IV. — 8. THÉORIE DK LA CONSCiENCK MORALE
se représonter la loi morale comme plus ou moins semblable à une loi juridique, établit également une difTérence entre l'obligation et le mérite. C'est aussi le cas pour les moralistes portés à confondre en une seule l'exigence morale et celle de la société ou de l'opinion publique (Mill et Bain) ^
Il n'est pas facile de voir comment, à moins de s'en tenir a cette conception extérieure de la loi morale, on pourrait maintenir la distinction entre le devoir et le mérite. Celui dont la conscience est suffisamment développée doit sentir comme son devoir de faire tout ce qui est en son pouvoir pour favoriser le bien de l'univers, et en admettant qu'il dépasse ainsi le but posé par les autres ou par lui-même, est uniquement un signe que le but n'avait pas été placé assez haut. Il ne faut pas confondre ce que certains hommes attendent ou exigent avec ce qui se peut réellement obtenir. Même le plus haut sacrifice qu'un homme puisse faire est simplement son devoir si, dans les circonstances données, ce sacrifice est réellement utile et possible. La morale populaire s'en tient k un certain but habituel et moyen, elle se réjouit quand il est atteint et admire ce qui le dépasse. 11 peut être pédagogiquement juste d'attacher une certaine approbation (un certain mérite) aux actes s'élevant au-dessus de l'ordinaire, mais l'auteur de l'acte n'a pourtant la disposition d'esprit convenable que s'il a conscience d'avoir fait simplement son devoir et de n'avoir pu faire autrement. Le spectateur externe qui applique sa mesure moyenne admirera un acte la dépassant de beaucoup. Pourtant, cet acte peut très bien être issu, chez son auteur, du sentiment du devoir. Le niveau d'où partent les différents individus, dans leur jugement et leur action, n'est pas toujours à la même hauteur, et un sentiment hautement développé du devoir, une nature douée de grandes facultés, peuvent donner naissance à des actes qui paraîtront à d'autres surpasser le devoir. — En outre, ici comme ailleurs, la reconnaissance des grandes différences personnelles est décisive pour le débat.
peut écarter « des obstacles et des dangers » d'importance essentielle pour soi-même ou pour les autres, il serait contraire à un sentiment développé du devoir de ne pas le faire. - Cf. Mes remarques dans iiottinger Gelehrte Anzeigen. 1896, p. 305.
* Cf. mon ouvrage : Den engelske Fiîosofi i ror Tid (La philosophie anglaise contemporaine). Copenhague, 1874. p. 8:2 sqq.