DE L'AUTEUR
On ne saurait trop mettre Fliomme sur la voie de réfléchir, de rentrer en lui-même ; d'étudier sa nature, ses passions, sa destination, ses devoirs; d'examiner les principes et les règles qu'il doit suivre pour se bien conduire. C'est la légèreté, l'inconsidération, la dissipation qui, plus que tout le reste, est cause qu'il s'égare, qu'il offense Dieu sans beaucoup s'en mettre en peine, qu'il oublie les vérités surnaturelles pour suivre les impressions des sens, qu'il en vient jusqu'à perdre la foi et la religion. Les méchants de sang-froid et par système sont rares. La plupart sont entraînés par leurs passions, par la séduction, par le respect humain : suites ordinaires du défaut de réflexion.
Aussi la morale qui nous rappelle à nous-mêmes, et nous apprend à nous connaître, a-t-elle toujours passé pour la plus intéressante de toutes les sciences ; et ceux qui l'ont le mieux enseignée, pour les principaux bienfaiteurs du genre humain. Les auteurs qui en traitent avec succès, sont les plus lus et les
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plus estimés ; et les plus célèbres philosophes de l'antiquité lui doivent leur réputation.
C'est par la morale bien plus que par les raisonnements spéculatifs, qu'on s'insinue dans les esprits, qu'on gagne les cœurs, qu'on parvient à corriger les hommes. C'est aussi par les appas d'une fausse morale qu'on les séduit et qu'on les pervertit. Tel est l'artifice qu'ont employé plusieurs écrivains de nos jours, et Piousseau en particulier. Son zèle hypocrite pour les bonnes mœurs, qu'il anéantit en paraissant les venger ; ses déclamations éloquentes, mais outrées et pleines d'amertume, contre les vices qu'il fayorise, et qu'il rend même aimables, en faisant semblant de les attaquer ; son ton, son langage qui ne respirent en apparence que la probité et la vertu, lui ont concilié plus de partisans et d'amirateurs, et ont fait plus de mal que tous ses paradoxes et ses sophisraes.
Or, j'appelle morale fausse, non-seulement celle qui porte sur l'orgueil, sur l'intérêt, sur la volupté, qui concentre l'homme en soi, et lui apprend à rapporter tout à lui : mais encore celle qui voulant s'appuyer uniquement sur la raison, met à l'écart toute révélation, et réduit tout à la loi naturelle interprétée au gré de chacun. C'est un principe de saint Augustin, qu'on ne peut séparer la philoso})hie de la religion. C'en est un autre puisé dans l'idée de tous les peuples, que la religion doit nécessairement être révélée, et avoir Dieu pour auteur. Si donc la religion chrétienne est la seule dont la révélation soit constante et bien prouvée, la morale chrétienne est la