VI. — 3. LE MAL MORAL
Aussi l'idée théologique d'un a péché contre le Saint-Esprit » contient-elle une impossibilité psychologique. Luther dans un sermon sur ce thème le représente comme « un péché diabolique qui, bien qu'il soit publiquement convaincu, ne veut cependant pas être convaincu nK Mais si l'on ne vew^pas se laisser convaincre, comment donc peut-on être convaincu? Tant qu'on ne veut pas se laisser convaincre, il faut bien qu'il reste dans l'esprit quelque partie que la conviction n'a pas pénétré avec toute son efficacité; comment sans cela une pareille volonté pourrait-elle naître? — Luther poursuit : «Quand un homme en vient, pour défendre ses crimes, à ne vouloir rien entendre ni rien voir, tout conseil et tout secours deviennent inutiles ». Se défendre c'est évidemment invoquer des raisons, c'est donc reconnaître encore la force de la vérité, sauf qu'on ne reconnaît pas pour la vérité ce que ses adversaires appellent ainsi. Il reste donc encore quelque chose de bon. Ne reconnaître absolument aucune vérité, voilà qui serait tout à fait satanique, mais cela finirait par amener la perte entière de tout sens et de toute pensée et l'impuissance complète. La méchanceté absolument conséquente serait donc l'absolue sottise.
3. — xV un degré plus loin que l'aveuglement se trouve V endurcissement. Mais lui non plus n'est pas identique à la méchanceté consciente. L'endurcissement c'est l'aveuglement qui s'est fixé, qui s'est si bien incorporé au caractère qu'un
moi de défendre la peinture tout entière du caractère de Rcbecca, mais une de ses réponses du moins est l'œuvre d'un maître : « Et puis n'y a-t-il donc pas dans tout être deux sortes de volonté? Je voulais écarter Félicie, l'écarter dune façon ou d'une autre. Et pourtant je ne pouvais croire que les choses en viendraient là. A chaque pas que je tentais, que je hasardais en avant, j'entendais comme une voix intérieure qui me criait : Tu n'iras pas plus loin ! Pas un pas de plus ! et néanmoins je ne pouvais pas marrèter. Je devais continuer encore, quelques pas seulement. Rien qu'un pas, un seul. Et puis encore un... et encore un. — Et tout a été consom?né... ! C'est ainsi que ces choses-là se passent. » (trad. du norvégien par Prozor Paris, Savine. 1893. 1, p. 298-9). — Un auteur de moindre rang l'eût dépeinte comme une diablesse dressant son plan en toute connaissance de cause et calculant avec habileté les multiples petits coups d'épingle qui devaient la conduire au but.
* Luther ajoute : Je n'eusse jamais pensé que ce péché existât dans le monde, alors que j'étais un savant docteur ». Mais plus tard il appréhendait que les papistes qui en étaient arrivés à ne rien pouvoir objecter contre la vraie doctrine ne restassent plongés dans ce péché (Irmischer : Luthers deutsche Katechetische Scliriften,l\\, p. 77 sqq). — Gomme savant docteur, Luther était meilleur psychologue que comme grand agitateur.