PRINCIPES PROPRES DE LA MORALE DES IDEES-FORCES XV
qu'on accepterait la première proposition, il faut rejeter la seconde. La morale, selon nous, peut et doit acquérir les qualités qui caractérisent la science.
Au i>oint de vue logique, une vraie science exige d'abord la spécificité de son objet, qui seule justitie logiquement la spécialité de l'étude consacrée à cet objet. Or, l'idée-force de moralité ou de désintéressement en vue de l'universel est spécifique et sni <jeneris : elle ouvre à la pensée et à la volonté un monde nouveau. Une science exige ensuite l'indépendance et X'aulonomie de ses méthodes. Nous verrons que celle indépendance existe en morale, surtout si on y intro- <luit la méthode des idées-forces, qui n'implique autre chose que l'idée même et son action. Une science exige encore la spontanéité de son développement dans sa sphère i)roj)re: cette spontanéité est réalisable |)Our la morale, notamment pour celle des idées-forces. Enlin une science exige la solidarité avec les autres sciences, qui lui fait subir leur inlluence par un [)erpétuel échange de découvertes et de conceptions générales. C'est encore ce qui a lieu pour la morale et, plus particulièrement, pour celle des idées-forces, liée à toutes les sciences par les idées mêmes qu'elle leur emprunte.
Au point de vue i)sycliologi(pie, une vraie science implique la conformité de ses principes et de ses conclusions, avec le contenu et les formes ultimes de l'ex périence, notamment de l'expérience intérieure, condition de toutes les autres. Ces principes et ces conclusions doivent avoir pour caractères: la nécessité, i'[?ii\l donnée notre constitution mentale. Viiniversalilé du droit, sinon de fait, qui dérive de la nécessité même, ï impersonnalité on le désintéressement, qui découle de l'universalité, enfin l'efficacité dans la conduite de la vie individuelle et collective. La morale des idées-forces (iiVrira tous ces caractères. Elle sera l'expérience même en sa source consciente et en son développement actif, où l'idée se révèle énergie. Elle ne sera jtas pour cela cet empirisme extérieur et de surface auquel se tiennent les positivistes et évolutionnistes, pas plus qu'elle ne sera le rationalisme abstrait, objectif ou subjectif, aui|uel