LA LIBERTÉ DE LA VOLONTÉ
1 La morale et la loi de causalité. — 2. Si>c sens dilTérents de l'expression « liberté de la volonté » : a. Liberté causale; b. Liberté de toute contrainte Bïtérieure: c. Liberté de toute contrainte intérieure; </. Pouvoir, force et capacité; e. Liberté du choix; /".Volonté dirigée par des motifs moraux. — 3 Déterminisme et indéterminisme : a. L'mdéterminisme rend impossible une conception totale de Tètre; 6. La détermination par soimême et la liberté causale s'excluent; c. L'indéterminisme fait de la voliton un hasard; (/. Le caractère moral de l'action dépend de sa connexion avec la personnalité totale; e. La forme atténuée de rindéterniinismeno fait qu'en multiplier les difficultés ; f. Nature psychologique et importance morale du repentir; g. Impuissance de la morale sans le déterminisme; h. Théorie et pratique.
1. — L'appréciation morale iaillit h l'origine du scnliment Mais elle doit son importance durable à la force qu'elle possède comme motif capable de déterminer la volonté. Par là elle devient elle-même une cause concourant à l'évolution vers le souverain bien. Il importe beaucoup de maintenir fermement que la conscience morale est elle-même une cause. Car c'est le véritable point de vue pour résoudre la question si souvent débattue de savoir jusqu'à quel point la morale peut consentir à admettre une application de la loi do causalité à la vie volitive de l'homme. On s'apercevra alors que non seulement la moralen'a nullement besoin de réclamer une restriction à la portée de cette loi, mais qu'une telle restriction lui serait au contraire funeste, bien plus, la rendrait impossible.
D'après une. opinion évidemment très répandue, toute vraie morale commence et iinit avec la croyance que la volonté humaine n'est pas, ou du moins pas tout entière, soumise à la loi causale. 11 ne saurait, pense-t-on, être question de responsabilité morale que si l'homme peut être le commencement absolu d'une série causale, c'est-à-dire être lui-même cause sans être effet. On désigne un pareil commencement absolu par l'expression assez impropre de « liberté de la volonté ». Une première
raison pour laquelle cette expression est assez impropre, c'est qu'elle peut être et est effectivement employée dans toute une série de sens divers, souvent confondus.
2. Appliqué à la volonté humaine, le mot « liberté » s'emploie au moins en six sens ditïérents.
a. Le seul et unique sens à envisager dans le débat sur « la liberté de la volonté » est celui d'après lequel une volonté « libre « n'est pas soumise à la loi de causalité, ne forme pas comme les autres phénomènes un des termes d'une série causale, est uniquement cause sans être effet. La liberté en ce sens pourrait être appelée « liberté causale ». C'est sur elle que porte le conflit, le détermisme la niant, l'indéterminisme l'admettant. Vouloir libreme7it c'est ici vouloir sans cause, sans dépendre d'aucun antécédent.
b. Liberté peut ensuite signifier simplement absence de C07itrainie extérieure. Ici par conséquent toutes les causes ne sont pas exclues, mais celles-là seulement qui se trouvent en dehors de la personnalité qui veut. Est libre celui dont la résolution n'est empêchée par aucune force externe de passer à l'acte. C'est donc bien plutôt la liberté de l'action que celle de la volonté dont il est question ici. J'ai la liberté de sortir de ma chambre si j'ai la clef dans ma poche et que la porte ne soit pas barrée ; dans le cas contraire, je ne suis pas libre et il me faut rester où je suis.
c. Liberté peut aussi vouloir dire liberté de toute contrainte intérieure. On dit souvent d'une volition issue de la douleur ou de la crainte qu'elle n'est pas libre, par opposition à celle qui résulte du plaisir ou de l'espérance. Même si la porte est ouverte, il se peut que je ne sorte point, de crainte d'être assailli par un ennemi embusqué. En pareil cas, je ne fais pas ce qui me plaît ; je sens un obstacle qui m'empêche d'agir avec l'adhésion pleine et entière de mon esprit. « Tu te bâtis une maison, dit Saint- AuGUSTix, parce qu'autrement tu n'aurais pas d'habitation. C'est donc la nécessité, non le libre arbitre qui te pousse à agir. » La volonté « libre » prise en ce sens est ce que, dans le langage ordinaire, nous appelons notre « bonne » volonté. Dire que je ne fais pas quelque chose de « bonne » volonté, cela signifie que je le fais à contre-cœur, que je le fais, mais avec un grand déplaisir, parce que je préfère un moindre mal à un plus grand. Celui qui livre sa bourse au voleur le menaçant de mort,