NÉCESSITÉ DE MOYEN
hors de sens, peuvent-ils donc croire, et sont-ils justement damnés s'ils ne croient pas? Si croire était uniquement actuel, nous devrions répondre négativement à ces deux questions. Mais il est aussi habituel, et nous devons répondre affirmativement. Oui, tous les hommes peuvent, moyennant certains concours et certaines conditions favorables, devenir par le baptême habituellement fidèles, croyants par la foi infuse, fidèles et croyants par la vertu de foi. Le baptême aujourd'hui, comme autrefois la circoncision et « le sacrement de nature, » leur procure cette croyance habituelle, et par elle le salut. Mais s'ils ne l'ont pas reçue, s'ils ne sont pas fidèles de vertu, ils sont inévitablement frappés de la sentence portée contre qui « ne croit pas, » contre qui est « incrédule au Fils de Dieu. » — Ce n'est pas le moment de justifier cette loi divine, universelle, inexorable (1); il suffît d'en avoir ici constaté l'existence et d'en avoir précisé la signification et la portée.
272. — Il est de notre devoir à tous, conformément au bon sens le plus élémentaire, de prendre les moyens essentiellement et absolument nécessaires pour atteindre la fin suprême à laquelle nous sommes destinés; et nulle dispense ne peut jamais nous être donnée de la nécessité de moyen qui en résulte. — Or, la vertu de foi, la foi habituelle ou infuse, est essentiellement et toujours inséparable, comme nous le savons par le concile œcuménique de Vienne, de la vertu de charité et de la grâce sanctifiante (2) ; et celles-ci sont tellement requises pour obtenir la gloire céleste, que nulle exemption ne saurait être accordée à leur sujet (3). La foi habituelle se trouve être ainsi la racine et le commencement du salut, lequel n'est jamais complété s'il n'a eu de commencement et de racine. L'impossibilité physique d'avoir la grâce et la
(1) Voir notre Traité de Dieu consommant ses œuvres: et notre volume intitulé Morts sans baptême, p. 103-122.
(2) Cf. ci-dessus, n° 213.
(3) Voir Traité de Dieu consommant ses œuvres.-
foi habituelles pourra bien préserver les enfants morts sans baptême des tourments de la damnation, mais elle ne les préservera jamais de la relégation hors du paradis (1).
21S. — L'obligation d'avoir la vertu de foi est donc souverainement grave; et un adulte ne pourrait se rassurer, avant de l'acquérir ou après l'avoir perdue, par la contlance certaine qu'il aurait de faire des actes de foi véritables et surnaturels. Je ne dis rien de la difficulté d'avoir cette confiance absolue; et je veux bien supposer qu'on puisse l'avoir par quelque révélation divine : mais cela môme ne dispenserait pas de chercher dans le baptême ou dans la pénitence, et à leur défaut dans la contrition parfaite, la possession de la foi habituelle. N'en pas vouloir, serait vouloir persévérer dans l'état de péché mortel, et s'exclure ainsi soi-même de l'éternel salut. — Pratiquement donc, cette obligation d'avoir la vertu de foi est identique à celle de recevoir les sacrements de baptême et de pénitence ou à celle de faire un acte de contrition parfaite, quand on n'a pas encore ou quand on a perdu la grâce habituelle. — Théoriquement et logiquement, ce devoir est le premier et le principal de tous, étant relatif au commencement de la justification et à la racine de la gloire céleste (2).