INTRODUCTION
mises, et qui n'est évidemment pas celui de la dignité ni de la valeur, puisque incontestablement a la charité est la plus grande », et qu'elle demeure dans l'autre vie où la foi et l'espérance actuelles n'auront plus de rôle à remplir (1), — la foi précède logiquement et physiologiquement, si je puis parler de la sorte, l'espérance et la charité qui obéissent au principe fameux de la nécessité de connaître avant que d'aimer (2); et l'espérance, à son tour, est la voie logique et physiologique par laquelle on va de l'amour intéressé à l'amour désintéressé, de l'affection pour les biens à la charité pour le bienfaiteur lui-même. Et cet ordre « de la foi, de l'espérance, de la charité, ces trois choses », sera celui des trois Chapitres du présent Traité (3).
Théorème V.
20. — Encore que les vertus théologales soient essentiellement surnaturelles, et que Dieu seul puisse les former et les établir en notre âme, nous devons pourtant reconnaître et soigneusement étudier les analogies qu'ont avec elles certains actes naturels et préternaturels de même nom qu elles,
21. — La foi, l'espérance et la charité théologales, sont des grâces permanentes et actives dont la source n'est jamais dans la nature humaine, mais dans l'immédiate et gratuite opération de Dieu sanctificateur (4). Aussi les dit-on essentiellement et uniquement surnaturelles, essentiellement et uniquement m/a^e^, par opposition aux vertus acquises ou possibles à acquérir par les forces et les actes de l'homme. Jamais celui-ci, livré à ses propres ressources, ne pourrait croire, espérer, aimer théologale-
(1) Nous disons la foi et l'espérance actuelles, car rien ne s'opposerait, comme on le verra par la suite, à ce que Dieu révélât aux élus quelque nouvel objet de foi, inconnu d'eux; et à ce qu'il leur proposât quelque bu-a accessoire à espérer, comme ils peuvent espérer, avant la consommation du monde, la résurrection glorieuse de leur corps.
(2) NU volitum qiiin prœcognitum.
(3) Cf. Sum. tUeoL, 12, q. 62, a. 4.
(4) Voir noire l'raité de ce nom.
ment, ni par conséqueat obtenir l'habituel pouvoir, la puisi:^ance ordinaire, d'où ces opérations théologales dérivent, — Mais il serait faux de penser que dans l'ordre purement naturel, ou dans l'ordre presque angélique auquel nous pouvons être préternaturellement élevés (1), nous n'ayons ni foi, ni espérance, ni dilection, relativement à des objets profanes ou même religieux et divins. En réalité, nous sommes psychologiqu-ement capables de croire au témoignage de l'homme et de l'ange, d'espérer dans leur fidèle secours, d'aimer leur bonté ou celle qu'ils nous manifestent en dehors d'eux; et s'ils nous proposent relativement à Dieu quelque vérité, quelque promesse, quelque perfection, ils nous mettent, par le fai même, en état de leur répondre par des actes religieux mais non surnaturels de foi, d'espérance et d'amour.
22, — Est-il indifférent, pour la bonne marche de notre Traité des Vertus Théologales, de savoir ou d'ignorer ces sortes d'analogies naturelles et préternaturelles? Est-il superflu d'examiner ce que c'est de croire, d'espérer, d'aimer, en simple philosophie ou en pneumatologie (2)? Nous ne saurions nous résigner à le penser ; et nous sommes très persuadé, au contraire, que beaucoup de confusions, d'obscurités, d'inexactitudes, qu'il faut déplorer en cette matière, viennent de la négligence qu'on apporte à comparer le naturel ou le préternaturel avec le surnaturel, l'humain ou l'angélique avec le divin, les habitudes acquises avec les vertus infuses. — Notre méthode, dans le Chapitre qui va suivre, consistera donc à considérer successivement la foi naturelle, la foi préternaturelle, la foi surnaturelle; et nous procéderons de nême en son temps pour l'espérance et pour la charité, quoique le préternaturel offre peu à dire relativement à ces deux dernières vertus.
(1) Cf. Logique surn. subj., Théorème III.
(2) Ce mot est employé par quelques moiiernes pour indiquer la théorie des auges et de leurs rapports avec l'homme.