‹ Morale [microform]Chapitre 59 sur 284 · V. — 2, d. LA LIBERTÉ DK LA VOLONTÉ · texte numérisé non relu

V. — 2, d. LA LIBERTÉ DK LA VOLONTÉ

agit à bon escient et de propos délibéré; pourtant il peut dire : « je- l'ai voulu par force » (coactus volui^ selon l'excellente expression d'un ancien jurisconsulte romain) ^.

d. Dans un quatrième sens, la « liberté » signifie le pouvoir y la force et la capacité de la volonté. Il s'agit ici de savoir combien la volonté peut faire, non dans quelle mesure elle dépend ou non des antécédents. On peut être indéterministe et par conséquent penser que la volonté n'est déterminée par aucun antécédent, tout en admelant que cette volonté libre a très peu d'importance dans le monde. D'autre part, on peut être déterministe et par conséquent penser que la volonté est entièrement déterminée par les antécédents, et cependant admettre que cette volonté déterminée joue dans le monde un rôle considérable. La fameuse querelle entre S.vint-Augustin et Pél.^ge roulait à vrai dire beaucoup plus sur la force et la capacité de la volonté (de la volonté humaine naturelle-) que sur le rapport de cette volonté avec le principe de causalité. Il s'agissait de décider si l'homme a besoin d'un secours surnaturel pour bien faire, c'est-à-din* si la nature humaine dispose de motifs suffisants, mais non si des motifs sont nécessaires en général. On sait que la querelle fut reprise au temps de la Réforme. La confession d'Augsbourg (ï, 18) emploie aussi comme synonymes les mots force ou pouvoir (pis) et liberté (libertas). Combien il est facile de confondre ce sens du mot avec celui que nous avons énuméré le premier (la liberté causale) c'est ce qu'on voit par l'usage que les indéterministes font souvent du mot « pouvoir ». Us parlent de la liberté comme du pouvoir d(* poser un commencement absolu. Mais s'ils distinguent entre le commencement réel lui-même* et le pouvoir de le poser, alors la

' Cf. Ihering : DerZireckim Recht. I, 2* Aufl. p. 17.

■* Saint Augustin soutenait que la volonté humaine est divisée contre elle-mrmc et incapable de s'élever par la vérité. « L'àme s'ordonne de vouloir... et ne le Icrait pas si elle ne voulait déjà. Pourtant ce qu'elle ordonne n'a pas lieu. C'est qu'elle ne veut pas de tout son être {ex loto) et par suite ne commande pas de tout son être... Si la volonté était entière {pletia), elle ne se commanderait pas d'être, car elle serait déjà... C'est une maladie de l'àme; car elle ne se dresse pas tout entière, soulevée sans doute parla vérité, mais appesantie po^r l'habitude. Kl c'est pourquoi il y a deux volontés, l'une d'elles n'étant pas entière: l'une possède ce qui manque à l'autre... C'est moi qui voulais, et c'est moi qui ne voulais pas... Aussi étais-je en lutte contre moi-même et me dispersais-je moimême [dissipabar a me ipso) [Confessions VIII, 9-10].

2, e. LA LIBKRTK DE LA VOLONTÉ

volonté, la volition réelle, devient évidemment dépendante de son « pouvoir ». Pourtant, d'après un indéterminisme rigoureux, rien ne doit précéder la volonté « libre », pas même le pouvoir. Car si le mot « pouvoir » a un sens , il doit désigner les conditions de notre nature requises pour que nous puissions exécuter une certaine action. Le pouvoir de la volonté ne peut raisonnablement signifier que les conditions internes nécessaires pour qu'une volition se produise.

e. Très souvent on entend par a liberté » de la volonté la libeiHé du choix, le pouvoir de choisir. Or le choix ne suppose aucunement que la loi causale cesse de s'appliquer. Il suppose seulement qu'on possède les idées de plusieurs actes possibles sur lesquelles on réfléchit, c'est-à-dire que l'on compare entre elles. La détermination de l'acte h exécuter ne dépend pas dès lors d'une impulsion momentanée ou d'émotions passagères, mais elle est provoquée par un débat interne entre une multitude d'idées, d'images et de sentiments. La « liberté » ne signifie pas ici le contraire de la nécessité, mais celui de l'aveuglement. La liberté de choix manifeste une nécessité plus profonde, plus complexe que ne fait l'acte produit par les émotions et les impulsions passagères. La volonté « libre » veut dire ici : la volonté mûre, consciente de soi et qui pourtant, au moment du choix, dit : je no puis faire autreuKMit. Il peut sembler au spectateur du dehors que l'homme aurait pu, au même moment, « tout aussi bien » vouloir le contraire; par exemple que Luther à Worms eut pu « tout aussi bien » en appeler. Mais pour qui connaissait le caractère d(» Luther et tous les mouvements de son âme, il devait nécessairement paraître impossible qu'il voulut autrement qu'il ne l'a fait. Le spectateur du dehors ne connaît pas les conditions internes qui font pencher la balance. Or la conception populaire joue ordinairement à l'égard de la volonté le rôle d'un simple spectateur externe.

Celui qui connaît seulement mie possibilité ne peut choisir, il « n'a pas le choix ». Mais qu'il en connaisse seulement une^ cela peut tenir h des causes très diverses. Ce peuvent être une expérience limitée, un usage négligent des expériences faites, une indisposition momentanée, la passion, la faiblesse ou même une maladie mentale. Les mêmes causes expliquent aussi que pendant la réflexion les diverses possibilités ne se présentent pas avec autant de netteté qu'elles le feraient autrement. Mais tout

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