PHINCIPES PROPRES DE LA MORALE DES IDEES-FORCES XIH
feste la prétention à no pas èti'e traité ooinme une chose : nous nous sentons alors devant une force su[)érieure. La volonté d'être respecté rend respectable.
A tous les points de vue, rimnianence est manifeste dans la morale des idées-forces. puis(iu'elle trouve en elle seule son principe, l'idée, et son grand moyen d'application, la force de l'idée. Fondée sur la conscience comme condition de la connaissance et de l'action, la morale des id(''es-forces exclura le transcendant ; le « transcendantal » même n'y sera plus une simple forme, mais se ramènera à la conscience de la réalité intérieure. Raison, conscience et expérience ne feront plus qu'un.
Les sciences positives ont rejeté avec raison de leur domaine les spéculations de la métaphysique. Comment appartiendrait-il au physicien de disserter sur l'essence de la matière et de la force ; au biologiste, sur l'essence de la vie? A propos de la morale, il y a des spéculations transcendantes qui doivent être également réservées aux métaphysiciens : elles ne viennent qu'à la suite des problèmes proprement moraux, étudiés par les méthodes de la science. Elles concernent ce que Kant appelait les postulats de la raison pratiqm» : essence de la liberté, raïqiorts de la contingence avec la nécessité, destinée humaine, conditions de la possibilité du souverain bien et de l'accord complet du bonheur avec la vertu, représentation hypothétique de ces conditions sous la l'orme du divin. Voilà vraiment le domaine de la « métamorale ». Mais, quand nous nous demanderons ce qui constitue l'idée morale elle-même, quand nous rechercherons son origine dans la constitution de la conscience, ([uand nous analyserons l'acte moral, c'est-àdire l'intention désintéressée, quand nous rechercherons la nature de cette intention, son orifjine et ses l'ins. ainsi que laclassitication hiérarchi(iue de ces tins ou valeurs, est-ce que nous ferons de la métamorale? Loin de là, nous serons en plein dans la morale et ce sont les autres qui restent en dehors, l^cartons ou ditféronsla métamorale, mais n'écartons pas la morale elle-même, ((ui s'impose à toute vie consciente de soi. Il nous semble contraire à
XIV PBEFACl-:
la science de considérer la moralité comme une simple « chose » vue du dehors. En fait, la moralité se vuit et se sent elle-même ; son idée est précisément ce qui la constitue : elle est une conception (pii se réalise, non pas une réalité qui se verrait toute laile. Elle n'existe pas seulement en soi, mais jxjur soi; elle doit s'apparaître, ou plutôt, car il ne s'agit pas ici d'aj)par('nce, elle doit se l'aire elle-mènic en se concevant et l'n se voulant ; elle doit exister à la l'ois pour soi et \n\v soi. L'idi'C morale est donc non seulement autonome, mais automoti'ice. Au lieu de ramener entièrement la moralité aux mœurs et lois données de fait, il faut y voir le contraire du donné, du cristallisé, du (i^'é ; il faut y reeonnaitre ce (jui (hjune sans cesse du nouveau, ce qui anime le réel donné et le transforme par la conception d'une réalité supérieure. Nous r(''tal)lirons i)artout le {.^rand ressort qui seul peut mouvoir tout mécanisne, la grande pulsation centrale qui seule peut animer tout organisme.
Hemi)lacant partout les entiti's transcendantes du doifuiatisme par des pensées qui se réaliseid, nous ne fondi'rons la morale ni sur le sable mouvant des « faits •> l)ruts, ni sur le roc inerte de la « suljslance » ; nous lui donnerons jtoin' principe l'idée, plus llexihle (pie les faits, plus solide <pie le « substrat » des onlologistes. I/Anfée de la morale ne repi-end pas seulement des forces en louchant la terre : il en repi'end davanlage en s'élevant vers ce qu'on peut appeler avec IMalon, mais en un sens nouveau, la région des idées.
i;ar\(;ti:ri-: sciKNTiFiyiK uk i.\ mohalk uks idkks- korcks.
SON AUTONOMIK, .SON DÉSI.NTKHES.SEME.NT
On a dil : la science ne peut pas plus être immorale ipie la morale ne peut être scienlilique I . Alors même
1 ) M. l'oinc.Tip.