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XXVII. — 3. CULTURE MATÉRIELLE ET CULTURE IDÉALE

propriété. De plus, non seulement la communauté est plus facile dans le domaine mental ^que dans le domaine matériel, mais encore le besoin en est plus grand. Sans action réciproque et sans efforts en commun, la vie mentale supérieure ne se développe pas. Ce ne sont pas seulement les idées, les images et les sentiments tout faits qui produisent une action réciproque entre les individus, mais cela est peut-être encore plus vrai de ceux qui ne sont qu'en voie de formation. Les idées et les sentiments nouveaux ne se développent que si diverses consciences agissent l'une sur l'autre.

Néanmoins, la culture idéale a aussi ses mauvais côtés. Elle se développe souvent d'une manière exclusive et malsaine ; des passions égo'istes s'agitent souvent dans son domaine et le travail qu'on lui consacre est souvent lié à de grandes souffrances. Examinons successivement chacun de ces trois points.

Quand la pensée, l'imagination et le sentiment ne se développent point de pair avec la volonté et la force musculaire, la culture idéale prend facilement le caractère d'un raffinement voluptueux, où l'on joue avec des idées et des images, où l'on s'enivre d'imagination et de sentiments : elle dégénère en sentimentalité et en préciosité intellectuelle. Il y a une sorte de dilettantisme mental qui n'apprécie les idées et les sentiments que d'après leur goût du moment, non d'après leur réelle puissance nutritive. Il en résulte facilement une disposition maladive ou blasée, une tendance de l'esprit à se détourner de la vie réelle. Ces inconvénients sont comparables à la forme chétive et étiolée que prend la vie physique lorsqu'elle est surmenée par un travail matériel excessif. La culture idéale a, elle aussi, ses esclaves, auxquels elle imprime la marque de l'exclusivisme.

La culture idéale se développe, tout comme l'autre, par la lutte', et ici également la lutte, met en mouvement les passions. L'ambition, l'esprit de domination et l'envie trouvent ici un terrain fécond. Les sectes et les coteries y fleurissent, et les oppositions y prennent souvent une profondeur qu'elles n'atteignent point dans la lutte pour les biens matériels. Ne s'agit-il pas ici de choses touchant de bien plus près à la personne même que les biens matériels ne peuvent le faire? Juger les idées, les inventions et les sentiments d'un homme, c'est le juger lui-même, en un tout autre sens que lorsqu'on juge son travail matériel. En outre, la culture idéale développe à un bien

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