INTRODUCTION
Théorème IV.
16. — Quoique réellement distinctes entre elles, les vertus théologales 07it trop de liens intimes et de mutuels rapports pour nétre pas étudiées dans un seul et même Traité divisé en trois Chapitres.
17. — La foi, l'espérance, la charité, « ces trois choses,» ne seraient qu'imparfaitement distinctes, si Tobjet direct et formel qu'elles ont en vue était perçu tel qu'il est en soi et dans sa réalité infinie. Car la vérité divine, la véracité divine, la bonté divine, ne sont pas plus séparablcs en Dieu qu'elles ne sont séparables de Dieu : elles sont objectivement 'i^rt avec Dieu, un en Dieu. — Elles ne commencent à se distinguer que dans la manifestation révclce qui nous est faite de l'une à part des autres : « Le Christ est vérité » (1); «Dieu est vrai et fidèle dans ses paroles » (2); « Dieu est charité » (3). — Elles se distinguent davantage dans leurs œuvres, puisque les effets de la science divine ne sont pas ceux de ses promesses,
(1) I .FOAN., V, 6.
l2) «OM., in, 4; I COR., X, iS.
(3) I JOÀN,, iV, g.
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ni ceux de sa bonté (1). — Elles se distinguent enfin plus clairement et plus nettement dans les trois puissances surnaturelles qui leur répondent en nous et qui sont inégales, séparables, et en conséquence pleinement individualisées : « La foi, l'espérance, la charité, ces trois choses; mais la charité est la plus grande)) (2). On croit parfois sans espérer; on croit et on espère parfois sans aimer (3). La raison en est que l'opération de la volonté ne suit pas toujours et nécessairement celle de l'intelligence: et que la volonté n'aime pas toujours nécessairement la bonté personnelle essentielle, d'un bienfaiteur dont elle aime les promesses et désire les grâces (4).
18. — Les vertus théologales sont donc réellement et complètement distinctes dans le sujet qui les reçoit, bien que Vobjet auquel elles tendent soit parfaitement et entièrement un. Elles conservent pourtant, de leur intime l'elation avec celui-ci une sorte de consanguinité surnaturelle et très intime entre elles trois. — La foi tend spontanément à l'espérance et à la charité; l'espérance est déjà un amour qui trouve sa fin et son couronnement dans la charité. — Qui perd l'espérance, perd immédiatement la charité; qui perd la foi, perd fatalement l'espérance et la charité, encore que la perte de la charité n'entraîne pas nécessairement celle de la foi et de resi)érance, pas plus que la ruine de l'espérance ne consomme la ruine de la foi. — Si donc elles ne sont pas trois éléments aussi essentiellement corrélatifs que les trois côtés ou les trois angles d'un triangle, elles ont une parenté assez étroite pour que nous les réunissions en un seul Traité dont chacune occupera un Chapitre. Ainsi marquerons-nous mieux tout ce que nous voulons l'aire savoir de leur intime union.