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XXXVIII. - 7. IMPORTANCE MORALE DE L'ÉTAT

sentent ces forces en eux croient avoir aussi le droit de dire leur mot sur les affaires publiques du pays. C'est une condition nécessaire pour que l'Etat reste constamment l'expression des mouvements qui agitent le peuple. Mais c'est une vue trop étroite de ne considérer ici que la vie économique et matérielle de la société. Le mouvement qui conduisit à étendre le droit de sulï'rase est en connexion intime avec l'évolution intellectuelle et religieuse, dont on ne saurait dire pourtant qu'elle est h l'action de l'Etat ce que l'appétit est au devoir ^ — Au reste Gneist avoue que l'ancien ordre de choses offrait de grands inconvénients : on n'y tenait pas compte du bien-être de la classe moyenne ; on ne s'inquiétait pas de l'élévation morale et inlellectuelle des masses, ni des fins de l'Etat relatives à la culturel Or une organisation politique à laquelle on peut adresser de pareils reproches mérite pourtant certainement d'être remplacée par une autre ! La grande admiration éprouvée par Gneist pour le gouvernement aulonome de la vieille Angleterre ne se concilie guère bien avec ce sévère jugement, qui donne au processus de dissolution un certain air de Némésis.

Ce n'est pas déprécier l'importance de l'Etat de borner sa productivité h trouver et à conserver des formes pour un fond né sans lui. Mais cette conception, si elle est juste, nous avertit de ne pas attribuer trop de poids à la vie politique, isolée des autres faces de la vie. On ne l'oublie que trop souvent dans les luttes de la vie politique, les forces du peuple doivent avant tout se développer en d'autres domaines, dans la vie familiale, dans la libre association de culture, et c'est seulement si cette condition a été et se trouve constamment remplie h nou veau qu'elles peuvent être appliquées avec fruit au domaine politique. En politique, on met facilement la forme au-dessus du fond.

7. — C'est par les formes fixes organisant la vie du peuple et le rendant capable de se manifester au dehors avec une force accumulée que l'unité du peuple apparaît avec le plus de clarté.

' Une expression isolée de Gneist (p. 096, note) présente une contradiction frappante avec ses plaintes répétées sur la dissolution de l'ancienne société. « L'idée d'une dissolution de la société, dit-il, repose simplement sur ce lait que des idées habituelles ne sont plus capables de découvrir leurs bornes habituelles. • Si l'on n'a fait que perdre les vieilles rubriques il ne semble pas y avoir tant lieu de se plaindre.

* Ibid., p. 891. 938.

Les individus isolés, les familles et les associations libres de culture offrent l'image d'une multiplicité de phénomènes chano-eants. L'Etat ne représente pas seulement l'unité du peuple, mais aussi sa persistance durable, qui s'étend au delà des époques remplies par les individus et les générations. Dans l'Etat, le peuple trouve son expression la plus concentrée.

Cette nature de l'Etat nous fournit une règle générale permettant de connaître quelles taches il peut mener à bien. Si TElat est la force centralisée du peuple, pour qu'une chose soit suceptible d'être soutenue par lui, il faut qu'elle soit de nature à pouvoir être systématiquement conduite à partir d'un point donné, et que la force puisse être employée comme moyen suprême pour en assurer le maintien. Si ces deux conditions manquent, l'Etat ne peut rien faire. Mais on ne saurait nommer aucun domaine où ces conditions ne soient susceptibles d'être présentes sous une forme et à un degré quelconques de développement. — La nature et le nombre des attributions de l'Etat varieront suivant les circonslances. Ce qui paraît à une époque impossible à concevoir comme att ribution de l'Etat sera peut-être, à une autre, sa fonction essentielle. Tantôt il s'attribue une fond ion tout entière, comme c'est le cas pour l'administration de la justice et delà guerre, tanlùt il érige des établissements auxquels il autorise les établissements privés à faire concurrence, tantùl il accorde aux établissements privés un appui matériel ou se contente d'assuivr aux efforts libres la protection garantie par l'organisation générale du droit.

La force réelle de l'Etat consiste dans l'adhésion que le pouvoir politique réussit à obtenir dans l'ensemble du peuple. Plus un Etat est en mesure de laisser une grande liberté à l'individu, à la famille et à l'association de culture, sans dommage pour sa propre unité, plus il esl fort. Aussi l'étendue de la liberté personnelle et politique est-(41e un des principaux moyens déjuger le degré de développement d'un Etat.

La complète harmonie entre l'Etat et le peuple, la force et la liberté, l'unité et la multiplicité, est un but très lointain. Dans la réalité, chaque Etat laisse h désirer et ne répond que fort imparfaitement à sa notion. D'un coté, la force se manifeste encore toujours d'une manière plus ou moins brutale. L'exercice du pouvoir s'accompagne d'une beaucoup trop grande satisfaction de l'égoïsme humain pour ne pas prêter à des abus.

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