IV. — 8. THEORIE DE LA CONSCIENCE MORALE
Il faut même évidemment admettre que le progrès lui-même amènera de nouveaux idéals et de nouvelles tâches. Gomme la comparaison entre la morale du civilisé et celle du sauvage nous montre que la première fait rentrer sous le point de vue moral de grands domaines que la seconde laissait complètement en dehors, ainsi en ira-t-il probablement de notre morale actuelle, si on la compare un jour avec un degré supérieur de l'évolution. Bien des circonstances se présenteront sans doute dont, par suite de notre esprit obtus, de notre ignorance et de notre égoïsme, nous n'avons pas encore compris la valeur morale. Chaque fois que nous croirons avoir atteint le but, l'idéal se relèvera encore plus haut.
Spenceu part (comme Kant) de cette idée que le sentiment du devoir est nécessairement lié à un sentiment de contrainte et par conséquent de peine. Mais l'idée de devoir, comme nous l'avons remarqué plus haut (III, 9), n'implique autre chose sinon qu'une considération plus bornée est subordonnée à une autre plus large, sans que cette différence ou cette opposition de supérieur à inférieur soit nécessairement sentie comme une contrainte. Le sentiment de contrainte peut disparaître sans que le sentiment du devoir ait pour cela fait son temps.
8. — Peut-on faire plus que son devoir? Peut-on acquérir du mérite en dépassant les exigences de la morale? — Cette question comporte seulement une réponse affirmative du point de vue qui se représente les exigences morales comme posées à l'individu du dehors, soit par une autorité surnaturelle, soit par d'autres hommes ; on peut dépasser une pareille exigence ou attente extérieure, mais non l'exigence interne de la conscience. Le catholicisme répond par l'affirmative. Il distingue entre le précepte et le conseil. En n'obéissant pas seulement aux préceptes, mais aussi aux conseils, l'homme acquiert un mérite spécial, surabondante La morale populaire, qui est portée à
* Mais on justifie parfois la difTérence établie entreprecep/umet consilium d'une manière qui va directement contre le résultat qu'on se propose. Pour établir qu'il est plus noble de sacrifier le bonheur présent, voici comment raisonne Cathrein [Philos, mor, p. 208) : « L'abandon des biens extérieurs n'éloigne pas seulement beaucoup d'obstacles et de dangers pour la paix, mais nous présente continuellement l'occasion d'e.xercer parfaitement la vertu ». — Et ce ne serait pas pour nous un devoir de faire un tel sacrifice, si nous en étions capables ? Ce doit toujours être notre devoir de réaliser tout le bien que nous pouvons concevoir et comprendre. Ce doit être notre devoir de nous acquérir du mérite, si nous en sommes capables. Si l'on