouissances sensuelles les plus basses, parce que le désir de jouissances plus nobles fait défaut. Il ne faut pas s'étonner dès lors qu'il en soit si souvent de même également dans la classe des ouvriers manuels, auxquels la forte contention exigée par leur travail ne laisse souvent aucune énergie de reste pour leur temps de repos. A prendre les choses en gros, il semble cependant, quand on compare entre eux les divertissements de l'antiquité et des temps modernes, que la grossièreté soit moindre aujourd'hui qu'autrefois -.
3. — Pour deux raisons étroitement connexes, la culture idéale a une valeur plus haute que la culture matérielle. D'abord elle a un rapport plus intime avec la persomie de V homme. 11 n'y a pas ici la même différence entre le travail, ses moyens et ses produits que dans l'autre cas. Nous travaillons ici avec notre propre esprit et ce que nous produisons est inséparable de notre propre esprit, lui appartient pour toujours. Dans l'autre cas, au contraire, la question sociale provenait de ce que la force ouvrière n'était pas toujours jointe aux moyens de travail, ou ne disposait pas toujours du produit. D'autre part, malgré que le travail soit ici davantage lié à la personne même, Vindividu ne travaille pourtant pas pour soi seuU mais pour l'espèce entière. S'il réussit à produire de nouvelles idées, de nouvelles images et de nouvelles formes de la vie affective, il augmente ainsi le capital mental de l'espèce, sans s'appauvrir lui-même parce que tous le partagent avec lui. Une particule matérielle ne peut, en un temps donné, faire partie que d'un seul organisme : c'est pourquoi la lutte pour l'obtention des biens matériels est si violente. Mais une idée peut se reproduire en autant de consciences qu'on voudra. Ici pas de droit isolé de
* Polit., II, 9, 1271 6. 4-6.
' L. Félix : Der Einfluss der Sitten und Gebrduche auf die Enlwickelung des Eigenlums, p. 197.