LE POUVOIR REPRESSIF DE TÉTAT
1. L'instinct de vengeance. — 2. Limitation du talion. — 3. Transfert du talion à l'Etat. Métamorphose de l'instinct de venfçeance. — 4. Fondement moral du droit de punir (Théorie pédagogi({ue de la peine). — 5. Critique de la doctrine du talion. — 6. De la mesure de la peine d^rès la doctrine du talion et la doctrine pédagogique,
\ — Historiquement la peine est sortie par évolution de l'instinct de vengeance et de compensation. Sous la forme la plus simple, cet instinct s'exprime par un mouvement de réaction contre une impression forte et douloureuse. On s'emporte contre l'agresseur réel ou supposé. Cet instinct est d'une part une forme spéciale de celui de conservation, on tant que le mouvement de réaction vise à l'éloignement de la cause douloureuse, de l'autre, il est lié au besoin de se mouvoir, de se donner libre cours, qui accompagne toute surexcitation de la conscience. Il agit aveuglément et ne connaît d'autres bornes que l'épuisement de sa force. Une action relativement faible peut amener la réaction la plus violente, si l'état antérieur était déjà surexcité, comme il suffit d'une petite étincelle pour provoquer une formidable explosion. Mais l'aveuglement ne se montre pas seulement dans l'absence souvent complète de tout rapport raisonnable entre l'action et la réaction, elle apparaît encore en ce qu'on ne fait aucune ditVérence entre la cause réelle et la cause apparente de l'action douloureuse et en ce qu'on ne prête aucune attention aux conséquences ultérieures de la réaction. L'essentiel est de donner libre cours à l'agitation et à la douleur internes : sur quels objets se fait cette décharge et dans quelle proportion, cela n'entre pas en ligne de compte.
L'évolution subie par l'instinct de vengeance au cours de l'évolution de la ^ie sociale et de la culture présente les caractères suivants : individualisation de l'objet contre lequel a lieu la