‹ Morale [microform]Chapitre 69 sur 284 · VL — 2. LE MAL MORAL · texte numérisé non relu

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jouissance, à la satisfaction des désirs et des tendances du moment. Chez les natures actives, il amène un besoin inconsidéré d'agir, la recherche de l'indépendance, l'ambition ou le fanatisme. Ici encore peuvent se développer la dureté et la cruauté, surtout si la faculté qu'on a soi-même de supporter la douleur est petite. Il se peut qu'on fasse souvent de grands sacrifices et de grands efforts pour satisfaire le besoin de sentir ses propres forces, l'amour égoïste de la puissance. C'est alors le mal sous sa forme héroïque. Sous toutes ces formes, l'individu s'enfonce en lui-même, se prend lui-même pour centre et rend impossible un parfait dévouement. On pourra en trouver encore d'autres si l'on prend garde aux multiples substitutions de motifs rendues possibles par la disposition originelle, et si l'on songe en même temps à l'action modificatrice des conditions historiques et sociales. Le mal n'est pas un phénomène seulement psychologique mais encore social.

2. — Nous insisterons un peu plus sur la question de savoir quel degré de conscience peut exister dans les états que nous venons de décrire. Lorqu'on prononce la qualification decc mauvais )), on se place à un point de vue que ne partage pas celui auquel cette qualification s'applique. L'homme pour qui le présent est tout, ne partage évidemment pas les idées de l'individualiste, ni l'individualiste les idées de celui qui se préoccupe de la famille, d(^ la race, de l'état ou de l'espèce entière. Si l'individu placé au point de vue inférieur ou plus étroit avait la conscience claire et parfaite de mériter cette qualification, les sentiments corrélatifs et les tendances correspondantes seraient mises en mouvement, son caractère et son action deviendraient autres. Le mal renferme toujours de l'ignorance et de l'aveuglement, de l'ignorance en tant que les représentations ne sont ni claires ni complètes, de l'aveuglement, en tant que les sentiments et les passions qui dominent empêchent le développement convenable des représentations. Il se peut qu'on ait l'idée d'un autre degré de vie, mais cette idée n'acquiert aucune force, n'excite aucun sentiment vif, ne pénètre pas jusqu'au moi réel. Au fond, Socraïe avait raison de penser que toute faute est ignorance, pourvu que par là on entende quelque chose de plus que des lumières insuffisantes de l'entendement, ou pourvu qu'à l'ignorance on ajoute l'aveuglement, afin d'exprimer que ce n'est pas seulement la connaissance juste qui fait défaut, mais qu'en

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outre dos obstacles positifs l'empcchont de se développer et de ré-ner sur le cœur. Ceux qui agissent mal « ne savent pas ce qu'ails font » La cause en est sans doute plus profonde que Socrate ne le pensait, plus profonde en tout cas qu'il n'a réussi à l'exprimer. Mais la connaissance de soi-même, réclamée par lui mettra en lumière, si on la pousse suffisamment loin, la tendance inconsciente qui forme la base cachée du point de vue tout entier. C'est pourquoi toute morale doit en définitive être

d'accord avec Socrate.

Une volition proprement dite implique évidemment la conscience de ce qu'on fait. Aussi faut-il distinguer ici entre la con^^cience des circonstances matérielles auxquelles l'acte se rapporte et celle du caractère moral qu'il présente. L'ignorance et l'aveuglement n'ont pas besoin de porter sur les circonstances de fait. Je puis nettement savoir ce que je fais, comme l'inquisiteur sait ce qu'il fait quand il condamne un homme à mort a cause de sa foi, sans connaître que cela est condamnable d'un point de vue moral plus élevé. Une telle connaissance rendrait l'acte impossible, car il est psychologiquement impossible d'agir contre sa conviction nette et entière, h moins qu'elle ne soit obscurcie et refroidie par d'autres impulsions.

On pourrait croire cependant avoir affaire à une volonté ainsi dirigée contre notre connaissance la plus certaine, dans le cas ou l'homme cherche à obscurcir sa conscience morale, pour s'affranchir de la division et de la dualité qui se produisent lorsque celle-ci ne peut arriver de suite à l'emporter, ou bien dans le cas où l'homme cherche à empêcher de se produire des pensées dont il craint qu'elles ne modifient son appréciation présente et son système actueP. Mais en pareil cas la conscience morale supérieure n'a pas encore pris solidement pied; sans quoi le caractère pénible de l'état de division ne pourrait pas devenir le mobile dominant. On ne fait pas le mal avec la conscience claire et complète que cela est mal-.

* Voyez Psychologie, VI, F, 2 (fin).

'- C'est seulement de nos jours que les grands aut'iurs ont apporte dans la descrip "on du mal une psychologie plus subtile et plus profonde que celle qui se trouve au fond du type satanique ordmaire. type que bhake^peaX-mVme a encore beaucoup trop reproduit dans son i^.c/.an m et sonC Au premier rang de ces nouvelles tentatives il faut mettre le Raskolnikow de DosTOi.wsK.. Je dois cependant mentionner aussi une r We isolée dans le « Rosmersholm « d'IesEN. Je ne saurais prendre sur

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