XXX. - 4. LART I:T LA VIE
événements, les effets fatals. Les poèmes « idéalistes» ne possèdent ordinairement qu'une valeur morale extrêmement faible, parce qu'ils ne reconnaissent point le solide nexus causal de la
vie.
4. — Malgré tout ce que l'art peut et doit être pour la vie, il
ne doit pourtant pas se substituer à elle, et la vie réelle ne doil
pas être traitée comme un simple objet esthétique. Ce ne sera
guère le cas, en général, chez l'artiste sérieux, cherchant moins
à jouir qu'à travailler, envisageant son art comme une mission
sérieuse, comme une tache sociale, parce que, comme dans son
genre le savant, il se sent placé à un poste d'où il doit observer
la vie et apprendre aux autres à la voir. Il sent, comme l'a
exprimé Michel-Ange, que « l'art véritable, à cause de l'espril
dans lequel il travaille, est par lui-même noble et pieux; car
rien ne rend l'àme aussi pieuse et aussi pure que l'effort pour
produire quelque chose de parfait ». Et il éprouve suftisammenl
la résistance que la réalité, la matière rebelle, oppose au travail
de son imagination : peut-être même qu'il en mourra. Le danger
est beaucoup plus grand pour les natures surtout passives et les
dilettantes : ils en viendront aisément à considérer la vie comme
un jeu esthétique. Schiller a dit que l'homme n'est vraiment
homme que lorsqu'il joue. Sa pensée en cela était que le monde
de l'imagination et du jeu est l'œuvre propre de l'homme et
qu'il faut un cœur libre pour se soustraire à la pression de la
réalité et maintenir fermement cette vie idéale. Mais ses paroles
ont servi depuis de devise aune conception esthétique de la vie
pour qui toute circonstance pratique est matière à badinage et
à raillerie, sans que l'art lui-même soit toujours traité pour
cela plus sérieusement. On laisse le travail aux « Philistins » ;
les esprits qui se considèrent comme supérieurs aperçoivent le
monde du haut de leur grandeur comme une chose plaisante,
qui ne les touche pas. Le réalisme en art peut, lout aussi bien
que le romantisme, nous faire vivre dans un monde imaginaire
et nous rendre étrangers à la réalité véritable. Le réaliste se
meut dans l'imaginaire lout autant que lidéalisle, et le danger
sera peut-être même plus grand pour lui que pour ce dernier.
L'idéaliste immodéré aura d'ordinaire le sentiment de vivre
dans deux mondes, Tun de rêve, l'autre prosaïque : il raille ce
dernier, mais peut nonobstant savoir très bien le prendre
comme U est. La tentation de considérer toutes les circonstances