I. — Avoir la foi
Théorème XXXVL
268. — Nulle âme humaine na jamais pu et ne pourra jamais arriver au salut éternel sans posséder la. vertu de foi théologale, qui est d'obligation essentielle et de nécessité de moyen.
269. — Nous entrons dans l'étude morale de la foi immédiatement divine, et nous allons déterminer nos devoirs à son sujet. Nous avons eu déjà sans doute l'occasion fréquente de les indiquer, et nous avons établi longuement les principes théoriques dont ils découlent. Mais il nous importe d'en traiter spécialement et avec un assez grand détail. — Ces devoirs se divisent en deux classes : devoirs nous obligeant à êti^e fidèles, et devoirs nous obligeant à ne pas être infidèles; ou bien, ce qui revient au même, devoirs positifs et devoirs négatifs. — La première catégorie se subdivise en quatre points : avoir la foi, faire l'acte de foi, réitérer l'acte de foi, manifester sa foi. — La deuxième se partage en trois seulement : ne pas perdre la foi; ne pas pécher contre la foi; ne pas dissimuler sa foi. — Dans le présent Théorème, nous commençons à examiner le premier devoir positif, qui est à' avoir la foi ; et parce que cette formule peut signifier avoir la foi habituelle ou exercer la foi actuelle, avoir la foi comme vertu ou la déduire en acte, nous considérons
ici la vertu de foi seulement, renvoyant au Théorème suivant Y acte de foi.
270. — Dans l'économie surnaturelle où nous sommes placés, il nous faut absolument avoir la foi habituelle ou infuse quand nous quittons ce monde pour comparaître au tribunal de Dieu. Personne ne fut ni ne sera jamais dispensé de ce devoir. Avant comme après Jésus- Christ, les enfants comme les adultes, les gentils comme les juifs et les chrétiens, les ignorants comme les savants, les insensés comme les sages, sont soumis à cette condition qui est de nécessité de moyen, comme on dit, en même temps que de nécessité de précepte (1).
271. — a) La nécessité de précepte que la loi divine nous impose, et qui crée pour nous le devoir de posséder la vertu de foi ou d'être fidèles par état habituel, est clairement affirmée par les textes bibliques condamnant, sans aucune restriction ni exception, « quiconque ne croit pas » (2), (( quiconque est incrédule au Fils » de Dieu (3). — Les petits enfants, les malades d'esprit, les vieillards
(1) Nous avons posé, en Morale surn. fondam. (n<» lo8-lo9, 666-667), les principes d'où est sortie cette distinction célèbre. Elle est assez mal formulée, car l'obéissance aux préceptes est un moyen nécessaire pour arriver au salut, et tout moyen nécessaire diU salut est certainement de précepte naturel ou positif. Ce que l'on veut dire, et qui est très exact, le voici. — i. Étant donnée une fin, un but que l'on doit absolument atteindre, il y a des moyens tellement liés avec lui qu'on ne peut les rejeter sans le rejeter lui-même, qu'on ne peut en dispenser à aucun prix, qu'on peut bien ne les avoir pas à sa disposition et conséquemment ne pas être coupable de ne les pas employer, mais qu'on ne peut arguer de cette innocence pour réclamer et obtenir le but poursuivi. Telle est est la nécessitas medii, la nécessitas finis, qu'on nommerait peut-être plus clairement nécessité absolue ou indispensable. — 2. Outre ces moyens absolument nécessaires, il en est souvent d'autres qui sont fort utiles, fort commodes, fort convenables, et que l'autorité divine ou humaine prescrit par un acte positif de volonté. Ils deviennent ainsi nécessaires, mais seulement d'une nécessitas pnvcepti découlant de l'acte libre de l'autorité et non de la nature même des choses. Ils peuvent être rendus facultatifs par l'autorité qui les avait faits obligatoires, et leur nécessité n'est pas indispensable. Si l'on est dans l'impossibilité d'obéir t\ l'ordre qui les prescrit, non seulement on ne pèche pas, mais on a la ressource d'employer quelque moyen essentiel ou indispensable de la catégorie antérieurement décrite en cotte note ; ils ne sont donc pas de nécessité al/soluc. Leur nécessité pourrait s'appeler exactement nécessité relative et dispensai/le.
(2) Mahc, XVI. iG; Joax., xvi 9.
(3) Joax.. m, :U>